Les Chinois sont friands des produits laitiers fabriqués en Europe
Les entreprises chinoises achètent de plus en plus de produits laitiers pour nourrissons fabriqués en Europe. Les agriculteurs entraperçoivent les avantages des exportations alors qu’ils craignaient parfois l’ouverture du marché européen des produits laitiers.
Les entreprises chinoises achètent de plus en plus de produits laitiers pour nourrissons fabriqués en Europe. Les agriculteurs entraperçoivent les avantages des exportations alors qu’ils craignaient parfois l’ouverture du marché européen des produits laitiers.
La Chine est en quête de préparations pour nourrissons fabriqués à l'étranger depuis le scandale national du lait contaminé en 2008. L'Irlande compte profiter de la situation et envisage d'y exporter son surplus de lait dès que l'Union européenne aura abolit ses quotas de production en 2015.
Située dans les pâturages du sud-est de l'Irlande, Glanbia Ingredients Ireland est une entreprise qui regroupe le groupe agroalimentaire Glanbia et une coopérative laitière. Elle a fait la tournée des acheteurs étrangers pour présenter le plus grand investissement irlandais en produits laitiers : une usine de poudre de lait de 150 millions d'euros.
Des clients chinois se sont rendus en 2013 sur le site de Belview. Ils y ont expliqué leurs attentes et l'Irlande a présenté ce qu'elle pouvait offrir.
« Lors de la visite de l'exploitation, […] ils mangeaient une tarte aux pommes et regardaient les vaches lorsque l'un d'entre eux a dit “Si je pouvais saisir ce moment et le vendre à mes clients, je voudrais que mon lait provienne d'ici” », a déclaré Nick Whelan, le directeur commercial de Glanbia Ingredients.
Des entreprises laitières chinoises ont conclu des accords en 2012 afin d'investir dans les usines européennes. Biostime s'est par exemple associé au danois Arla Foods et Synutra au français Sodiaal.
Les représentants chinois rapportent chez eux des publicités représentant des produits importés, des images de prés verdoyants et de familles européennes.
Le marché des préparations pour nourrissons devrait doubler et atteindre 19 milliards d'euros d'ici 2017, selon la société d'étude Euromonitor. Cette hausse de la demande en approvisionnement à l'étranger arrive à un moment propice pour les producteurs européens : ils sont sur le point de sortir du système des quotas laitiers.
Les quotas ont été introduits en 1984 en vue de mettre fin aux surplus quotidiens provenant des subventions agricoles. Ce sera la première fois que les pays de l'UE auront la possibilité d’accroître librement leur production.
L'UE devient plus concurrentielle
Attrayants pour les acheteurs chinois à la recherche de milieux ruraux sains, les pâturages européens pour la production laitière deviennent de plus en plus concurrentiels à l'échelle internationale. La hausse des prix des céréales et des graines oléagineuses destinées à l'alimentation augmentent également le coût de l'élevage hors pâturage.
Les coûts de la production laitière dans les grands États membres de l'UE avoisinent à présent les niveaux des États-Unis. Il y a dix ans, les producteurs américains bénéficiaient d’un avantage de 20 à 30 % en raison de la hausse des prix des céréales et de la dévaluation de l’euro. L'IFCN Dairy Research Centre estime toutefois que les coûts de la production laitière en Europe sont plus élevés qu'en Nouvelle-Zélande, le premier fournisseur de la Chine.
Selon ce centre de recherche, la croissance des importations chinoises pourrait théoriquement absorber tous les surplus prévus dans l'UE d'ici 2020. En d'autres termes, environ 7,5 millions de tonnes de lait devraient provenir principalement de l'Irlande et du long de la côte du nord de l'Europe, qui s'étend de nord-est de la France au Danemark.
L'UE n'est pas la seule à avoir la Chine en ligne de mire. Un marché de détail turbulent comporte des risques si les marques étrangères de lait pour nourrissons font l'objet d'une enquête relative aux prix.
Des analystes prévoient toutefois une demande à long terme en Chine et en Asie. L'accroissement de population et le changement de comportements alimentaires dépassent la production locale. L'Europe est donc en bonne position pour fournir des produits dérivés à base de fromage utilisés dans le lait pour nourrissons et bien d'autres denrées alimentaires.
Les investissements chinois dans les usines en Europe offrent également un accès à un marché sans risque au niveau de la production et permettent de financer certaines coopératives aux fonds limités. Synutra investit jusqu'à 90 % des 100 millions d'euros dans les usines de lactosérum en poudre prévues dans un projet avec Sodiaal.
Marché incertain
L'expansion des exportations européennes dépendra toutefois des conditions du marché.
Rabobank International estime que la production de lait de l'UE augmentera de 7 à 8 % entre 2015 et 2020. La banque souligne en revanche que les coûts des États membres de l'UE sont toujours plus élevés que ceux de certains concurrents à l'exportation. La production pourrait aussi être revue à la baisse en raison des contraintes nationales et financières.
Bon nombre d'agriculteurs se méfient d'un marché plus ouvert, même si l'UE est intéressée par les exportations et s'est engagée à garantir une transition en douceur pour l'industrie laitière en 2015.
Depuis 2007, d'autres secteurs agricoles ont subi des variations brutales des prix des produits laitiers.
On se souvient encore de la chute du marché en 2009, qui a entrainé la grève de certains producteurs. En 2012, les agriculteurs ont été victimes de prix record des céréales avant de bénéficier de prix historique des produits laitiers.
« Avec une grande part des exportations, vous dépendez des prix mondiaux et vous êtes sur des montagnes russes », a indiqué Torsten Hemme, le directeur général d'IFCN. « Je dirais que 10 % des agriculteurs laitiers de l'UE sont préparés. Pour les autres, la volatilité [des prix] constitue un défi de taille. »
Les craintes concernant la libéralisation se manifestent tout particulièrement en France. L'Élysée souhaite utiliser les subventions pour favoriser l'élevage dans des zones moins rentables.
Les États membres du Nord partagent des points de vue divergents. Le Danemark et les Pays-Bas ont depuis longtemps accéléré leurs exportations grâce à de grandes coopératives, comme Arla et FrieslandCampina. L'Allemagne, le plus grand producteur laitier de l’UE, promeut déjà le regroupement agricole au sein des systèmes de quota.