Les dernières frasques de Silvio Berlusconi font sourciller Bruxelles

A Bruxelles, on se lamente des dommages causés à la réputation de l'Italie alors qu'un nouveau scandale sexuel impliquant Silvio Berlusconi et des prostituées ainsi qu'une jeune fille mineure d'origine marocaine domine le débat politique. Dans le même temps, le leader des eurodéputés du parti de Berlusconi prend ses distances face au comportement du premier ministre.

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A Bruxelles, on se lamente des dommages causés à la réputation de l'Italie alors qu'un nouveau scandale sexuel impliquant Silvio Berlusconi et des prostituées ainsi qu'une jeune fille mineure d'origine marocaine domine le débat politique. Dans le même temps, le leader des eurodéputés du parti de Berlusconi prend ses distances face au comportement du premier ministre.

Le premier ministre italien est accusé d'avoir payé pour avoir des relations sexuelles au cours de fêtes érotiques organisées dans sa propre résidence ainsi que dans d'autres appartements qui lui appartiennent à Milan.

Ce n'est pas la première fois que M. Berlusconi se voit accusé de faits similaires. En effet, en 2009, il avait dû faire face à un autre scandale sexuel après qu'une prostituée a rendu publiques des conversations privées qu'elle avait eues avec le premier ministre. Toutefois, cette fois, il s'agit d'accusations plus sérieuses dans la mesure où il est accusé d'avoir eu des relations sexuelles avec une jeune fille mineure, Karima el-Mahroug, connue sous le nom de Ruby en Italie.

Le contenu des mises sur écoute qui décrivent les soirées endiablées qui avaient lieu dans la maison de M. Berlusconi ont été rendues publiques par de nombreux médias dans le pays.

« Vous ne pouvez même pas vous imaginer ce qui se passe là-bas. Les journaux sont encore loin de la vérité », explique une femme sur un enregistrement après une fête dans la résidence de M. Berlusconi à Arcore non loin de Milan.

M. Berlusconi s'est défendu contre ses accusations en diffusant un message à la télévision dans lequel il a dénoncé un complot à son encontre et déclaré qu'il avait une maîtresse qui n'aurait jamais autorisé des parties de jambes en l'air comme celles dont il est accusé d'avoir organisé.

Ce nouveau scandale a été révélé après que le rejet par la Cour constitutionnelle italienne d’une loi visant à maintenir l'immunité du premier ministre et à suspendre les procès dans lesquels il est accusé de corruption et de fraude fiscale. Si elle passait, cette loi empêcherait tout procès durant le mandat politique de M. Berlusconi.

L'avenir de l'Italie en jeu

L'avenir politique et économique de l'Italie, un des six pays fondateurs de l'Union européenne et la troisième économie de la zone euro, est en jeu.

M. Berlusconi était sorti politiquement indemne du dernier scandale en 2009, mais cette fois-ci, il ne peut compter que sur une faible majorité au parlement après la division de son parti politique (PdL) en 2010. En décembre, il s'en est fallu de peu pour qu'il ne quitte son poste, mais s'en est sorti à trois voix près à la Chambre basse italienne.

De nombreux partis de l'opposition, dont l'extrême gauche, le centre-droit et les catholiques lui demandent ouvertement de démissionner. L'Eglise, qui joue encore un rôle politique important en Italie, parle d'une situation « dérangeante ».

Même les alliés de M. Berlusconi, le parti d'extrême droite Lega Nord, n'ont pu s'empêcher d'exprimer leurs inquiétudes concernant la situation.

Des élections anticipées restent une option, mais M. Berlusconi continue à s'y opposer. Le soutien qui lui était témoigné s'amenuise et s'il perd, il devra faire face à de nombreuses charges criminelles sans la protection de son immunité politique.

L'argument principal de M. Berlusconi pour refuser des élections est que cela enverrait un signal de faiblesse aux marchés financiers à un moment de grande volatilité alors que de nombreuses économies de la zone euro sont étroitement surveillées par les investisseurs.

« Les marchés incluent la démocratie », a déclaré le ministre italien de l'économie, Giulio Tremonti, hier (18 janvier) après le Conseil « Affaires économiques et financières » (ECOFIN) à Bruxelles, affirmant que de nouvelles élections ne revêtirait pas de risque financier.

Inquiétudes à Bruxelles

Peu importe ce qui se passera, la série de scandales impliquant le premier ministre a déjà eu un impact sur la réputation de l'Italie à l'étranger. En effet, la presse mondiale accorde une couverture exceptionnelle aux mésaventures de M. Berlusconi.

L'impact de ces scandales est potentiellement plus important à Bruxelles où se trament des luttes politiques.

Le « sexgate », les fréquents procès et les connexions politiques controversées de M. Berlusconi (avec Muammar al-Gaddafi ou Vladimir Poutine, par exemple) « affectent les intérêts italiens et notre travail quotidien », a confié à EURACTIV un lobbyiste italien qui préfère garder l'anonymat.

« Des collègues issus d'autres associations nationales me demandent souvent si je reviens d'un bunga-bunga quand je suis en retard ou fatigué », commente un autre lobbyiste italien en faisant référence au nom de code pour les jeux sexuels utilisé par M. Berlusconi et ses amis.

D'autres pensent que les récents déboires diplomatiques et politiques dont a souffert l'Italie sur des dossiers clés, dont le brevet européen et les labels « Made in », sont une conséquence de la perte de crédibilité du premier ministre.

Pia Ahrenkilde Hansen, la porte-parole du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a préféré ne pas faire de commentaire sur les derniers développements.

Une critique inattendue a été exprimée par Mario Mauro, un des plus proches alliés de M. Berlusconi à Bruxelles, à la tête des membres du Popolo della Lilbertà au Parlement européen.

M. Mauro, qui fut le candidat de M. Berlusconi pour la présidence du Parlement européen en 2009, a déclaré hier (18 janvier) que ses valeurs étaient « différentes de celles de Berlusconi », mais que cela n'avait pas eu d'impact sur ses activités politiques.