LEAK : la réduction des pesticides ne pèsera pas sur la sécurité alimentaire, selon la Commission

La réduction de moitié de l’utilisation des pesticides d’ici 2030 aura une influence plus importante sur les cultures ayant « peu ou pas d’incidence sur la sécurité alimentaire », a indiqué la Commission européenne dans une analyse d’impact complémentaire.

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Dans un projet de l’analyse d’impact composé de 218 pages et consulté par EURACTIV, l’exécutif européen aborde les conséquences économiques du plan de l’UE relatif aux pesticides sur la production agricole ainsi que les répercussions sur la disponibilité et le prix des aliments pour animaux et des denrées alimentaires. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/image-photo/tractor-spraying-young-corn-pesticides-1726057444" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

La réduction de moitié de l’utilisation des pesticides et des risques qui y sont associés d’ici 2030 aura une influence plus importante sur les cultures ayant « peu ou pas d’incidence sur la sécurité alimentaire », a indiqué la Commission européenne dans une analyse d’impact complémentaire qui avait été demandée par les ministres de l’UE.

En mars, la Commission a accepté de transmettre aux législateurs de l’UE une étude complétant l’analyse d’impact déjà réalisée sur la proposition controversée mais ambitieuse qui vise à réduire de moitié l’utilisation des pesticides et les risques qui y sont associés d’ici à 2030. Cette nouvelle analyse d’impact fait suite aux inquiétudes exprimées par certains législateurs de l’UE au sujet de la sécurité alimentaire.

Dans un projet de l’analyse d’impact composé de 218 pages et consulté par EURACTIV, l’exécutif européen aborde les conséquences économiques du plan de l’UE relatif aux pesticides sur la production agricole ainsi que les répercussions sur la disponibilité et le prix des aliments pour animaux et des denrées alimentaires.

Selon l’exécutif européen, les conséquences potentielles de la réduction des pesticides sur les prix des denrées alimentaires humaines et animales, la dépendance à l’égard des importations ainsi que la réduction des exportations de produits agricoles « reposent sur […] les répercussions [d’une telle réduction] sur les rendements des cultures ».

Cependant, « les conséquences les plus importantes [sont] estimées pour les cultures qui jouent un rôle relativement mineur pour la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, telles que celles du raisin, du houblon et des tomates », indique le document.

Le document souligne que les agriculteurs et les États membres ont eu la possibilité de « donner la priorité à la réduction des pesticides dans les cultures qui ont peu ou pas d’incidence sur la sécurité alimentaire […], leur permettant ainsi de contribuer aux objectifs de réduction sans entraîner de répercussions sur la sécurité alimentaire, la production, la disponibilité ou les prix des denrées alimentaires ».

La réduction de l’utilisation des pesticides dans les zones non agricoles, telles que les zones urbaines, les installations sportives et de loisirs ainsi que les jardins privés, pourrait également contribuer à la réalisation des objectifs de réduction des pesticides fixés dans le cadre de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « De la ferme à la table » (Farm to Fork Strategy), selon l’analyse d’impact.

Une telle « réduction de l’utilisation des pesticides et des risques qui y sont associés dans les zones non agricoles ou dans les cultures qui ne sont pas destinées à l’alimentation humaine ou animale n’aurait aucune répercussion sur la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux », souligne la Commission.

En particulier, l’empreinte globale actuelle des pesticides dans la consommation européenne — qui comprend également les importations en provenance de pays tiers — est liée à la production « de textiles, de services, d’autres produits et d’aliments contenant des calories vides [c’est-à-dire des aliments affichant une faible valeur nutritionnelle] ».

L’analyse réalisée par la Commission souligne que, par ailleurs, les pesticides eux-mêmes contribuent « à la dégradation de l’environnement et à la perte de services écosystémiques, ce qui peut avoir des répercussions sur la sécurité alimentaire humaine et animale ».

Les produits phytosanitaires nuisant aux pollinisateurs et aux organismes du sol dont les fonctions sont essentielles provoquent notamment des « effets négatifs imprévus » sur la sécurité alimentaire.

Manque de données qualitatives

Lorsqu’elle a accepté de fournir des données supplémentaires sur les plans de réduction des pesticides, la Commission avait déjà prévenu qu’elle ne disposait pas de beaucoup plus d’informations que celles incluses dans l’analyse d’impact initiale qui accompagnait sa proposition.

