Le secteur public accusé d'augmenter la dette des entreprises

L'incapacité du secteur public à payer ses factures augmente la dette des entreprises et entrave la croissance, selon l'European Payments Index 2011 publié hier (26 mai).

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L'incapacité du secteur public à payer ses factures augmente la dette des entreprises et entrave la croissance, selon l'European Payments Index 2011 publié hier (26 mai).

Les entreprises ont enregistré 312 milliards d'euros de dettes ces douze derniers mois, une augmentation de 3 % par rapport à l'année précédente. Cela représente plus que les 275 milliards d'euros de prêts accordés à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande, selon une enquête d'Intrum Justitia.

L'étude réalisée par la société de gestion de crédit basée à Stockholm sur 6000 entreprises européennes a montré une situation qui varie d'un pays à l'autre, avec l'Allemagne qui a réduit son nombre de créances passées au compte de pertes et profits de 8 %, alors que le Royaume-Uni a vu ses créances douteuses augmenter d'un tiers.

Selon l'étude, 28 % des entreprises (un chiffre qui grimpe à 55 % au Royaume-Uni) considèrent les retards de paiement comme une menace à leur survie, alors que 45 % d'entre elles pensent qu'ils empêchent la croissance.

Le secteur public est le plus à blâmer

Les entreprises font passer des créances au compte des pertes et profits lorsqu'elles pensent qu'elles ne seront pas remboursées.

Lars Wollung, le PDG d'Intrum Justitia, a déclaré : « En Allemagne, les entreprises ont réagi rapidement à la crise en faisant passer leurs créances douteuses au compte des pertes et profits et en « nettoyant » leur comptabilité afin d'être prêtes pour la relance ; dans les pays méditerranéens, les sociétés n'ont pas encore affronté leurs dettes irrécouvrables ».

M. Wollung a expliqué qu'il était nécessaire que le secteur public, « qui a les fonds », paye ses dettes plus rapidement, afin de libérer du capital et d'empêcher les entreprises d'inscrire des dettes au compte des pertes et profits ou de faire faillite.

Luc Hendrickx, directeur en politique d'entreprise à l'Union européenne de l'artisanat et des petites et moyennes entreprises (UEAPME), a déclaré : « Les autorités publiques sont les plus mauvais payeurs d'Europe actuellement. Avec toutes les récentes discussions à propos de stimuli économiques et à une époque où les entreprises luttent pour survivre, les gouvernements pourraient injecter des milliards dans leurs économies en payant à temps leurs dettes aux entreprises privées  ».

La directive sur les retards de paiement à la rescousse ?

Dans le cadre de la directive européenne sur les retards de paiement, qui devrait entrer en vigueur en 2013, les institutions publiques et les entreprises devront payer leurs factures en 30 jours, à moins que les entrepreneurs ne décident entre eux de s'exclure volontairement de ces conditions.

L'Index a révélé que très peu d'entreprises étaient au courant de l'existence de cette directive : la France, l'Espagne et l'Italie étaient les seuls Etats membres de l'UE où plus de 40 % des sociétés avaient entendu parler de ces nouvelles réglementations.

Un haut fonctionnaire de la Commission européenne a déclaré à EURACTIV que l'exécutif prévoyait de lancer une campagne de sensibilisation l'année prochaine en coopération avec les chambres de commerce des Etats membres, afin d'informer les PME et les autres entreprises sur les différents outils dont ils disposeront pour récupérer leur argent.

Il a également affirmé que, même si la directive stipulait que des contrats conclus entre entreprises pourraient être exclus des dispositions sur les retards de paiement, cela ne signifiait pas qu'il ne fallait pas se préoccuper des conditions de paiement pour ces contrats.

« La Commission sera à l'affût des clauses abusives, comme lorsque les entreprises insistent pour que les paiements soient effectués dans les 200 à 300 jours […] et prendra des mesures si nécessaire », a-t-il ajouté.

Jeremy Fleming-Jones

Article traduit de l'anglais par EURACTIV