Les espoirs du Royaume-Uni de stimuler le commerce de l'hydrogène entravés par le Brexit
La stratégie britannique en matière d’hydrogène, dévoilée le 17 août dernier, présente, selon les analystes, de nombreuses similitudes avec le projet de l’UE présenté un an auparavant.
La stratégie britannique en matière d’hydrogène, dévoilée le 17 août dernier, présente, selon les analystes, de nombreuses similitudes avec le projet de l’UE présenté un an auparavant. Mais la coopération commerciale et réglementaire entre les deux parties est compliquée par le Brexit, le Royaume-Uni étant susceptible de devoir se soumettre à la législation européenne.
Bien que Londres n’ait pas fait de la coopération européenne une partie essentielle de sa stratégie sur l’hydrogène, le document indique clairement que le commerce international et la coopération avec les pays européens seront essentiels au succès de la stratégie britannique.
Selon la stratégie britanique (page 102) : « La collaboration avec nos voisins de la mer du Nord et de l’Europe sera essentielle pour développer une approche commune qui encouragera les investissements britanniques dans le secteur de l’hydrogène et qui facilitera le commerce régional par le biais d’interconnexions, de gazoducs et d’infrastructures partagées ».
Les opportunités énumérées par le gouvernement britannique comprennent l’expansion des « chaînes de valeur régionales » et la collaboration avec les pays riverains de la mer du Nord sur « la production, le stockage et le transport » de l’hydrogène.
« Travailler avec nos voisins européens et de la mer du Nord de manière volontaire sera primordial pour développer une approche qui soutiendra les investissements britanniques en matière d’hydrogène et facilitera le commerce régional, notamment en identifiant les obstacles au commerce transfrontalier par gazoduc et par bateau », a déclaré le ministère britannique du Commerce, de l’Énergie et de la Stratégie industrielle (Business Energy and Industrial Strategy, BEIS) dirigé par le conservateur Kwasi Kwarteng.
« Nous sommes également intéressés par l’exploration du potentiel des infrastructures paneuropéennes dédiées au transport de l’hydrogène et par l’utilisation des interconnexions des réseaux de gaz, existantes ou nouvelles, entre le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et l’Irlande, qui pourraient permettre au Royaume-Uni de faire du commerce d’hydrogène ou de gaz à faible teneur en carbone avec nos voisins à l’avenir », a déclaré un porte-parole du BEIS à EURACTIV.
Un autre domaine clé de coopération est celui des projets de recherche et d’innovation menés dans le cadre du programme Horizon Europe de l’UE, qui représente 95,5 milliards d’euros, y compris la participation à des partenariats industriels financés par l’UE, communément appelés entreprises communes.
« Le Royaume-Uni a joué un rôle important dans l’entreprise commune Piles à Combustible et Hydrogène (Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking, FCH JU), et continuera à contribuer activement au Partenariat pour l’hydrogène non polluant pour l’Europe », indique la stratégie britannique, faisant référence aux programmes de recherche et d’innovation financés par l’UE.
Les complications du Brexit
Toute forme de coopération bilatérale est cependant amenée à se complexifier, maintenant que la Grande-Bretagne a quitté l’Union européenne.
« La prochaine entreprise commune portera sur la production, la distribution et l’utilisation finale de l’hydrogène, et, conformément à sa stratégie, c’est dans ces domaines que le Royaume-Uni recherche une coopération », explique Bart Biebuyck, directeur de l’entreprise commune FCH, un partenariat industriel du secteur de l’hydrogène et des piles à combustible financé par l’UE.
« Les conditions auxquelles le Royaume-Uni pourra participer dépendent du résultat de deux discussions qui sont en cours en ce moment », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Les discussions visant à préciser les détails de la future participation du Royaume-Uni aux programmes de recherche et d’innovation de l’UE sont actuellement en cours. Dans le cadre de l’accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l’UE, signé le 30 décembre, la Grande-Bretagne rejoindra Horizon Europe en tant que pays associé, au même titre que la Suisse, la Norvège et 14 autres pays non membres de l’UE. En échange, le Royaume-Uni contribuera au budget du programme à hauteur d’environ 2 milliards d’euros par an, selon le site d’information spécialisé Science|Business.
Par ailleurs, l’UE doit se mettre d’accord sur la structure juridique des prochaines entreprises communes, une discussion qui, selon M. Biebuyck, « sera conclue dans les mois à venir ».
« Nous en saurons plus une fois ces deux discussions terminées », a-t-il déclaré à EURACTIV. Mais ni la Commission ni le BEIS britannique n’ont voulu préciser si des réunions étaient prévues pour discuter des aspects pratiques de la coopération entre l’UE et le Royaume-Uni dans le domaine de l’hydrogène, notamment sur des questions clés comme le commerce et le développement potentiel d’une norme commune pour l’hydrogène à faible teneur en carbone. « Nous n’avons pas de commentaire immédiat sur la stratégie britannique elle-même », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne. « La dimension internationale fait partie intégrante de l’approche de l’UE », a répondu le porte-parole interrogé sur les discussions prévues pour faire progresser le commerce de l’hydrogène avec le Royaume-Uni.
