Le Sud en fête, le Nord intraitable
Les réactions de la presse étrangère sont à l’image des divergences qui traversent le continent européen. L’Italie et l’Espagne s’emballent pendant que les économies du nord dissèquent la tâche immense qui attend François Hollande.
Les réactions de la presse étrangère sont à l’image des divergences qui traversent le continent européen. L’Italie et l’Espagne s’emballent pendant que les économies du nord dissèquent la tâche immense qui attend François Hollande.
Pendant toute la campagne, l’Europe a été tenue en haleine, consciente du renversement de rapport de force qu’impulserait François Hollande en cas de victoire. Le 3ème tour se jouera aux législatives, mais certains titres de la presse étrangère ne s’y attardent guère, trop occupés à savourer l’étape franchie par les Français.
« Foule à la Bastille comme au temps de Mitterrand », titre le Corriere della Sera, qui retrace également les épisodes festifs sis à Tulle, fief corrézien de François Hollande, où les gens entonnent « La Vie en rose » d’Edith Piaf. A la Bastille, le registre est plus contestataire. Au pied de la colonne de juillet, un électeur de François Hollande s’insurge contre « le petit fasciste hongrois ».
« Au revoir Merkozy »
« La gauche européenne renaît en ce 6 mai ». Le message du journal espagnol El Pais ne pourrait être plus clair. Le vainqueur de l’élection, décrit comme un homme « serein et doté d’un don pour l’ironie mais sans expérience gouvernementale, ouvre une nouvelle étape en France comme en Europe ». François Hollande « met fin au règne agité de Sarkozy, qui, pendant 5 ans, a gouverné le pays avec son style particulier, entre personnalisme et l’hyperactivité. »
Dans une Espagne minée par les coupes budgétaires, le discours du socialiste donne une bouffée d’oxygène. « L’austérité ne peut être une fatalité », rappelle El Pais, reprenant le discours prononcé à Tulle par le successeur de Nicolas Sarkozy. Sans oublier le contexte de cette victoire.
Le nouvel hôte de l’Elysée a été le « premier homme politique du continent à rejeter formellement la rigueur fiscale sans croissance », assure avec emphase le quotidien espagnol de centre gauche. Dans un pays traversé par des « pulsions anti-européistes », François Hollande a promis de mettre un terme au directoire de Merkozy, cette « fausse symbiose » entre la chancelière et le président sortant.
« Le plus dur reste à faire »
« Le manège d’une nouvelle alliance franco-allemande démarre, au revoir Merkozy ! », confirme le quotidien suédois DN affichant en Une, le visage d’Angela Merkel les yeux fermés, la tête en arrière, qui tente de se détendre. Gagnée par le pragmatisme, l’Europe du Nord embraie tout de suite sur l’agenda épineux qui attend l’Europe. Et c’est tout de suite le programme du socialiste qui inquiète. « Va-t-il imposer les hausses d’impôts et les réformes coûteuses promises pendant la campagne ? ».
Selon le journal, la mesure « mettrait gravement en péril l’économie du pays et affecterait donc les autres. Si Hollande revient sur le pacte budgétaire, « les ennuis » commenceront. « L’Europe a besoin de croissance, mais sans une barrière efficace contre les déficits budgétaires des États de l’UE, l’euro aura du mal à survivre. »
« Le plus dur, pour le nouveau président de la France, reste à faire », écrit Béatrice Delvaux, dans le journal belge le Soir (centre-gauche). « François Hollande est face à une équation a priori impossible : concrétiser le changement dans un univers qui le souhaite tout autant qu’il l’interdit. »
Le Soir s’interroge : « La social-démocratie peut-elle gouverner et infléchir le destin européen ? ». « La charge de cette preuve pèsera lourd sur les épaules de François Hollande. Ce n’est pas un hasard si, hier, les visages des socialistes appelés à gouverner, étaient graves. Car l’enfer, désormais en Europe, est proche du paradis. La Grèce nous l’a rappelé. »
« La victoire du socialiste augure d’un rééquilibrage politique en Europe », reconnaît La Libre Belgique (centre-droit), mais « pas nécessairement d’une vague rose. » Jusqu’à l’arrivée de M. Hollande, « les chefs (d’État et) de gouvernement socialistes ou sociaux-démocrates se comptaient sur les doigts d’une seule main : le Belge Di Rupo, l’Autrichien Frayman (en coalition), la Danoise Thorning-Schmidt et le Slovaque Fico. »
Une Merkel française ?
« Des tâches redoutables attendent François Hollande, prévient le Financial Times. Il n’aura que très peu de temps pour savourer sa victoire contre Nicolas Sarkozy. » Formation d’un gouvernement, visite difficile à Berlin, sommet de l’Otan et du G8 certainement tendu aux États-Unis et élections législatives… « Les réductions des dépenses et la révision du budget français sont les deux éléments que François Hollande doit mettre en œuvre rapidement », résume le quotidien économique de référence.
« Aucune phase d’apprentissage ne lui sera accordée », affirme le FAZ, quotidien conservateur allemand. « Les Français devront se dire : Adieu campagne, bonjour réalité », titre le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung (SZ, centre-gauche), pour qui le modèle social français basé sur un « État providence patriarcal » n’est pas soutenable dans le monde actuel.
Le socialiste François Hollande sera « le Président qui devra décevoir la France », tranche l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » (centre).
En devenant le président d’un pays économiquement malade, François Hollande hérite de l’un des jobs « les plus difficiles au monde ». Point positif cependant, il est possible qu’Angela Merkel s’entende mieux avec le socialiste qu’avec Nicolas Sarkozy. « On pourrait décrire Hollande comme une Merkel française : un pragmatique, pour lequel toute idéologie est étrange. »