Les élections s'annoncent corsées pour les exécutifs européens
Les élections européennes sont souvent considérées comme un test pour les partis nationaux au pouvoir. À moins de 100 jours des élections, EURACTIV analyse les rapports de force en Europe et leur impact potentiel sur la composition des prochaines institutions.
Les élections européennes sont souvent considérées comme un test pour les partis nationaux au pouvoir. À moins de 100 jours des élections, EURACTIV analyse les rapports de force en Europe et leur impact potentiel sur la composition des prochaines institutions.
Depuis 1979, les sept dernières élections européennes ont été plutôt l'occasion pour les électeurs d’exprimer leur mécontentement ou satisfaction envers les gouvernements nationaux.
Dans la majeure partie des États membres, des partis traditionnels au centre de l'échiquier politique dirigent les gouvernements. La carte d'EURACTIV montre que les socialistes (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) et les partis de centre-droit (Parti populaire européen) se retrouvent seuls ou en coalition dans la plupart des gouvernements nationaux d'Europe.
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Les élections européennes, considérées comme un vote sur la politique gouvernementale au niveau national, sont souvent mornes, explique à EURACTIV Simon Hix, professeur à la London School of Economics (LSE).
« D'habitude, les partis au pouvoir ont tendance à enregistrer de mauvais résultats. Les grands partis obtiennent aussi tendanciellement de mauvais scores électoraux. En somme, les grands partis au gouvernement risquent le plus d'être sanctionnés », conclut-il.
Selon Janis Emmanouilidis, du Centre politique européen (CPE), le taux peu élevé de participation aux élections pèse également dans la balance : « Les partisans [des partis traditionnels] ne se rendent pas aux urnes », explique-t-il à EURACTIV.
L'obligation de votes aux élections européennes ne s'applique qu'en Belgique, à Chypre, en Grèce et au Luxembourg, selon des informations du Parlement européen. Les citoyens des autres pays ne sont pas obligés de se rendre aux bureaux de vote … et, souvent, ne le font pas d’ailleurs.
Depuis les toutes premières élections européennes, le taux de participation n'a cessé de diminuer pour finalement aboutir à 43 % en 2009, un taux historiquement bas.
Les électeurs protestataires se mobilisent généralement plus facilement que l'électorat des partis traditionnels. De nombreuses raisons laissent penser que ce scénario se répétera en mai : « le niveau de frustration est élevé », explique Janis Emmanouilidis. Les électeurs vont certainement exprimer avant tout leur mécontentement par rapport à la hausse du taux de chômage et à la situation économique en Europe, au lieu de voter en faveur des partis traditionnels qui cherchent à apporter une réponse à la crise de l'Union.
À l'inverse des élections précédentes, ces mouvements contre les partis traditionnels aborderont les questions européennes. « Les thèmes abordés par l'UE [depuis le début de la crise économique] sont proches des cœurs et des esprits des citoyens » et de nombreuses forces contre les partis traditionnels feront un lien avec la question européenne, précise Janis Emmanouilidis.
Par exemple, « les troubles économiques ne peuvent pas être attribués au parti socialiste en Espagne [dans l'opposition depuis 2011] Ces [mouvements d’opposition] placeront les politiques de l'UE sur la table et tentent actuellement de mener une campagne plus européenne », déclare Sonia Piedrafita, une chercheuse du Centre d'études de la politique européenne (CEPS).
Une vision de l’Europe
Les derniers résultats rassemblés par l'organisation @electionista confirment que les partis au pouvoir dans les plus grands États membres auront des difficultés à gagner le cœur des électeurs.
Au Royaume-Uni, le troisième État membre le plus important de l'UE, les conservateurs et les libéraux-démocrates, tous deux au gouvernement, devraient enregistrer une perte par rapport aux élections législatives de 2010 ou aux européennes de 2009. D'après les derniers sondages, les conservateurs pourraient passer de la première à la troisième place, derrière le Parti travailliste et le Parti de l'indépendance (UKIP).
