Les entreprises vertes ébranlent BusinessEurope
Une vague d'entreprises respectueuses du climat a réclamé des diminutions accrues des émissions de gaz à effet de serre, ce qui révèle des divisions au sein de l'association des employeurs européens, BusinessEurope.
Une vague d'entreprises respectueuses du climat a réclamé des diminutions accrues des émissions de gaz à effet de serre, ce qui révèle des divisions au sein de l'association des employeurs européens, BusinessEurope.
Le 4 mars, une déclaration poussant les leaders européens à adopter un objectif de réduction d'émissions de 25% d'ici 2020 a été signé par les PDG de Scottish Southern Energy, Eneco, Dong, Statkraft, Sorgenia et Public Power Corporation.
Greenpeace a ajouté aujourd'hui (7 mars) quatre entreprises supplémentaires, à savoir Danone, Aviva, Unibail et Bodegas Torrest, à une liste de près de 50 firmes soutenant un objectif de réduction d'émissions de 30%. Greenpeace a contribué à l'élaboration de cette liste.
Une déclaration similaire du Corporate Leaders Group du prince de Galles, qui rassemble certains des plus gros poids lourds du secteur, est attendue pour demain (8 mars).
Lorsqu'EURACTIV lui a demandé quel était son message pour BusinessEurope, Bas Batelaan, responsable des affaires européennes chez Scottish and Southern Energy, a dit à EURACTIV : « Signez notre déclaration ! ».
« Même si la force de cette déclaration réside dans le fait qu'elle émane d'entreprises du secteur de l'énergie, ils pourraient peut-être adopter la même position ».
En 2010, la Commission européenne a revu ses ambitions à la baisse concernant une diminution de 30 % des émissions suite à des fortes pressions exercées par BusinessEurope, soutenu par les ministres allemand et français des finances.
« Plutôt que d'orienter la discussion sur de nouveaux objectifs de réduction d'émissions, la Commission devrait tâcher d'encourager le développement et l'utilisation de technologies faibles en carbone », a déclaré le directeur général du groupe, Philippe de Buck.
Mais cette fois, alors que la commissaire chargée de l'action climatique, Connie Hedegaard, se prépare à lancer sa feuille de route 2050 pour moins de carbone à Bruxelles demain (8 mars), des appels pour un objectif plus ambitieux en termes de réductions des émissions sont formulés par la Grande Bretagne et l'Espagne, et par BusinessEurope.
Le groupe avait toutefois envoyé une lettre à la commissaire Hedegaard le 4 mars, lui demandant de ne rien changer dans le cadre de la politique pour 2020.
Folker Franz, le porte-parole de BusinessEurope pour l'environnement et le climat, a nié les suppositions selon lesquelles la direction du groupe serait déconnectée de ses membres. « Tous les membres de BusinessEurope défendent à l'unanimité l'actuel cadre juridique pour 2020 », a-t-il affirmé à EURACTIV.
Ivan Helo, porte-parole de Statkraft, un des signataires de la déclaration, est d'un avis différent : « BusinessEurope est divisée en son sein », a-t-il à EURACTIV.
« Ses membres sont très variés et ont des intérêts différents dans ce domaine. Il est évident que nous sommes plus ambitieux ».
BusinessEurope représente les fédérations de l'industrie de tous les Etats membres de l'UE et couvre des industries lourdes telles que le ciment et l'acier, mais aussi des entreprises davantage tournées vers l'avenir comme des entreprises du domaine de l'énergie.
Afin de réconcilier des intérêts souvent contradictoires, l'association cherche le consensus autour de l'idée du « renforcement de la compétitivité des entreprises ».
Mais les opinions divergent surtout lorsque le changement climatique entre en jeu, et le processus de prise de décision du groupe – qui consiste à interroger les fédérations nationales qui n'ont pas toujours suffisamment consulté leurs membres sur les questions climatiques – a tendance à agacer les dissidents qui se plaignent d'un déficit démocratique.
« Vous avez raison qu’il est toujours possible de se poser la question », a concédé M. Franz. « Nous n’avons jamais dit que nous les représentions tous [les employeurs], comment serait-ce possible ? Mais d’une certaine façon, nous sommes comme le Conseil européen. On pourrait prendre toutes les décisions par référendum mais ce n’est pas notre manière de fonctionner ».
« Nous faisons parfois face à d’importantes controverses », a-t-il continué, « mais sur la question de l’augmentation des objectifs pour 2020, il n’y en a pas, ce qui nous donne une information sur l’humeur générale de l’industrie européenne. Je me demanderais donc si ceux qui demandent 30 % représentent vraiment la majorité ».
En l’absence de processus de consultation transparent au sein des fédérations d’employeurs, ou de vérification et de correctifs par BusinessEurope, de telles assertions sont discutables.
Mais alors que les DG environnement et énergie de la Commission européenne envoient des signaux de plus en plus divergents sur les objectifs européens en matière de climat, la grogne monte au sujet de la faible représentation des entreprises respectueuses du climat.
Hein Greven, un porte-parole d’Enerco, a dit à propos de BusinessEurope : « S’ils sont contre l’ambition d’atteindre 25 % en 2020, ils ne parlent pas pour Enerco ».