Le silence du gouvernement grec sur la surveillance des journalistes « assourdissant », selon RSF
Selon un document qu’EURACTIV a pu consulter, Reporters sans frontières (RSF) a demandé au gouvernement grec d’adopter des lois spécifiques visant à protéger les journalistes contre la surveillance et les activités illégales d’espionnage.
Selon un document qu’EURACTIV a pu consulter, Reporters sans frontières (RSF) a demandé au gouvernement grec d’adopter des lois spécifiques visant à protéger les journalistes contre la surveillance et les activités illégales d’espionnage dans le sillage du « Watergate grec » qui a provoqué des remous importants dans le pays.
La commission d’enquête chargée d’enquêter sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels espions de surveillance équivalents (PEGA) du Parlement européen est actuellement en mission à Athènes pour enquêter sur plusieurs cas de responsables politiques de l’opposition — dont un ancien ministre de l’actuel gouvernement — et de journalistes qui ont constaté que leurs téléphones avaient été mis sur écoute grâce au logiciel espion illégal Predator ou bien qu’ils avaient été placés sous surveillance officielle par les services secrets.
Les eurodéputés rencontreront plusieurs responsables du gouvernement grec, mais pas le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, qui tente de se distancier du scandale.
Tous les plaignants accusent le gouvernement conservateur Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND, membre du PPE au Parlement européen) d’activités de surveillance illégales, mais le gouvernement insiste sur le fait qu’il n’a pas acheté ce type de logiciel d’espionnage.
Le gouvernement grec a admis avoir mené des activités de surveillance « légales » par le biais des services secrets visant des journalistes et des hommes politiques, mais il a jusqu’à présent refusé d’en dévoiler les raisons en invoquant l’argument de la « sécurité nationale ».
M. Mitsotakis a déclaré qu’il n’était absolument pas au courant de ces activités alors que la première loi qu’il a promulguée en tant que Premier ministre était de placer les services de renseignements sous sa supervision directe.
Par ailleurs, son chef de cabinet et neveu, Grigoris Dimitriadis, ainsi que le chef des services secrets ont démissionné suite aux révélations sur les activités d’espionnage.
« Le silence des autorités grecques sur les nouveaux cas de journalistes sous surveillance — qui ont ébranlé la communauté journalistique internationale — est assourdissant », commente Pavol Szalai, responsable du bureau UE/Balkans de RSF, peut-on lire dans le document.
« Le gouvernement doit de toute urgence expliquer les motifs de la surveillance étatique présumée de Tassos Telloglou et de ses collègues enquêtant sur le Predatorgate et annoncer des mesures pour une meilleure protection contre l’espionnage arbitraire », a-t-il ajouté.
Le document évoque notamment le fait que des recommandations spécifiques ont été émises lors d’une visite à Athènes le 10 octobre dernier, tandis que le porte-parole du gouvernement grec, Giannis Oikonomou, a promis que le gouvernement « proposera bientôt une loi pour rendre l’utilisation de logiciels espions illégale » et poursuivra ses « initiatives en cours » pour établir des contrôles supplémentaires sur le fonctionnement des services secrets.
Le document propose également des pistes de solutions pour les cinq lacunes principales du système juridique grec en matière de surveillance, à savoir l’absence de contrôle judiciaire dans les cas de surveillance opérée pour des raisons de sécurité nationale, l’absence de garanties contre les abus de surveillance, l’absence de garanties spécifiques contre la surveillance des journalistes, l’absence de cadre juridique suffisant sur l’utilisation des logiciels espions ainsi que la définition vague de la notion de sécurité nationale.