Les conservateurs autrichiens en désaccord sur les droits des migrants

Des responsables politiques autrichiens conservateurs de premier plan ont appelé à rendre plus difficile la demande d’asile des migrants économiques, provoquant l’indignation de l’ensemble du spectre politique.

EURACTIV Allemagne
Vienna,,Austria,-,02-13-2022,-,Headquarters,Of,The,New,People’s
Certains conservateurs font pression pour réformer la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Le leader conservateur du parti Parti populaire autrichien (ÖVP), August Wöginger, a ainsi fait remarquer que les circonstances actuelles sont différentes de celles d’« il y a quelques décennies », au moment de l’élaboration de la CEDH. [Shutterstock/Spitzi-Foto]

Des responsables politiques autrichiens conservateurs de premier plan ont appelé à rendre plus difficile la demande d’asile des migrants économiques, provoquant l’indignation de l’ensemble du spectre politique.

Les réfugiés et les demandeurs d’asile, dont le nombre a triplé depuis 2021, sont de nouveau au cœur des débats à Vienne. Les dispositifs d’hébergement étant déjà mises à rude épreuve par l’afflux de réfugiés en provenance d’Ukraine, le ministère de l’Intérieur a proposé l’installation de tentes comme solution temporaire. Cette proposition n’a pas été bien accueillie par les conseils locaux.

Certains conservateurs font désormais pression pour réformer la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Le chef de file du parti Parti populaire autrichien (Österreichische Volkspartei, ÖVP), le conservateur August Wöginger, a ainsi fait remarquer que les circonstances actuelles sont différentes de celles d’« il y a quelques décennies », au moment de l’élaboration de la CEDH.

M. Wöginger a reçu le soutien des responsables politiques conservateurs qui gouvernent certains des neuf Länder autrichiens.

« Oui, il a raison s’il s’agit d’être également autorisé à discuter de la Convention européenne des droits de l’homme », a expliqué Christoph Drexler, gouverneur du Land de Styrie et membre du parti ÖVP, lundi. Il faut « jeter un œil à ce qui serait couvert dans une version contemporaine du texte », a-t-il confié au quotidien Kleine Zeitung.

Christian Sagartz, responsable de l’ÖVP pour le Burgenland, un Land limitrophe de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Slovénie, et également co-président la commission des Droits de l’homme au Parlement européen (DROI) a quant à lui déclaré que « personne ne veut changer les droits de l’homme de manière arbitraire. »

Toutefois, il a affirmé que, pour lui, les choses étaient « très claires : la Convention des droits de l’homme, vieille de plus de 70 ans, a besoin d’être mise à jour en ce qui concerne la migration ».

Le gouverneur de Salzbourg, le conservateur Wilfried Haslauer, s’est montré plus prudent.

« Les principes de l’asile sont clairs et sont là pour ceux qui en ont besoin. Mais nous devons trouver une solution pour les réfugiés économiques qui invoquent ces principes sans avoir la moindre perspective d’asile », a-t-il expliqué à l’agence de presse APA, précisant qu’il n’avait pas envie de réformer la CEDH.

Ottmar Karas, vice-président du Parlement européen, était furieux et a indiqué sur Twitter que ceux qui remettent en cause la CEDH menacent la démocratie.

« Remettre en question la Convention des droits de l’homme ne résout pas les problèmes mais ébranle les fondements sur lesquels repose notre démocratie », a abondé le président autrichien Alexander Van der Bellen.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]