Les chercheurs tirent la sonnette d'alarme sur les maladies cérébrales en Europe
Une meilleure compréhension du cerveau humain permettrait de trouver de nouveaux traitements et à terme de prévenir certaines maladies comme la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer, révèle le Conseil européen du cerveau.
Une meilleure compréhension du cerveau humain permettrait de trouver de nouveaux traitements et à terme de prévenir certaines maladies comme la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer, révèle le Conseil européen du cerveau.
Les neurosciences entrent dans une nouvelle ère particulièrement stimulante, mais semée d’embûches.
« Nous avons déjà identifié de nombreuses lacunes en ce qui concerne les traitements des maladies cérébrales », a déclaré Gordon Francis, directeur de l'unité de NeuroInflammation Clinical Science au sein de la NeuroScience Franchise du laboratoire pharmaceutique Novartis.
Le 14 février, Gordon Francis a organisé une conférence à Barcelone sur l’état actuel de la recherche en neurosciences, appelée « Understanding the brain: Where are we in 2014? ». Il a plaidé en faveur « d'une feuille de route politique consacrée au cerveau ».
Les scientifiques sont confrontés à plusieurs défis, dont la question des lésions cérébrales qui apparaissent de manière précoce dans les cas de sclérose en plaques et celle de la variation du volume cérébrale, explique Frederik Barkhof, professeur en neuroradiologie au centre médical de l'Université libre d'Amsterdam.
Le cas de la sclérose en plaques
Selon les données de la Plateforme européenne sur la sclérose en plaques (EMSP), au moins 600 000 personnes sont atteintes de la sclérose en plaques en Europe. Il s’agit d’une maladie auto-immune du système nerveux central.
Cette maladie invalidante ne fait pas que s'attaquer à la substance blanche (la myéline) du cerveau, à la moelle épinière et au reste du système nerveux. Elle a également des conséquences profondes sur les sociétés. En effet, plus d'un million de personnes sont touchées indirectement par cette maladie, comme les aides-soignants et les membres de la famille, d'après l'EMSP.
Néanmoins, malgré l'ampleur de la maladie, la connaissance relative au fonctionnement du cerveau reste très limitée. Selon les chercheurs, mieux comprendre la complexité du cerveau permettrait de poser les fondements nécessaires pour trouver de nouveaux traitements, des remèdes. Un jour, cela permettrait aussi de prévenir les maladies cérébrales, telles que la sclérose en plaques, Parkinson ou encore Alzheimer.
« Nous ne voulons pas que ce [domaine de recherche] entre en concurrence avec ceux consacrés au cancer, aux maladies cardiovasculaires ou aux diabètes, » a assuré à EURACTIV Mary Baker, présidente du Conseil européen du cerveau.
« Mais c'est le cerveau qui gère le cancer, les maladies cardiovasculaires et les diabètes. Le cerveau est un organe très spécial, et nous devons nous en occuper, » a poursuivi Mary Baker.
Une maladie telle que la sclérose en plaques a de graves répercussions sur la qualité de vie des patients tout comme de leur famille. Par exemple, moins de 50 % des personnes atteintes de la sclérose en plaques seront encore employées dix ans après le diagnostic de leur maladie. Environ un tiers des personnes qui sont touchées par la maladie se retrouvent en fauteuil roulant au bout de vingt ans, selon les données publiées par la Multiple Sclerosis Foundation.
« Nous essayons de mobiliser les acteurs clés, dont la DG recherche de la Commission européenne, sur la nécessité d'innover (en développant de nouveaux traitements), mais aussi sur les conséquences sociales de la sclérose en plaques, » a souligné la présidente.
Le coût économique et social des maladies cérébrales
Selon le Conseil européen du cerveau (CEC) qui a mené des études parmi 30 pays européens, les coûts directs de santé liés aux maladies cérébrales sont passés de 386 à 798 milliards d’euros entre 2004 et 2010.
Ces chiffres montrent « que plus d'argent est dépensé dans les maladies cérébrales que dans le traitement des cancers et les maladies cardiovasculaires », a ajouté Mary Baker.
Le CEC veut mettre l'accent sur le coût engendré par les maladies cérébrales, notamment la sclérose en plaques. Près de 2,5 millions de personnes sont touchées par cette maladie à travers le monde. Il s'agit en règle générale de jeunes entre 20 et 40 ans. Les femmes sont trois fois plus atteintes que les hommes.
Rien qu'au Royaume-Uni, le coût direct lié aux maladies cérébrales est estimé à 37 % du budget total de la santé. Mary Baker considère qu'il s'agit d'un coût considérable qui ne peut durer indéfiniment.
Outre le coût de la sclérose en plaques pour la société, la maladie peut avoir des conséquences désastreuses sur la vie d'un jeune adulte qui entame sa carrière et qui échafaude des plans pour son avenir. C’est également durant cette période que les jeunes adultes poursuivent généralement une formation dans le supérieur, nouent de nouvelles relations ou songent à fonder une famille.
Ces jeunes sont « les cerveaux de l'avenir », a confié Mary Baker à EURACTIV.
Plus de recherche en neurosciences
Le CEC plaide pour un financement plus élevé et plus efficace de la recherche en neurosciences, par exemple, par la combinaison de sources de financements publics et privés. Le CEC travaille en ce moment même avec la DG Recherche de la Commission européenne et avec l'Initiative en matière de médicaments innovants (IMI). Objectif : lancer l'un des projets européens les plus ambitieux en matière de partenariat public-privé en vue d’accélérer le développement de traitements plus performants. Le second projet, IMI2, est doté d'un budget de 3,45 milliards d'euros.
« L'intérêt porté aux maladies cérébrales reste relativement limité, lorsque vous le comparez à l'attention portée à la recherche sur le cancer ou sur le diabète, » a indiqué Alan Thompson à EURACTIV, président de l'International Progressive Ms Alliance. Selon lui, en vue de sensibiliser les populations à cette maladie, il est nécessaire de montrer clairement les conséquences d’une maladie telle que la sclérose en plaques sur la vie d'un jeune d’une vingtaine d’années. L'impact est énorme, » selon le président.
« Le problème avec l'industrie pharmaceutique c’est que les gens pensent qu'elle cherche juste à vendre toujours plus de médicaments », a-t-il affirmé en ajoutant qu’une approche combinée devrait être plus appropriée.
Selon une étude menée dans 124 pays par the Atlas of Multiple Sclerosis, l'accès aux traitements (médicaments modificateurs de la maladie – DMT-, ou traitements symptomatiques) est très limité parmi les pays à faible ou moyen revenu. Seulement 40 % des patients des pays en développement atteints de la sclérose en plaques ont accès à ces traitements, contre 90 % parmi les pays à haut revenu.
« Malheureusement, les inégalités persistent, » a conclu Alan Thompson.