En Slovaquie, la corruption a fortement augmenté depuis le retour de Robert Fico au gouvernement
La Slovaquie enregistre une chute spectaculaire dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le pays perd 12 places et se classe 59ème sur 180 pays. L’organisation attribue cette chute aux réformes controversées du quatrième gouvernement de Robert Fico.
BRATISLAVA — La Slovaquie enregistre une chute spectaculaire dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le pays perd 12 places et se classe 59ème sur 180 pays. L’organisation attribue cette chute aux réformes controversées du quatrième gouvernement de Robert Fico.
Ces mauvais résultats en matière de corruption contrastent fortement avec les performances de la Slovaquie l’année dernière. Le pays avait alors atteint son meilleur classement, en se positionnant à la 47e place.
Comme Transparency International Slovaquie l’a souligné, le classement de l’année dernière reflétait la gouvernance des administrations pro-européennes d’Eduard Heger et de Ľudovít Ódor.
Mais ça, c’était avant le retour au pouvoir de Robert Fico.
Cette dernière évaluation reflète en effet les actions du quatrième gouvernement de coalition dirigé par le chef du parti nationaliste et populiste Smer-SD/NI. Il est revenu au pouvoir en octobre 2023.
Le score actuel de la Slovaquie sur l’indice de corruption et son classement ont chuté à des niveaux comparables à ceux du troisième gouvernement de Robert Fico (2016-2018), une période marquée par le meurtre du journaliste Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová.
Seuls deux autres États membres de l’Union européenne (UE) ont connu une baisse aussi drastique dans ce classement au cours de la dernière décennie. Il s’agissaitt de Chypre et Malte entre 2015 et 2016.
Robert Fico est à blâmer
Dans son rapport, l’organisation Transparency International qualifie la Slovaquie de « pays à surveiller ». Elle lie explicitement l’aggravation de la perception de la corruption aux réformes gouvernementales du Premier ministre, affirmant qu’elles « sapent les contrôles anticorruption et contournent la consultation publique ».
À titre d’exemple, l’organisation cite la dissolution du Bureau du procureur spécial et de l’Agence nationale de lutte contre la criminalité, tous deux chargés d’enquêter sur la corruption et les crimes graves.
L’organisation critique par ailleurs la réforme controversée du Code pénal adoptée l’année dernière, qui a raccourci le délai de prescription, affaibli les sanctions pour corruption et permis de lever certaines peines.
« Ces changements ont limité la capacité à poursuivre les auteurs dans les affaires en cours et ont favorisé l’impunité dans certaines affaires de haut niveau », avertit l’organisation.
Selon l’ONG anticorruption slovaque Nadácia Zastavme Korupciu, la réforme du Code pénal a déjà aidé plus de 1 300 criminels et accusés.
Transparency International note également que les nominations politiques, le contournement des procédures législatives standard et les efforts du gouvernement pour saper les institutions indépendantes et les médias — ainsi que les attaques contre les ONG — ont provoqué une réaction importante de la part des citoyens et de la société civile.
Les récentes manifestations antigouvernementales en faveur de l’orientation pro-européenne de la Slovaquie ont rassemblé plus de 100 000 personnes. La participation continue d’augmenter.
Critiques de l’opposition, indifférence du gouvernement
La chute de la Slovaquie dans le classement a suscité de vives critiques de la part des responsables politiques de l’opposition. Dans une déclaration à Euractiv Slovaquie, l’ancienne ministre de la Justice et députée de l’opposition Mária Kolíková (SaS) a qualifié cette situation d’« alarmante ».
« Cela envoie un message à la fois national et international selon lequel la Slovaquie laisse la corruption se développer. Malheureusement, je dois dire que, si le gouvernement avait entrepris de faire tout son possible pour accroître la corruption en Slovaquie, ses politiques seraient exactement les mêmes », a-t-elle confié.
Mária Kolíková a ajouté que tout futur gouvernement après Robert Fico devra relever le défi de restaurer la confiance du public. Selon elle, il faudra veiller à ce que la corruption ne soit pas une pratique rentable, et à ce que ceux qui enfreignent les règles soient traduits en justice.
Le parti d’opposition Slovaquie progressiste (PS, du groupe Renew au Parlement européen) et l’ancien ministre de l’Intérieur Roman Mikulec (Slovensko) ont exprimé des préoccupations similaires.
Selon Roman Mikulec, « la corruption a toujours prospéré sous le régime de Robert Fico, et il en va de même sous son quatrième gouvernement ».
D’un autre côté, l’actuel ministre de l’Intérieur, Matúš Šutaj Eštok (Hlas-SD/NI), a refusé de commenter le déclin du pays, déclarant que « si Transparency International veut faire de la politique, elle devrait former un parti politique ».
La branche slovaque de Transparency International met depuis longtemps en garde contre les actions du gouvernement Robert Fico. En réponse, ce dernier a attaqué à plusieurs reprises l’organisation, ainsi que de nombreuses autres ONG, les qualifiant de « typiques agents étrangers ».
(AB)