Lellouche : Le Quai d’Orsay doit être une “tour de contrôle”
Le secrétaire d’État aux Affaires européennes plaide pour une «véritable réflexion stratégique» sur le rôle, les priorités et les actions du ministère des Affaires étrangères en Europe.
Le secrétaire d’État aux Affaires européennes plaide pour une «véritable réflexion stratégique» sur le rôle, les priorités et les actions du ministère des Affaires étrangères en Europe.
Le Quai d’Orsay doit devenir une « tour de contrôle » de la politique européenne du gouvernement français. C’est en ce sens que le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a plaidé, vendredi 27 août, devant les ambassadeurs de France réunis pour leur conférence annuelle à Paris.
« L’action européenne de la France devrait à mon sens faire l’objet d’une réflexion plus profonde s’agissant notamment du rôle du Quai d’Orsay », a-t-il affirmé. Il a plaidé pour que le ministère des Affaires étrangères français dispose d’une place « tout à fait singulière » dans le dispositif européen de la France.
Selon Pierre Lellouche, le Quai devrait notamment prendre une place plus importante dans la phase de négociation, qui « reste un travail éminemment diplomatique ». «Mais cela suppose en contrepartie une véritable prise de conscience de la dimension politique des questions traitées par l’UE, en lien avec le Parlement européen mais aussi, bien sûr, le Parlement national », a-t-il ajouté.
Discussions « trop longues » sur le SEAE
Ce serait l’occasion, pour ce ministère, de ne pas réduire le travail du département des affaires européennes à la seule dimension de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). «Cela suppose que le Quai d’Orsay accepte de mener une véritable réflexion stratégique sur son rôle en Europe, sur ses priorités et sur les actions qu’il lui faudra entreprendre», a argué M. Lellouche.
Trois administrations travaillent actuellement sur les positions européennes de la France. A Bruxelles, la Représentation permanente de la France dispose d’environ 150 personnes aux avant-postes de la négociation. Le Secrétariat général des Affaires européennes (SGAE), sous la responsabilité du Premier ministre, assure la coordination interminiéstérielle. Enfin, la direction de l’Union européenne au sein du Quai d’Orsay « est le lieu où s’opère l’intégration entre nos relations bilatérales et la politique européenne », a expliqué M. Lellouche.
Il est également revenu sur les négociations « trop longues » de mise en place du SEAE, qui ont occupé la quasi-totalité de l’année 2010. Pierre Lellouche s’est félicité de plusieurs avancées obtenues par les États membres au cours des tractations avec la Commission et le Parlement : intégration des strucures en charge de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), présence de diplomates nationaux dans le service, indépendance vis-à-vis de la Commission européenne.
Contre une défense au rabais
« Cela étant, une vigilance de tous les instants reste indispensable dans la mise en œuvre du Service », a-t-il averti. Il a d’ailleurs affirmé avoir dû intervenir auprès de Catherine Ashton « à deux reprises au moins ». « En janvier face aux velléités de la Commission de favoriser ses propres agents lors de la désignation des nouveaux délégués au sein de l’UE, le mois dernier, pour que la place des États membres soit garantie au sein des panels de sélection des futurs personnels du service », a précisé M. Lellouche.
Il a rappelé la ligne rouge déjà tracée par la France autour des compétences du Service de Catherine Ashton : « Il est hors de question pour nous que le SEAE devienne un 28e service diplomatique, issu essentiellement de la Commission et contrôlé par le Parlement », a-t-il martelé.
Pierre Lellouche a mis en garde contre une baisse trop importante des budgets militaires des États membres de l’UE, appelant à « une défense européenne digne de ce nom ». « L’Europe est le seul continent qui diminue unilatéralement son effort de défense », a-t-il déclaré.
Un budget militaire trop bas risquerait de forcer l’Union européenne à devenir une puissance « essentiellement civile », craint le secrétaire d’État français. Cette situation entraînerait un accroissement des déséquilibres au sein de l’Otan, reléguant l’Union européenne au rang de «bailleur de fonds et d’expertise». Enfin, l’industrie de la défense serait fragilisée, a aussi souligné Pierre Lellouche.