Le résultat des élections grecques inquiète l’Europe

Les deux partis traditionnels se sont littéralement effondrés lors des élections législatives du 6 mai, qui ont vu l’émergence de nouvelles formations anti-système. Les néo-nazis font leur entrée au Parlement.

EURACTIV.fr
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Les deux partis traditionnels se sont littéralement effondrés lors des élections législatives du 6 mai, qui ont vu l’émergence de nouvelles formations anti-système. Les néo-nazis font leur entrée au Parlement.

Alors que les projecteurs étaient tournés vers la France et la victoire du socialiste François Hollande, la Grèce a vécu une soirée électorale inédite depuis le retour de la démocratie en 1974. 

Selon des résultats encore partiels (99% des bulletins dépouillés) les deux grands partis traditionnels, qui ont décidé d’appliquer les réformes voulues par l’UE et le FMI en Grèce, Nouvelle Démocratie (conservateur) et le PASOK (socialiste) n’obtiennent que 32,08% des voix. En 2009, les socialistes à eux seuls recueillaient 44% des scrutins. 

Les néo-nazis au Parlement

A l’inverse, les extrêmes ont fait une percée fulgurante, après avoir fait campagne contre l’élite dirigeant le pays depuis 40 ans, les banques, l’Union européenne et le plan de sauvetage international. Le parti d’extrême gauche, Syriza, est même devenu la deuxième force politique du pays, avec 16,76% des voix (52 sièges). Le parti communiste sera aussi représenté à l’assemblée avec 26 députés (8,47%). 

A droite, les nationalistes des Grecs Indépendants ont atteint les 10,6% (33 sièges). Et pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, un parti néo-nazis va faire son entrée dans un Parlement. 6,9% des Grecs ont en effet voté pour Aube Dorée, lui permettant de franchir allègrement la barre des 3% nécessaires. 

>>> Lire sur Slate.fr : « La percée d’Aube Dorée, reflet du crépuscule des partis »

Interrogé par EURACTIV.fr, le président du Parlement européen, Martin Schulz s’est dit « choqué » par cette nouvelle qualifiant la situation politique du pays « d’imprévisible ».

« Je ne suis pas capable d’en tirer des conclusions pour le moment mais je veux dialoguer avec toutes les forces qui partagent nos valeurs », a-t-il ajouté. 

Qui va gouverner ?

Le vote du 6 mai représente donc un véritable effondrement de l’échiquier politique grec classique. Même en unissant leurs forces, les socialistes et les conservateurs ne rassembleront que 149 sièges sur 300 selon les dernières estimations. Ce qui rend le pays ingouvernable. Le chef des conversateurs, Antonio Samaras, a appelé dimanche soir à la formation d’un gouvernement de « salut national ». Les négociations vont commencer dès aujourd’hui.

Cette situation rend déjà les marchés financiers nerveux. « Qui va être susceptible de porter les engagements de la Grèce sur cette question (des mesures d’austérité-NDLR) ? Cela va être un point majeur dans les jours qui viennent. Il va falloir trouver très vite des solutions », prévient Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management.

Rejet de la politique allemande

En février dernier, la Grèce a obtenu de la « troïka », ses créanciers internationaux (UE, FMI et BCE), un second plan de sauvetage de 130 milliards d’euros en contrepartie de nouvelles coupes budgétaires et de réformes structurelles supplémentaires, avant de boucler un accord d’échange de dettes sans précédent avec les investisseurs privés.  

« Le risque c’est que les investisseurs non européens retrouvent une méfiance vis-à-vis de la zone euro assez marquée (…) Cela peut être pénalisant pour les marchés euro et pas simplement le marché grec », estime Philippe Waechter.

Pour les investisseurs, les résultats des élections françaises et grecques de dimanche illustrent le rejet des mesures d’austérité en Europe voulues par l’Allemagne.