Les beaux discours de l’Europe en matière de défense restent creux
Le déficit de financement de la défense en Europe revient sur le devant de la scène cette semaine, mais ne vous attendez pas à ce que quelqu’un fasse quoi que ce soit pour le combler.
Le déficit de financement de la défense en Europe revient sur le devant de la scène cette semaine, mais il ne faut pas s’attendre à ce que quelqu’un fasse quoi que ce soit pour le combler.
Les dirigeants européens se réunissent ce 3 février à Bruxelles pour discuter des dépenses de défense.
« Discuter » est à peu près la seule chose qu’ils sont susceptibles de faire, car l’augmentation des dépenses n’est pas à l’ordre du jour. En revanche, les dirigeants devraient examiner les équipements manquants qu’ils pourraient éventuellement acheter ensemble et la manière dont l’Union européenne (UE) pourrait contribuer à les financer — un jour.
Trois ans après l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie, nombreux sont ceux qui considèrent qu’il est urgent d’augmenter les dépenses de défense, car ils craignent que Moscou ne poursuive ses ambitions territoriales et que les stocks ne soient pas suffisants pour soutenir l’Ukraine. La plupart des gouvernements européens ont augmenté leurs dépenses militaires, en particulier la Pologne et les États baltes.
Si ces pays sont convaincus que la Russie pourrait tester les Européens dans un avenir proche, le reste du bloc demeure sceptique et se concentre sur une réforme à long terme de l’industrie et des marchés publics du continent. Il est toutefois peu probable qu’une décision sur la manière d’y parvenir soit prise aujourd’hui, ou que celle-ci soit révolutionnaire.
Tours de magie
La plupart des pays semblent vouloir dépenser davantage sans pour autant investir plus d’argent dans l’industrie ou les contrats. En d’autres termes, ils veulent le beurre et l’argent du beurre.
En effet, les seules options permettant de générer rapidement de l’argent, telles que l’augmentation des impôts, l’emprunt ou la réduction des dépenses sociales, ne sont pas attrayantes.
Pour les responsables politiques soucieux de se faire réélire à court terme, la défense n’est pas très intéressante non plus, surtout lorsqu’elle n’a pas d’impact positif direct sur l’économie.
C’est pourquoi les options les plus souvent discutées en public consistent à faciliter l’accès des entreprises aux prêts, plutôt qu’à inciter les gouvernements à dépenser davantage.
En effet, malgré les discours qui placent la défense en tête des priorités, l’Europe est loin d’être une économie de guerre. Elle est également loin d’avoir réorienté des systèmes et des économies entières vers la production d’armes et d’autres biens dont une armée aurait besoin, comme l’a fait l’Ukraine.
La première étape pour trouver des fonds supplémentaires pour la défense serait déjà que tout le monde atteigne l’objectif de 2 % du PIB pour les dépenses de défense fixé pour les pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
Si tous les membres européens de l’OTAN suivaient cette règle, cela permettrait de dégager 60 milliards d’euros supplémentaires par an, selon le rapport Draghi présenté l’année dernière, un montant qui pourrait être d’autant plus élevé si les alliés militaires décident cet été de porter l’objectif à 3 % au cours de la prochaine décennie.
Mais ce raisonnement ne répond pas à la question de savoir combien d’argent les Européens collecteront et mettront dans un pot commun pour financer les capacités urgentes de protection du continent. Au contraire, ce point-de-vue protège les 23 pays qui atteignent déjà l’objectif de 2 %.
Pas de stratégie commune
Si les États membres ont tant de mal à discuter de la politique industrielle de défense de l’UE, c’est parce qu’ils sont tout sauf d’accord sur cette question.
La France connaît des problèmes budgétaires et veut dépenser plus, mais seulement pour sa propre industrie. L’Allemagne est contre la dette et se prépare aux élections fédérales qui se tiendront dans 20 jours. L’Autriche, Chypre, l’Irlande et Malte, quatre pays neutres, sont coincés dans un débat auquel ils n’ont pas grand-chose à apporter. La Hongrie et la Slovaquie sont armées de leur position anti-guerre, et la Pologne, elle, veut dépenser beaucoup et maintenant, retarder toute préférence européenne, etc.
« Nous sommes confrontés à un fort sentiment d’urgence, mais les discussions sont très difficiles », a confié un haut fonctionnaire de l’UE avant la réunion.
Les promesses d’augmentation des dépenses ne résoudront pas le problème que les industries soulèvent depuis des mois, car les commandes restent insuffisantes. Patria, une entreprise finlandaise qui possède des lignes de production pour le calibre d’artillerie 155 mm (le calibre standard de l’OTAN), a expliqué à Euractiv qu’elle attendait des contrats depuis le printemps, lorsqu’elle a annoncé qu’elle pourrait redémarrer la production. Une fois qu’elle aura obtenu les contrats, il lui faudra une année entière pour les livrer, a-t-elle ajouté.
Retarder le moment de vérité
Les pays ont mis l’accent sur la nécessité de « d’abord identifier les lacunes en matière de capacités ». Le Conseil européen annoncera peut-être une « entente sur les lacunes prioritaires », selon le haut fonctionnaire de l’UE.
Mais il ne faut pas s’attendre à une révolution, car les domaines mentionnés par les diplomates sont pour la plupart familiers, notamment les drones, les missiles, l’espace, la cyberdéfense, la défense aérienne, les systèmes anti-drones et anti-missiles et la mobilité militaire.
Les idées de financement de la défense ont déjà fait l’objet de nombreux débats publics.
La liste est longue : obligations de la Banque européenne d’investissement (BEI) garanties par les États membres ; incitations pour les banques à prêter à l’industrie de la défense ; rendre les fonds de cohésion de l’UE plus accessibles ; utiliser l’argent non dépensé du fonds de lutte contre les pandémies ; et exclure les dépenses militaires de la dette des pays afin qu’ils ne manquent pas leurs objectifs en matière de dette et de déficit.
En réalité, les Européens retardent juste le moment de vérité.
Darius Kölsch a contribué à la rédaction de cet article.
(AM)