Les donateurs offrent au Mali plus de 3 milliards d’aide sous conditions

Lors d’une conférence de donateurs organisée par l’UE, les pays présents ont accepté mercredi (15 mai) de fournir 3,25 milliards d’euros pour financer un projet de développement de grande envergure au Mali. Les donateurs européens ont toutefois précisé que le gouvernement intérimaire devait respecter ses promesses de réformes démocratiques et sociales en échange de l’aide internationale.

/ EURACTIV.fr
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Lors d’une conférence de donateurs organisée par l’UE, les pays présents ont accepté mercredi (15 mai) de fournir 3,25 milliards d’euros pour financer un projet de développement de grande envergure au Mali. Les donateurs européens ont toutefois précisé que le gouvernement intérimaire devait respecter ses promesses de réformes démocratiques et sociales en échange de l’aide internationale.

 



Quatre mois après qu’une intervention française soutenue par l'UE a arrêté la progression des rebelles dans le nord du pays, l'UE a organisé la conférence de donateurs en vue d'aider financièrement le gouvernement malien à améliorer la santé, l’éducation, l'économie et la sécurité alimentaire.

Le gouvernement malien a également promis de reconstruire ses régions appauvries du nord où des accrochages entre les troupes gouvernementales soutenues par des forces étrangères et les rebelles se poursuivent.

La Commission européenne et les 27 États membres se sont engagés à fournir 1,35 milliard d'euros au Mali d'ici 2014, soit un tiers de la promesse internationale. La Grèce et l'Espagne ont promis de verser respectivement 50 000 euros et 18 millions d'euros alors qu’elles s'étaient tournées vers Bruxelles pour une aide financière.

Les dirigeants européens ont précisé, lors de la réunion à Bruxelles, que l'aide faisait partie de mesures plus vastes afin de stabiliser une région d'Afrique occidentale qui a subi à plusieurs reprises des crises alimentaires, une instabilité politique et des conflits armés.

Ils ont également relevé qu'une partie des dons de l'UE sera utilisé dans des opérations humanitaires et de maintien de la paix des Nations unies et dans l'aide à l'organisation d’élections, l'une des conditions essentielles à l'aide.

Le président français, François Hollande, a accueilli favorablement les promesses financières, mais a déclaré que les dirigeants de l'ancienne colonie française devaient mener à bien leurs engagements.

« Nous avons besoin de transparence et de bonne gouvernance », a déclaré François Hollande à l'issue de la conférence.

Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, a auparavant mis en exergue la dimension régionale du conflit en déclarant : « À travers le Mali, se joue l'avenir de la sous-région et au-delà ».   Il a également prévenu que l'aide fournie par la communauté internationale était soumise à des conditions.

Le ministre français accordera une attention particulière à la traçabilité de l'aide et au suivi des projets assortis de conditions de versement de fonds relatifs à la transparence, à la gouvernance, à la démocratie et à la lutte contre la corruption.

« La guerre [au Mali] est en passe d'être gagnée et maintenant il faut gagner la paix », a-t-il ajouté.

Aide en plusieurs étapes

Des représentants de l'UE ont répété que l’octroi de l'aide dépendait du respect des autorités maliennes de la feuille de route de stabilisation politique, présentée aux donateurs, et de la tenue d'élections libres en juillet. Dirk Niebel, le ministre allemand en charge du développement, a indiqué que son pays verserait au moins 100 millions d'euros d'aide au cours des deux prochaines années. Cette aide sera versée en plusieurs étapes si le Mali « continue de mettre en œuvre sa feuille de route […] et si le processus de transition fonctionne bien », a-t-il poursuivi.

Selon le commissaire en charge de l'aide au développement, Andris Piebalgs, la feuille de route de stabilisation pour le Mali constituait une pierre angulaire de l'engagement de la communauté internationale envers le pays et elle doit être suivie scrupuleusement.

M. Piebalgs a précisé qu'outre le Mali, « l'engagement de l'UE est régional » et qu'il s'étend à la région du Sahel. « Nous investissons des moyens considérables », a-t-il déclaré, en faisant allusion à l'engagement de 524 millions d'euros de la Commission européenne. Environ 200 millions d'euros supplémentaires sont également disponibles dans le cadre de la Stratégie de l’UE pour la sécurité et le développement au Sahel, selon l'exécutif européen.

L'aide à l'étranger devrait mener à la création de 20 000 emplois locaux au cours des deux années à venir dans des domaines comme l'eau, l'assainissement, la justice et l'éducation, selon M. Piebalgs.

Forte incitation pour les pays pauvres

L'aide internationale de 108 pays et organisations internationales stimule grandement le Mali et arrive un an après un coup d'État militaire et l'explosion de violence sectaire. Ces évènements ont poussé l'UE et d’autres donateurs à geler cette aide et a finalement soutenu l'opération militaire de la France.

Le ministre malien des affaires étrangères, Tieman Hubert Coulibaly, a promis « une gestion efficace » de l'aide. « Nous avons besoin d'argent. L'argent est le nerf de la guerre », a-t-il ajouté.

Il a également déclaré que son propre pays aiderait la région, en faisant allusion à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDAO) qui a promis de soutenir une prochaine mission du maintien de la paix des Nations unies au Mali. « Nous pensons qu'un Mali stable, c'est une CEDEAO stable [et ] un Sahel un peu plus stable. »

Le pays de 16 millions d'habitants est confronté à de graves difficultés, dont des combats sans fin, des réfugiés, des crises alimentaires ainsi que la pression des groupes islamistes et des vendeurs de drogues.

Le Mali doit également détruire sa réputation de corruption et de mauvaise gestion de l'aide. Selon le portail Business Anti-Corruption, un projet financé par l'UE, la corruption et les pots-de-vin sont des pratiques répandues. En 2010, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a suspendu ses financements au Mali en raison d'allégations de fraude et de mauvaise gestion.

Depuis lors, le fonds mondial a repris son aide et a annoncé en novembre 2012 de nouveaux financements de 110 millions d'euros.

Inquiétudes quant aux droits de l'Homme

L'Europe et ses partenaires mondiaux étaient sous pression avant la conférence visant à garantir que le gouvernement malien lutte contre des exécutions extrajudiciaires, des tortures et de représailles perpétrés par les forces gouvernementales.

Le Mali est dévasté par des décennies de divisions entre les islamistes et les communautés arabes au nord et les Africains au sud. Les attaques d'insurgés du nord, soutenus par des groupes islamistes régionaux, ont commencé au début de l'année 2012, ce qui a poussé l'armée à prendre temporairement le contrôle du gouvernement.

Des fonctionnaires des Nations unies en charge des droits de l'Homme et des groupes militants, comme Human Rights Watch et Amnesty International, ont accusé les insurgés et les rebelles islamistes de perpétrer des pillages et des viols. Ces organisations incriminent également les forces gouvernementales, car elles seraient liées à des représailles et à des tortures.

Amnesty International accusé les forces gouvernementales de perpétrer des exécutions extrajudiciaires dans le nord et les rebelles islamistes de recruter des enfants soldats.