L’économie sociale c’est le partage du pouvoir, selon la ministre française en la matière

Avant que les ministres européens ne se réunissent pour promouvoir une économie plus sociale et solidaire aujourd’hui, la secrétaire d’État française chargée de l’Économie sociale Olivia Grégoire a détaillé sa vision de l’économie sociale.

Euractiv.com
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Olivia Grégoire, la Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des finances et de la relance, chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable. [Photo fournie par le ministère français des Finances]

Avant que les ministres européens ne se réunissent dans le cadre d’une réunion informelle pour promouvoir une économie plus sociale et solidaire à Paris jeudi 17 février, la secrétaire d’État française chargée de l’Économie sociale Olivia Grégoire a détaillé sa vision de l’économie sociale dans un entretien accordé à EURACTIV.

En décembre 2021, la Commission européenne a présenté un « plan d’action pour l’économie sociale » qui devrait favoriser le développement de l’économie sociale.

Selon Olivia Grégoire, ce terme, qui n’est que vaguement défini et fait référence à divers acteurs, à savoir les coopératives, les mutuelles, les associations, les fondations et les entreprises sociales, ne doit pas être confondu avec les organisations caritatives ou à but non lucratif.

Comme elle l’a souligné, ce n’est pas l’absence de recherche de profit qui définit l’économie sociale.

« L’économie sociale n’est pas que non lucrative. Il y a toute une partie de l’économie sociale qui est au moins partiellement lucrative », a-t-elle confié à EURACTIV.

Partager le pouvoir et la valeur créée

Au lieu de cela, selon la ministre française, ce qui distingue l’économie sociale de l’économie traditionnelle c’est que c’est véritablement un « double partage » à la fois du pouvoir et de la valeur créée dans une entreprise.

« L’économie sociale est sociale parce qu’elle répartit plus de pouvoir et plus de valeur créée et a l’ambition d’avoir un impact social », a-t-elle indiqué.

Les coopératives, par exemple, ont un système beaucoup plus démocratique, le droit de vote étant attribué aux membres individuels plutôt qu’aux plus gros actionnaires, selon Mme Grégoire.

Le fait que la valeur créée par l’entreprise soit répartie plus équitablement dans l’économie sociale que dans l’économie conventionnelle peut sembler séduisant pour beaucoup, mais cela pourrait faire fuir les capitaux.

La promesse du CSRD

Olivia Grégoire a soutenu que les investisseurs seraient attirés par l’économie sociale en raison de la pression croissante pour prouver leur santé financière et leur impact sur le plan social et environnemental.

Elle place notamment de grands espoirs dans la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) proposée par la Commission européenne en 2021 et actuellement en discussion au Parlement européen et dans les gouvernements des États membres.

« Avec la directive CSRD l’impact social et environnemental sera certifié de façon aussi sérieuse que les performance financière », a déclaré Mme Grégoire.

« Au même titre que vous avez les commissaires aux comptes qui viennent vérifier vos comptes, vous aurez tous le même fonctionnement au-delà des états financiers pour ce qu’on appelle les états extra-financiers », a-t-elle ajouté, faisant valoir que cela empêcherait les rapports de responsabilité sociale des entreprises qui sont très beaux sur le papier mais manquent de substance qui pourrait être vérifiée.

Pourtant, même si l’économie sociale suscite davantage l’intérêt des investisseurs à l’avenir, il y aura beaucoup de chemin à parcourir. Seuls 6,3 % de la main-d’œuvre européenne est actuellement employée dans l’économie sociale.

Vers une innovation plus humaine ?

Outre l’intérêt des investisseurs, l’innovation dans l’économie sociale pourrait poser problème. Alors que la Silicon Valley aime célébrer les supposés génies de l’entrepreneuriat qui, à eux seuls, bouleversent des secteurs entiers, les fortes personnalités et les personnes qui prennent des risques pourraient avoir plus de mal dans les entreprises ou les coopératives qui distribuent le pouvoir de manière plus équilibrée.

Olivia Grégoire a toutefois plaidé pour une interprétation différente de l’innovation.

« L’économie sociale est innovante, mais si elle a une caractéristique, c’est qu’elle l’est surtout au plan de l’humain », a-t-elle expliqué à EURACTIV.

« La caractéristique de l’économie sociale, c’est vraiment de faire primer l’humain dans les relations économiques et la durabilité, ce qui est opposé à la précarité et aux relations de travail déséquilibrées que parfois l’’nnovation peut entraîner », a-t-elle ajouté, pointant du doigt les rapports de travail relevant parfois de l’exploitation dans l’économie de plateforme.

Mais même dans l’économie de plateforme, Mme Grégoire voit le potentiel d’une économie sociale.

« Tout n’est pas à jeter dans l’économie des plateformes. Vous avez par exemple en France des plateformes qui se sont montées en coopérative, et qui sont gérées démocratiquement », a-t-elle estimé.

Un long chemin à parcourir

Jeudi 17 février, Olivia Grégoire a invité les ministres européens de l’Économie sociale à se réunir à Paris. Les objectifs que Mme Grégoire a fixés pour cette réunion indiquent que l’économie sociale n’en est encore qu’à ses débuts dans l’UE.

« D’abord, il faut essayer de parler le même langage. Il y a quasiment autant de définitions de l’économie sociale qu’il y a d’Etats membres », a-t-elle affirmé.

En outre, les ministres discuteront de la manière de faciliter l’accès au financement, de mieux communiquer et de collecter des données sur l’économie sociale.