Dans l'Hexagone, le président François Hollande souffre d’une cote de popularité historiquement basse depuis des mois maintenant. Le parti socialiste français devrait connaître une forte baisse par rapport aux élections législatives de 2012, d'après des sondages.
Les partis au pouvoir en Allemagne, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel et le parti social-démocrate (SPD), se maintiendront au niveau des résultats électoraux obtenus lors des élections fédérales de septembre.
Selon Janis Emmanouilidis, ce phénomène s'explique par le fait que les citoyens accordent une centaine de jours, voire plus, pour que les partis puissent mettre en place leur politique.
En Pologne, les enquêtes d'opinion prévoient une débâcle électorale pour les partis de centre-droit au pouvoir. Le parti du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, se prépare également à une défaite. Les sondages en Italie donnent des résultats divers. Cependant, ce pourrait être le seul pays où le gouvernement gagnerait légèrement du terrain lors des élections européennes, même s'il est difficile de prévoir l'étendue de ce phénomène, selon le politique du Centre politique européen (CPE).
Des pouvoirs contradictoires au sein des institutions
Le traité de Lisbonne, en vigueur depuis décembre 2009, confère le même poids au Parlement européen et au Conseil de l’Union sur un large éventail de domaines, comme le commerce, l'agriculture ou la justice.
Le rapport de force politique sera-t-il similaire entre le Conseil des ministres et le Parlement ? L'Espagne, la Hongrie, la Pologne, le Portugal ont des gouvernements de centre-droit. À Malte et en Slovaquie, les partis socialistes sont au pouvoir. La carte révèle également un équilibre global entre le centre-gauche et le centre-droit : les partis socialistes sont présents dans 19 gouvernements nationaux et les partis de centre-droit dans 16. Toutefois, ces derniers occupent souvent le premier rôle dans les coalitions. « Le pluralisme existe à l'heure actuelle au Conseil », assure Simon Hix.
« C'est rare d'avoir une dominance totale de la gauche ou de la droite au sein du Conseil des ministres », ajoute-t-il. Même si ce fut le cas dans le passé, les chances sont minces de répéter ce scénario dans une UE constituée de 28 États membres.
Selon des politologues, le prochain Parlement européen devrait être dominé par les deux grands groupes politiques: les socialistes (S&D) et le centre-droit (PPE), comme dans le passé. Les partis seront à la recherche d'une coalition stable, ce qui pourrait certainement mener à une grande coalition, prévoit le professeur à la London School of Economics.
L'Allemagne pourrait servir d'exemple à l'échelle européenne, affirme-t-il: La composition gouvernementale en Allemagne influence la constitution des coalitions politiques au sein du Parlement européen, poursuit le chercheur. « Quand vous avez une grande coalition à Berlin, vous allez avoir des pressions sur le Parlement européen en vue de former une coalition similaire », indique-t-il.
Composition de la Commission
Les familles politiques traditionnelles d'Europe négocieront les tenants et les aboutissants de la prochaine Commission. Même si les gouvernements des États membres de l'UE désignent leur membre de la Commission, ils « doivent tenir compte » des résultats des élections en mai, après des consultations ad hoc avec le Parlement européen.
>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Hautes fonctions européennes : à qui le tour ?
Le président de la Commission discute des portefeuilles avec les futurs commissaires avant que ces derniers ne passent sur le grill devant le Parlement européen.
« La composition de la Commission dépend des rapports de force politique dans tous les États membres » en temps d'élections européennes, selon Sonia Piedrafita. La Commission actuelle est constituée de 13 membres de centre-droit, 8 libéraux et 7 socialistes.
« Quand vous regardez la carte dans son ensemble, vous trouvez nombre de gouvernements de coalition dans toute l'Europe. Les rapports de force politique dépendront des décisions prises par ces coalitions. » Étant donné que la liste des candidats est longue, la couleur politique de la Commission peut basculer d'un côté comme de l'autre.