Malgré les divergences inévitables causées par le Brexit, le Royaume-Uni affirme que la coopération avec les pays de l’UE reste une priorité et continue de se manifester dans le cadre de structures autres que l’Union européenne.
« Nous travaillons avec nos partenaires européens par le biais de divers canaux multilatéraux, tels que Mission Innovation (codirigé par le Royaume-Uni et l’Union européenne), l’Initiative ministérielle sur l’hydrogène pour l’énergie non polluante et le Partenariat international pour l’hydrogène et les piles à combustible dans l’économie (International Partnership for Hydrogen and Fuel Cells, IPHE). Par le biais de l’IPHE, nous contribuons à l’élaboration d’une méthodologie mutuellement acceptée pour déterminer les émissions de gaz à effet de serre associées à la production d’hydrogène », a déclaré le BEIS.
L’UE en vert, le Royaume-Uni en bleu
Même si l’UE et le Royaume-Uni se sont éloignés l’un de l’autre après le Brexit, les analystes affirment que les deux parties ont adopté des stratégies similaires en matière d’hydrogène, qui laissent entrevoir de nombreux domaines de coopération potentiels.
À l’instar du projet européen présenté un an plus tôt, la stratégie britannique décrit une approche « à double voie » du développement de l’hydrogène, comprenant une production d’hydrogène électrolytique dite « verte » et une production d’hydrogène dite « bleue » basée sur la capture du carbone. Les deux stratégies visent également à établir une norme pour l’hydrogène à faible teneur en carbone, conformément à leur objectif d’émissions nettes nulles.
La principale différence réside dans la priorité accordée à l’hydrogène vert par rapport à l’hydrogène bleu, explique Jan Rosenow, du Regulatory Assistance Project (RAP), un groupe à but non lucratif.
Alors que la stratégie de l’UE met clairement l’accent sur l’hydrogène vert généré à partir d’électricité renouvelable, « la stratégie britannique est beaucoup plus axée sur l’hydrogène bleu » obtenu par capture et stockage du carbone pour atténuer les émissions, a déclaré M. Rosenow à EURACTIV.
Le domaine du chauffage est un autre domaine litigieux. « La stratégie de l’UE est beaucoup plus claire sur le fait qu’il n’y a pas de rôle significatif pour l’hydrogène dans le secteur du chauffage, alors que la stratégie britannique ne s’engage pas dans un sens ou dans l’autre, laissant l’option ouverte », a déclaré M. Rosenow.
Par ailleurs, « pour l’industrie, l’électricité et les transports, les deux stratégies sont assez bien alignées », a-t-il ajouté.
Gniewomir Flis, analyste du groupe de réflexion allemand Agora Energiewende, estime que l’accent mis par le Royaume-Uni sur l’hydrogène bleu laisse plus d’options sur la table, ce qui contraste avec le soutien exclusif à l’hydrogène renouvelable dans la stratégie de l’UE.
« Par exemple, en incluant l’hydrogène d’origine fossile obtenu par le captage et le stockage du carbone (Carbon Capture and Storage, CCS), le Royaume-Uni dispose d’une alternative aux importations d’hydrogène le temps de mettre à l’échelle une filière de production d’hydrogène renouvelable », a déclaré M. Flis à EURACTIV dans des commentaires envoyés par courriel.
« En dépendant moins des importations, la stratégie britannique se concentre sur le développement de la chaîne de valeur complète de l’hydrogène au niveau national. Cela contraste avec la stratégie allemande en matière d’hydrogène, qui est explicite quant à son besoin d’importations, et qui vise à développer une chaîne d’approvisionnement mondiale », a-t-il ajouté.
En outre, comme l’hydrogène d’origine fossile obtenu par CCS devrait rester moins cher que l’hydrogène renouvelable sur le reste de la décennie, le Royaume-Uni aura besoin de moins de subventions pour soutenir l’industrie, a souligné M. Flis.
« Actuellement, le total des fonds disponibles pour l’hydrogène au Royaume-Uni est inférieur à 1 milliard d’euros, contre 9 milliards d’euros en Allemagne », a-t-il fait remarquer.
https://www.euractiv.fr/section/energie/news/electricity-giants-call-for-carbon-tariff-on-eu-hydrogen-imports/
Un Royaume-Uni soumis au droit européen
Bien que l’UE ait une approche plus restrictive que le Royaume-Uni en matière d’hydrogène, elle a d’autres atouts, dont le premier est la puissance réglementaire de l’Union, soutenue par son énorme marché intérieur de 447 millions d’habitants.
Si elle veut importer ou exporter de l’hydrogène avec l’Europe, la Grande-Bretagne devra probablement se conformer aux standards européens, estiment les analystes. Le Brexit rendra également plus difficile la mise en œuvre de la stratégie britannique en matière d’hydrogène, car l’UE élaborera sa propre politique et son propre cadre réglementaire dans ce domaine.
Les divergences entre l’UE et le Royaume-Uni sur l’hydrogène bleu pourraient également devenir à terme une source de tension.
« Cela pourrait conduire à des conflits politiques entre la vision de l’UE et du Royaume-Uni et entraver la capacité d’un marché intégré de l’hydrogène en Europe », a déclaré un chercheur en énergie qui a préféré garder l’anonymat.