Les États membres divisés sur l’interruption de l’aide européenne à la Palestine
Les divisions entre les États membres de l’UE et le manque de convergence des institutions européennes ont été mis en évidence lundi (9 octobre) à propos des plans visant à interrompre l’aide à la Palestine en réponse à l’attaque de samedi (7 octobre) contre Israël par le Hamas.
Les divisions entre les États membres de l’UE et le manque de convergence des institutions européennes ont été mis en évidence lundi (9 octobre) à propos des plans visant à interrompre l’aide à la Palestine en réponse à l’attaque du Hamas contre Israël du week-end dernier.
Le désarroi de l’UE reflète les divisions de longue date au sein du bloc sur le conflit israélo-palestinien, même si ses États membres ont été unis dans la condamnation de l’attaque de samedi (7 octobre).
Le commissaire chargé de la politique européenne de voisinage, Olivér Várhelyi, a déclaré que l’exécutif européen allait réexaminer l’ensemble de son aide au développement en faveur des Palestiniens, d’une valeur de 691 millions d’euros, ajoutant que tous les paiements étaient « immédiatement suspendus ».
L’Europe est l’une des principales sources d’aide aux territoires palestiniens occupés par Israël, où les Nations unies estiment qu’environ 2,1 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire, dont 1 million d’enfants.
Divergences entre Etats
L’annonce a suscité la réaction de plusieurs États membres — dont l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et le Luxembourg — qui avaient mis en garde contre l’interruption de l’aide au détriment des civils palestiniens et s’étaient demandé si la Commission avait l’autorité nécessaire pour prendre une telle décision.
La France a aussi exprimé son opposition à la suspension mardi matin : « Cette aide est concentrée sur le soutien aux populations palestiniennes, dans les domaines de l’eau, de la santé, de la sécurité alimentaire et de l’éducation », a rappelé le Quai d’Orsay.
« Nous pensons qu’il n’existe aucune base juridique pour une décision unilatérale de ce type prise par un commissaire individuel et nous ne soutenons pas une suspension de l’aide », a déclaré un porte-parole du ministère irlandais des Affaires étrangères.
D’autres États membres, tels que l’Allemagne et l’Autriche, avaient suspendu lundi toute aide aux territoires palestiniens en réaction à l’attaque terroriste perpétrée contre Israël par le Hamas, accentuant ainsi la pression exercée sur l’UE pour qu’elle gèle son aide.
Cette décision a surpris les responsables politiques européens, qui avaient déclaré plus tôt dans la journée que la question de l’aide de l’Union aux Palestiniens serait examinée lors d’une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’UE, mardi après-midi (10 octobre).
Cacophonie à la Commission européenne
Suite à l’annonce de M. Várhelyi, la Commission européenne s’est efforcée de clarifier quelles parties de l’aide palestinienne seraient supprimées.
Janez Lenarčič, commissaire chargé de la gestion des crises, a déclaré qu’il condamnait l’attaque du Hamas, mais que l’aide humanitaire de l’UE aux Palestiniens dans le besoin « se poursuivrait aussi longtemps que nécessaire ».
Plus tard dans la soirée de lundi, la Commission européenne a publié un communiqué confirmant qu’elle avait entamé un examen urgent de l’aide.
« L’objectif de ce réexamen vise à s’assurer qu’aucun financement européen ne permette à une quelconque organisation terroriste de mener des attaques contre Israël », est-il écrit.
« La Commission examinera également si, à la lumière des nouvelles circonstances sur le terrain, ses programmes de soutien à la population palestinienne et à l’Autorité palestinienne doivent être ajustés. »
Cependant, l’exécutif européen a également déclaré que « comme aucun paiement n’était prévu, il n’y aura pas de suspension des paiements ».
En dépit de cela, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a quant à lui déclaré que l’UE ne suspendrait pas les « paiements dus ».
« La suspension des paiements — punissant tout le peuple palestinien — aurait nui aux intérêts de l’UE dans la région et n’aurait fait qu’enhardir les terroristes », a ajouté M. Borrell.
Bien que la Commission ait refusé de commenter davantage cette divergence, elle a précisé que l’aide humanitaire — distincte des fonds destinés au développement — se poursuivrait, en veillant à ce qu’aucun financement de l’UE ne permette de mener des attaques contre Israël.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, après un appel nocturne avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est également exprimé, déclarant que l’UE « ne doit pas interrompre l’aide humanitaire et au développement dont les Palestiniens ont tant besoin ».
« Cela pourrait être exploité par le Hamas et exacerber les tensions et la haine », a-t-il ajouté.
Questions relatives aux déclarations
La division au sein de l’Union va toutefois au-delà de simples confusions sur le financement.
Dans une déclaration publiée samedi au nom de l’UE, M. Borrell a condamné « avec la plus grande fermeté les attaques multiples et aveugles du Hamas contre Israël » et a appelé le groupe militant à mettre fin à ces « attaques et violences insensées ».
Plusieurs pays, dont l’Irlande, le Luxembourg et le Danemark, avaient fait pression pour que l’UE appelle à la désescalade à la suite de l’attaque surprise du Hamas contre Israël ce week-end.
Cette tentative s’est heurtée à une forte opposition de la part d’autres États membres de l’UE, qui ont estimé qu’une déclaration claire de solidarité avec Israël était plus importante après que les incursions du Hamas ont tué plus de 800 personnes, dont 260 lors d’une rave, et capturé des dizaines d’otages, ont indiqué des diplomates de l’UE.
Un diplomate de l’UE a déclaré que l’Autriche s’opposait fermement à cette idée et considérait qu’il s’agissait d’une ligne rouge pour signer la déclaration.