Les agriculteurs sèment la panique dans le quartier européen, les fonctionnaires sommés d’évacuer

Le quartier européen s’est réveillé jeudi 18 décembre au son des klaxons de tracteurs et a terminé la matinée sous les gaz lacrymogènes. Ce qui avait commencé comme une mobilisation contre la refonte du budget européen a rapidement dégénéré en l’une des journées les plus violentes qu’ait connues le cœur institutionnel de l’Union ces derniers mois.

/ EURACTIV.com
[Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu]

Dès l’aube, des convois de tracteurs ont paralysé les axes menant au quartier européen, tandis que des agriculteurs venus de toute l’Union convergeaient vers Bruxelles. Des banderoles dénonçaient les projets de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour le prochain budget de l’UE (2028-2034). Ils estiment que ces projets affaibliraient la Politique agricole commune (PAC), en raison des coupes budgétaires et de la création d’un « fonds unique » prévus.

En parallèle de ces manifestations, les dirigeants européens se réunissaient à quelques centaines de mètres pour un Conseil européen.

Place du Luxembourg, devant le Parlement européen, la protestation a dégénéré, obligeant le personnel des bâtiments Antall et Brandt à se replier vers le bâtiment Spinelli, si l’on en croit des alertes envoyées au personnel par courriel, consultées par Euractiv.

Mais le chaos ne s’est pas arrêté aux portes du Parlement.

À l’intérieur des bâtiments de la Commission, le personnel a reçu une avalanche d’alertes de sécurité par courriel, avertissant de la présence de gaz lacrymogènes et de fumée dans la zone. Les systèmes de ventilation ont été arrêtés, et des messages ultérieurs ont exhorté les employés à éviter complètement la place du Luxembourg et à ne pas porter ouvertement leurs badges de l’UE à l’extérieur.

Des pommes de terre comme projectiles

La marche a commencé pacifiquement dans le nord de Bruxelles, mais le calme s’est brisé lorsque la manifestation a atteint le cœur du quartier européen.

La place du Luxembourg, ou « Plux », plus habituée aux assistants parlementaires ivres qu’aux scènes de guerre, s’était transformée en champ de bataille.

L’air était chargé de gaz lacrymogène pulvérisé par la police, tandis que les nuages de fumée des bombes fumigènes lancées par les manifestants rendaient la visibilité presque impossible. Les klaxons des tracteurs retentissaient, se mêlant au vrombissement des hélicoptères qui tournaient au-dessus de leurs têtes et aux bruits assourdissants des pétards lancés par de jeunes agriculteurs à peine sortis de l’adolescence.

Une ligne de front clairement définie s’était formée, où des agriculteurs cagoulés lançaient des pommes de terre sur la police.

Ce n’est pas la façade du Parlement européen qui a été la cible principale de l’attaque, mais les fenêtres de la modeste « Station Europe » (un centre d’accueil des visiteurs). Les policiers ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau, transformant la Plux en un nuage de fumée, de sirènes et de foules en fuite.

Pourtant, malgré la justification de leurs revendications, le lobby des agriculteurs européens, Copa et Cogeca, n’a fait aucune démonstration officielle de militantisme.

« Nous avons toujours insisté sur la protestation pacifique, l’unité et les messages forts », a affirmé un porte-parole.

De même, l’association des jeunes agriculteurs de l’UE, le CEJA, a exhorté les gens à rester calmes, condamnant les « actes de violence » commis en marge des manifestations officielles.

En marge des événements politiques, le Copa et le Cogeca ont été invités à des réunions avec Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen António Costa et le commissaire à l’agriculture Christophe Hansen.

Les discussions n’ont abouti à aucune avancée décisive. Ursula von der Leyen a promis un « soutien fort et durable » aux agriculteurs, tandis que les dirigeants syndicaux ont rejeté les récentes concessions, les qualifiant de cosmétiques, et se sont engagés à maintenir la pression à mesure que les négociations budgétaires avancent.

Mais pour que le drapeau blanc soit hissé, des solutions devront être trouvées.

Si Bruxelles ne répond pas aux demandes des agriculteurs, « je ne vois pas d’autre alternative que de poursuivre les actions », a affirmé Eric Thirouin, président de l’association française des producteurs de blé, qui a participé à la manifestation.

Eddy Wax a contribué à la rédaction de cet article.

(asg)