Les euro-obligations, inévitables ?

Les dirigeants européens pourraient bientôt devoir céder à la pression des marchés en émettant des euro-obligations dès l'année prochaine. De plus en plus d'investisseurs et d'économistes affirment en effet qu'il s'agirait de la meilleure, voire de l’unique façon de résoudre la crise de la dette.

Euro coins multiple.JPG
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Les dirigeants européens pourraient bientôt devoir céder à la pression des marchés en émettant des euro-obligations dès l'année prochaine. De plus en plus d'investisseurs et d'économistes affirment en effet qu'il s'agirait de la meilleure, voire de l’unique façon de résoudre la crise de la dette.

Les dirigeants français et allemand ont déçu les marchés financiers cette semaine en affirmant que les euro-obligations, si elles étaient instaurées un jour, ne seraient émises que dans très longtemps. Ils ont ajouté qu'ils concentreraient plutôt leurs efforts sur une meilleure intégration économique.

Cependant, un sondage réalisé cette semaine par Reuters auprès de plusieurs économistes laisse entendre que les dirigeants devront finir par accepter que l'émission commune d'obligations puisse être l’une des mesures à prendre pour enrayer la crise de la dette souveraine, qui menace certaines des plus grandes économies de l'Union.

Quelque 41 économistes sur la soixantaine interrogée lors de ce sondage ont déclaré que l'émission d'obligations souveraines pour la zone euro représenterait une solution à long terme pour résoudre la crise. Trente-six d'entre eux s'attendent à ce que les leaders de la zone finissent par émettre ce type d'obligations.

La majorité de ces économistes pensent que la première émission aura lieu dès 2012 ou 2013, a révélé le sondage.

« A présent, ça passe ou ça casse. Soit on avance vers l'émission d'obligations communes, soit tout s'écroule et coule », a expliqué Russell Silberston, directeur responsable des taux d'intérêt mondiaux chez Investec Asset Management, qui gère 31 milliards de dollars de valeurs à revenu fixe dans le monde.

L'intégration budgétaire avant tout

En théorie, des obligations communes permettraient aux pays de la zone euro fortement endettés de récupérer un accès aux marchés commerciaux tout en procurant aux investisseurs une garantie via la responsabilité conjointe.

Pour éviter que les pays plus faibles de la zone ne profitent de cette responsabilité commune, les analystes avancent qu'une intégration budgétaire, ou du moins un cadre budgétaire plus strict, sera nécessaire.

« L'une des conditions pour l'introduction d'euro-obligations est que l'UE puisse contrôler les budgets nationaux », a expliqué Norbert Braems, économiste en chef chez Oppenheim Research, à Cologne.

Il pourrait s'agir d'un mécanisme automatique de punition des mauvais comportements en terme de politique budgétaire ou de limites de déficits introduites dans la constitution de chaque pays, a-t-il précisé.

Les propositions sur la gouvernance économique formulées par le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont été vues comme un premier pas vers l'intégration budgétaire au sein de la zone euro, ce que de nombreux investisseurs réclament.

Toutefois, la mise en pratique de ces projets prendra du temps et ne permettra pas vraiment de résoudre un problème plus urgent : comment les membres faibles de la zone peuvent-ils s'assurer un financement sur le long terme ?

Sur une échelle de un à dix (un représentant une gestion très inadéquate et dix une gestion très adéquate), la moyenne des 60 économistes interrogés lors du sondage est de quatre, s'agissant de savoir si les dirigeants européens ont bien géré la crise. Il s'agit donc d'un résultat qui révèle que les analystes n'ont été guère impressionnés des mesures prises par la sphère dirigeante.

Dans la mesure où la Banque centrale européenne doit régulièrement acheter des obligations sur le marché secondaire pour maintenir les coûts de l'emprunt italien et espagnol à des niveaux viables et où les marchés ont depuis peu la France (deuxième économie de la zone euro) dans leur ligne de mire, les analystes estiment qu'une solution à moyen terme devient de plus en plus urgente.

« Parfois, le marché anticipe sur des mesures qui ne pourront être prises que plus tard », a déclaré Matteo Regesta, stratégiste taux chez BNP Paribas. « Les euro-obligations seraient une très bonne idée, car il s'agirait d'un pas en avant significatif vers l'intégration budgétaire, ce dont nous avons besoin ».

Certaines éminentes personnalités politiques en Europe, y compris le ministre italien de l'économie, Giulio Tremonti, et le ministre britannique des finances et eurosceptique, George Osborne, ont exprimé leur soutien à l'idée des euro-obligations.

Le renforcement du FESF est une première étape

D'une certaine manière, la zone euro est déjà sur la voie d'une politique conjointe en matière d'endettement avec l'existence du Fonds européen de stabilité financière (FESF), qui est garanti par tous les pays de la zone et qui a déjà émis des obligations.

Lorsque les parlements nationaux auront approuvé ses nouveaux pouvoirs, le FESF de 440 milliards pourra accorder des prêts à titre préventif aux pays subissant les attaques des marchés obligataires, acheter des obligations souveraines sur le marché secondaire et prêter de l'argent aux gouvernements pour qu'ils recapitalisent leurs banques.

Ces nouveaux pouvoirs pourraient impliquer à terme la nécessité d'une augmentation de capital, surtout si l'Espagne et l'Italie ont un jour besoin d'un renflouement.

Le capital de réserve du fonds se tarirait, ce qui lui rendrait la tâche plus difficile s'agissant de remplir ses nouvelles obligations.

Des euro-obligations pourraient être émises par un bureau européen de gestion de l'endettement au nom de tous les émetteurs de la zone euro et pourraient empêcher les marchés d'« attaquer » les obligations d'un pays en particulier.

Les investisseurs pourraient demander une prime pour détenir les obligations et ces dernières pourraient nécessiter des rehaussements de crédit pour s'assurer une note AAA. A terme, elles pourraient remplacer les émissions nationales, augmenter la liquidité et représenter une alternative intéressante aux bons du Trésor américain.

Résistance politique

Les propositions en faveur d’une augmentation des capacités du fonds de sauvetage ou même de l'émission d'euro-obligations devront inévitablement affronter la réticence de la sphère politique, notamment en Allemagne. L'institut Ifo, un groupe de réflexion allemand, a récemment estimé que les euro-obligations pourraient coûter aux contribuables allemands jusqu'à 47 milliards d'euros par an, une estimation qui rend cette proposition difficile à vendre pour la chancelière.

Néanmoins, de plus en plus d'analystes pensent que le plus grand contributeur de la zone euro finira par accepter l'émission conjointe.

Des obligations communes « serait un pas significatif vers l'intégration budgétaire, ce dont nous avons besoin », a répété M. Regesta de BNP Paribas. « Nous disposons d'une politique monétaire, mais pas d'une politique budgétaire unifiée et unique, c'est la raison pour laquelle la périphérie souffre aujourd'hui ».

EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet