Le virage à droite d’Andrej Babiš pourrait faire bouger les lignes dans l’élaboration des politiques de l’UE
Le virage à droite du parti tchèque ANO 2011, dirigé par l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, est de plus en plus en conflit avec son groupe au Parlement européen, Renew Europe, ont confié des sources à EURACTIV.
Le virage à droite du parti tchèque ANO 2011, dirigé par l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, est de plus en plus en conflit avec son groupe au Parlement européen, le groupe libéral Renew Europe, et le Parti de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE) auquel il est associé, ont confié des sources politiques à EURACTIV.
Bien qu’ANO ne dispose que d’une poignée d’eurodéputés, son virage pourrait encore « faire bouger l’aiguille » dans l’élaboration des politiques de l’UE lors du prochain mandat politique du Parlement européen.
« La délégation d’ANO au sein du prochain Parlement européen sera en dehors de la portée habituelle des partis libéraux. Elle s’alignera davantage sur [Viktor] Orbán que sur [Emmanuel] Macron », a déclaré une source du Parlement européen à EURACTIV, faisant référence au fait que les prochains membres d’ANO, qui devraient compter entre cinq et huit personnes, auront des positions anti-UE et anti-immigration, similaires à celles du parti hongrois Fidesz.
Lorsque le mandat législatif actuel de l’UE a commencé en 2019, le parti ANO comptait six membres de la délégation avant de passer à cinq en 2020.
Les eurodéputées tchèques Dita Charanzová et Martina Dlabajovà, qui se sont toutes deux présentées aux élections de 2014 et 2019 en tant qu’indépendantes sur la liste ANO, ont annoncé cette semaine qu’elles ne se présenteraient plus avec le parti de M. Babiš pour les prochaines élections, qui se tiendront début juin 2024.
« Je reste au Parlement [européen] et je continuerai à promouvoir les valeurs libérales et à défendre l’agenda pro-européen qui est nécessaire aujourd’hui plus que jamais. Je suis fière de mon travail au Parlement européen, par exemple en faisant partie de chaque loi technologique majeure au cours des neuf dernières années, et je continuerai à travailler jusqu’à la fin », a expliqué Mme Charanzová à EURACTIV.
« J’ai pris la décision personnelle de ne pas me présenter sous la bannière du parti ANO aux prochaines élections du Parlement européen. Au lieu de cela, pour l’année restante de mon mandat, je me consacrerai entièrement à la finalisation du travail en cours. Je reste une libérale engagée, comme je l’ai été toute ma vie », a pour sa part indiqué Mme Dlabajovà à EURACTIV République tchèque.
La campagne pour les élections européennes de 2024 en République tchèque devrait s’enflammer, M. Babiš adoptant déjà une position anti-UE dans le but d’attirer les électeurs actuels du parti d’extrême droite tchèque, Liberté et démocratie directe — actuellement dans le groupe « Identité et démocratie » du Parlement européen.
Une deuxième source proche du dossier a déclaré à EURACTIV que Mme Dlabajová et Mme Charanzová ne souhaitaient pas participer à une telle campagne.
« D’après certaines déclarations publiques de M. Babiš, leurs votes ne sont pas toujours en accord avec le principal parti Renew ou même avec d’autres Tchèques », a déclaré la source officielle du Parlement européen, en parlant des trois autres membres d’ANO.
En janvier dernier, lorsque le Parlement européen a voté sur une résolution visant à créer un tribunal international pour poursuivre les crimes de la Russie contre l’Ukraine, les trois eurodéputés d’ANO n’ont pas participé au vote.
Lors de la session plénière de juin, ils se sont abstenus de voter sur deux résolutions concernant la violation de l’État de droit en Hongrie et sur une résolution contre le harcèlement sexuel.
L’évolution d’ANO
ANO, qui signifie « oui » en tchèque, est l’héritier de l’ancien mouvement Action des citoyens mécontents. Fondé en 2011, il se situait au centre du spectre politique et reposait sur un discours anticorruption.
Andrej Babiš a gouverné en tant que Premier ministre de la République tchèque de 2017 à 2021, dans une coalition avec les sociaux-démocrates tchèques.
Au cours de son mandat, la Commission européenne a estimé que M. Babiš avait un fort conflit d’intérêts lorsqu’il décidait de la distribution des subventions agricoles de l’UE, en raison de ses liens étroits avec le géant de l’agrochimie Agrofert.
Tout au long de la pandémie de Covid-19, M. Babiš a adopté une ligne de plus en plus dure vis-à-vis de Bruxelles.
En 2020, il a lancé une nouvelle campagne ANO, portant une casquette rouge de baseball avec la devise « République tchèque forte », en clin d’œil au slogan « Make America Great Again » de Donald Trump.
« J’ai porté une casquette Silné Česko [République tchèque forte], inspirée par [l’ancien président américain Donald] Trump. J’ai souvent été en désaccord avec lui, principalement avec son comportement, mais ce avec quoi je suis complètement d’accord, c’est un État-nation fort qui n’est sous l’influence d’aucune grande puissance. Et aussi avec la lutte contre l’immigration illégale », a écrit M. Babiš sur Twitter.
Na dnešní Čau lidi jsem si vzal čepici Silné Česko, ke které mě inspiroval Trump. Často jsem s ním nesouhlasil, hlavně s jeho vystupováním, ale s čím souhlasím naprosto, je silný národní stát, který není pod vlivem žádné velmoci. A taky s bojem proti ilegální migraci. pic.twitter.com/52luWnhprF
— Andrej Babiš (@AndrejBabis) November 8, 2020
Politique pro/anti Babiš
Le débat politique en République tchèque est extrêmement polarisé autour d’Andrej Babiš, beaucoup faisant le parallèle avec l’ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi, notamment en raison de sa fortune personnelle et du contrôle qu’il exerce sur de nombreux médias.
La coalition gouvernementale actuelle de la République tchèque est principalement unie autour d’un programme anti-Babiš. Après les élections législatives de 2021, cinq partis issus de différents horizons politiques se sont unis pour évincer M. Babiš du gouvernement.
L’ANO reste le parti politique tchèque le plus puissant, mais pas assez pour former une majorité au parlement tchèque, et a donc fini dans l’opposition.
Les préoccupations de l’ALDE et de Renew
L’ALDE mène une mission d’information en République tchèque concernant ANO, dont les résultats seront présentés la semaine prochaine.
Renew Europe, qui devrait perdre des sièges au Parlement européen durant la prochaine législature, se trouve dans une position difficile en ce qui concerne l’engagement avec ANO.
Si ANO reste dans le groupe du parti ALDE et de Renew Europe, la délégation devrait continuer à voter en faveur des lignes d’extrême droite.
Si le parti tchèque quitte la famille libérale, le groupe Renew Europe deviendra encore plus petit. Actuellement, le plus grand groupe parlemenatire est le Parti populaire européen, suivi des Socialistes et Démocrates européens. Le groupe Renew arrive en troisième position.
Aneta Zachova a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]