L’analyse d’impact la plus récente comprend une « analyse actualisée des données et la prise en considération des évolutions survenues depuis la première analyse d’impact, telles que l’évolution des progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de réduction des pesticides ainsi que les avancées technologiques et politiques ».

Cependant, la Commission insiste toujours sur le manque de données empiriques concernant l’utilisation des pesticides, critiquant certaines modélisations et analyses d’impact antérieures dans lesquelles il avait été supposé qu’« une réduction forfaitaire immédiate de 50 % de tous les pesticides [toucheraient] toutes les cultures […], conduisant ainsi aux estimations les plus pessimistes ».

Toutes les analyses de l’exécutif européen « reposent sur des hypothèses générales de baisse des rendements », mais se fondent pour la plupart sur des avis d’experts plutôt que sur des données qualitatives.

« À notre connaissance, aucune des analyses existantes modélisant la réalisation des objectifs n’a porté sur la manière dont une approche stratégique et spécifique aux cultures visant à atteindre l’objectif national de réduction de 50 % pourrait influencer les niveaux de production », peut-on lire dans l’analyse.

Malgré le manque de données, la Commission affirme que les preuves concrètes des « progrès significatifs réalisés en matière de réduction de l’utilisation des pesticides et des risques [qui y sont associés] contrôlés entre 2011 et 2020 n’ont pas été attribuées à une augmentation significative des coûts ou à un effet sur le rendement des principales cultures, et n’ont donc pas eu de répercussions sur la sécurité alimentaire ».

La guerre en Ukraine n’a pas entraîné de conséquences importantes

L’analyse d’impact supplémentaire a été demandée à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des préoccupations croissantes pour la sécurité alimentaire mondiale et des sécheresses.

En ce qui concerne les conséquences de la guerre en Ukraine, la Commission reconnaît que « les prix élevés de l’énergie et des carburants peuvent faire du désherbage mécanique une solution coûteuse par rapport à la protection des cultures au moyen de produits chimiques [herbicides] ».

« Toutefois, à moyen terme, les marchés de l’énergie devraient se stabiliser et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne devrait pas avoir de répercussions significatives sur les marchés alimentaires mondiaux », poursuit le rapport.

Le projet de document mentionne que, pour la campagne de commercialisation 2022/2023 courante, les marchés agricoles de l’UE ont déjà partiellement absorbé les conséquences à court terme de la guerre.

Dans la suite de l’analyse d’impact, on peut lire qu’« il n’y a pas de conséquences recensées en ce qui concerne l’augmentation des prix des pesticides », étant donné que les répercussions entraînées par la réduction des pesticides sur le rendement des principales cultures touchées sont relativement faibles.

Des solutions alternatives prêtes d’ici 2030

Dans l’analyse, l’exécutif européen donne également une date à laquelle un nombre satisfaisant de solutions alternatives aux pesticides conventionnels sera disponible en Europe.

Les « informations actuelles indiquent que des outils suffisants seront disponibles de manière généralisée dans les délais impartis pour les objectifs de 2030 visant à réduire l’utilisation des pesticides chimiques et les risques qui y sont associés ».

En parallèle, il est noté qu’un « obstacle majeur à l’adoption de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles [integrated pest management, IPM] et de nouvelles technologies réside dans l’incertitude des agriculteurs en ce qui concerne l’efficacité et la bonne utilisation [de tels outils] ». Ces craintes incitent à soutenir les agriculteurs pour qu’ils aient confiance dans la transition à des produits phytosanitaires plus durables.

Charge pour les agriculteurs

Les ministres ont également demandé de quantifier la charge administrative qui pèse sur les agriculteurs du fait de l’introduction des nouvelles règles sur les pesticides.

Cependant, « la Commission ne dispose pas de données précises pour analyser d’éventuelles conséquences quantifiées d’une telle augmentation de la charge administrative sur la compétitivité et la rentabilité des petites et moyennes exploitations agricoles », peut-on lire dans le rapport.

L’exécutif européen a estimé à 180 euros par an le coût supplémentaire potentiel supporté par les exploitations agricoles pour obtenir les « conseils stratégiques » annuels obligatoires prévus par les nouvelles règles.

Selon la Commission, la fourniture de ces conseils par groupes ou en ligne/à distance pourrait permettre de réduire ce coût « de manière très significative », tandis que le reste pourrait également être partiellement récupéré par les agriculteurs en réduisant l’utilisation et les coûts associés des pesticides.

Natasha Foote a contribué à la rédaction de cet article.