Les États membres de l’UE de plus en plus agacés par la Hongrie
Les prochains sommets organisés en novembre par la présidence hongroise du Conseil de l’UE risquent d’être éclipsés par le mécontentement croissant des États membres face aux manœuvres diplomatiques controversées du Premier ministre Viktor Orbán.
Les prochains sommets organisés en novembre par la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne (UE) risquent d’être éclipsés par le mécontentement croissant des États membres face aux manœuvres diplomatiques controversées du Premier ministre Viktor Orbán.
Ces derniers mois, Viktor Orbán a irrité ses homologues de l’UE en bloquant plusieurs décisions cruciales sur l’aide militaire et financière à l’Ukraine ainsi que sur les sanctions contre Moscou, en menant une « mission de paix » autoproclamée et unilatérale — notamment en Russie et en Chine —, et en se querellant avec Bruxelles sur la question de l’immigration.
Jusqu’à présent, les États membres de l’Union n’ont pas proposé d’options concrètes pour freiner les actions de Budapest au-delà de simples réprimandes.
Cependant, ces tensions pourraient se manifester à Budapest, la Hongrie devant accueillir un sommet informel des dirigeants de l’UE juste avant la cinquième édition du sommet de la Communauté politique européenne dans la capitale au début du mois prochain (les 7 et 8 novembre).
Traditionnellement, les sommets informels organisés par la présidence du Conseil débouchent sur une déclaration commune des dirigeants de l’UE centrée sur un sujet clé, comme à Versailles en mars 2022 (défense) ou à Grenade en octobre 2023 (élargissement et réforme de l’UE).
La Hongrie a déclaré que l’un des objectifs de son sommet de novembre serait de produire une « déclaration de Budapest » sur la compétitivité, bien que certains diplomates de l’UE estiment qu’il est trop tôt pour dégager une ligne commune sur la question.
L’ancien Premier ministre italien Mario Draghi, qui a récemment rédigé un rapport sur l’avenir de la compétitivité de l’Union, devrait participer aux discussions avec les dirigeants des Vingt-Sept pour débattre de la question.
Toutefois, selon plusieurs diplomates européens, il est possible que les questions politiques prennent le pas sur le sommet.
Vers un boycott du sommet de novembre ?
Selon nos informations, plusieurs États membres, en particulier ceux qui ne sont pas satisfaits des positions russophiles de Viktor Orbán, envisageraient de coordonner leurs approches avant le sommet — et éventuellement leur décision de participer ou non à celui-ci.
Cependant, il semblerait que pour la grande majorité des États membres, il est trop tôt pour prendre de telles mesures.
« Il n’est pas improbable, cependant, que nombre d’entre eux surveillent de près ce qui va se passer dans les semaines à venir et comment Budapest se comportera dans la période précédant le sommet », a expliqué un diplomate de l’UE.
Certaines réunions organisées par la Hongrie avaient déjà été boycottées auparavant, plusieurs d’États membres de l’UE ayant choisi de ne pas participer aux réunions ministérielles informelles de la présidence hongroise.
En juillet, Ursula von der Leyen avait également demandé à ses commissaires de ne pas assister aux réunions ministérielles informelles organisées sous la présidence hongroise afin de protester contre les efforts diplomatiques unilatéraux de Viktor Orbán en faveur d’une paix en Ukraine.
Toutefois, contrairement aux réunions ministérielles informelles qui font partie de la présidence tournante du Conseil, lors d’un sommet informel, les dirigeants nationaux ne peuvent pas envoyer de remplaçant.
Ils peuvent cependant déléguer leur voix à un dirigeant d’un autre État membre, qui est alors autorisé à s’exprimer en leur nom — une pratique courante lors des sommets réguliers de l’UE.
Plusieurs diplomates européens ont laissé entendre que les principaux points d’interrogation ne concernaient pas tant la participation que la manière dont les dirigeants pourraient se comporter dans le cadre du sommet.
« Certains dirigeants européens pourraient décider de rencontrer des organisations non gouvernementales et de parler longuement aux médias nationaux de certains sujets politiques — ce serait un message efficace », a déclaré un troisième diplomate de l’UE.
Le spectre de Donald Trump et Vladimir Poutine
Les deux rencontres prévues le mois prochain se tiendront également quelques jours seulement après l’élection présidentielle américaine du 5 novembre.
S’exprimant à Strasbourg mardi 8 octobre, le Premier ministre hongrois avait par ailleurs déclaré aux journalistes qu’il ouvrirait « plein de bouteilles de champagne » si Donald Trump gagnait l’élection.
Pour Viktor Orbán, le sommet de Budapest sera l’occasion pour le bloc de se rassembler « pour essayer de trouver une voix commune » sur plusieurs questions géopolitiques.
« En tant que dirigeants européens, nous n’avons pas de temps à perdre », a-t-il affirmé, ajoutant que si Donald Trump était élu, il n’attendrait pas son investiture et agirait immédiatement « pour parvenir à une paix » entre l’Ukraine et la Russie.
Les opinions du dirigeant hongrois reflétant largement celles de Donald Trump sur le souhait de parvenir à une paix « très rapide » — sans fournir de détails sur ce qu’un tel règlement impliquerait. Les diplomates de l’UE s’inquiètent de plus en plus des conséquences possibles d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour le soutien occidental à l’Ukraine.
Les États membres de l’UE ont déclaré à plusieurs reprises que toute négociation sur l’avenir de l’Ukraine et sur un éventuel accord de paix ne pouvait avoir lieu qu’avec la participation de Kiev.
« S’il [Viktor Orbán] arrive à ce sommet et tente de mettre une sorte de fait accompli sur la table, nous aurons un problème », a déclaré un quatrième diplomate de l’UE.
La réaction de l’Ukraine influencera également la dynamique des discussions lors du sommet de la Communauté politique européenne à Budapest, puisque le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, devrait y participer.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]