Les fuites sur les gazoducs Nord Stream pourraient être les plus importantes jamais enregistrées
Selon des scientifiques, la fuite de méthane qui résulte de l’explosion de conduites du Nord Stream dans la mer Baltique pourrait constituer l’une des pires fuites de gaz naturel de tous les temps. Ils craignent notamment que cela ne pose des problèmes climatiques considérables.
Selon des scientifiques, la fuite de méthane qui résulte de l’explosion de conduites du Nord Stream dans la mer Baltique pourrait constituer l’une des pires fuites de gaz naturel de tous les temps. Ils craignent notamment que cela ne pose des problèmes considérables sur le plan climatique. Un article de The Guardian, média partenaire d’EURACTIV.
Aucune des deux conduites endommagées des gazoducs Nord Stream, qui relient la Russie à l’Allemagne, n’était opérationnelle, mais toutes deux contenaient du gaz naturel principalement composé de méthane — un gaz à effet de serre (GES) qui est le premier responsable du réchauffement climatique après le dioxyde de carbone.
L’ampleur des fuites n’est pas encore connue, mais les scientifiques estiment que le volume de gaz contenu dans l’un des gazoducs varie entre 100 000 et 350 000 tonnes de méthane.
Jasmin Cooper, chercheur associé au département de génie chimique de l’Imperial College de Londres, a déclaré qu’à l’heure actuelle, une « grande incertitude » entourait cette fuite.
« Nous savons qu’il y a eu trois explosions, mais nous ne savons pas s’il y a trois fuites sur les tuyaux ou quelle est la taille de ces fuites », a déclaré M. Cooper. « Il est difficile de savoir quelle quantité a pu remonter à la surface. Mais il s’agit potentiellement de centaines de milliers de tonnes de méthane, un volume assez important qui est libéré dans l’atmosphère. »
Le Nord Stream 2, qui devait permettre d’augmenter le flux de gaz de la Russie vers l’Allemagne, aurait contenu 300 millions de mètres cubes de gaz lorsque Berlin a décidé d’arrêter le processus de certification du gazoduc peu avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Ce volume représenterait à lui seul 200 000 tonnes de méthane, explique M. Cooper. Si tout le gaz s’échappait, il dépasserait les 100 000 tonnes de méthane libérées avec l’explosion d’Aliso Canyon, la plus grande fuite de gaz de l’histoire des États-Unis, survenue en Californie en 2015. En termes de réchauffement, Aliso représentait l’équivalent d’un demi-million de voitures.
« Cela pourrait être l’une des plus grandes fuites de gaz », a déclaré M. Cooper. « Les risques climatiques liés à la fuite de méthane sont assez importants. Le méthane est un gaz à effet de serre puissant, 30 fois plus fort que le CO2 sur 100 ans et plus de 80 fois plus fort sur 20 ans. »
Le professeur Grant Allen, expert en sciences de la Terre et de l’environnement à l’Université de Manchester, a déclaré qu’il était peu probable que les processus naturels, qui convertissent de petites quantités de méthane en dioxyde de carbone, soient capables d’absorber une grande partie de la fuite.
« Il s’agit d’une quantité colossale de gaz, dans de très grosses bulles. Si vous avez de petites sources de gaz, la nature aidera en transformant le gaz. Avec la marée noire de Deepwater Horizon, le méthane a été fortement atténué par les bactéries », a indiqué M. Allen.
« Mon expérience scientifique me dit que — avec une grosse explosion comme celle-ci — la nature n’aura pas le temps de neutraliser le méthane. Une proportion importante sera donc évacuée sous forme de gaz méthane. »
D’un autre côté, le gaz ne polluera pas l’environnement marin autant que dans le cas d’une marée noire, a déclaré M. Allen. « Mais en termes de gaz à effet de serre, c’est une émission imprudente et inutile dans l’atmosphère. »
L’Agence allemande de l’environnement a souligné qu’il n’y avait pas de mécanismes de confinement sur les conduites et que tout le contenu pouvait donc s’échapper.
L’Agence danoise de l’énergie a déclaré mercredi (28 septembre) que les gazoducs contenaient 778 millions de mètres cubes de gaz naturel au total, soit l’équivalent de 32% des émissions annuelles de CO2 du Danemark.
C’est presque deux fois le volume qui avait été initialement annoncé par les scientifiques. Les estimations des fuites de méthane dans l’atmosphère s’en trouveraient considérablement augmentées, passant de 200 000 à plus de 400 000 tonnes. Plus de la moitié du gaz est sortie des tuyaux et le reste devrait avoir disparu d’ici dimanche, a indiqué l’agence.
Jean-François Gauthier, vice-président de GHGSat, une entreprise de surveillance satellitaire des gaz à effet de serre, a déclaré que l’évaluation du volume total de gaz émis était « difficile ».
« Il y a peu d’informations sur la taille de la fuite et sur le fait de savoir si elle est toujours en cours », a déclaré M. Gauthier. « S’il s’agit d’une brèche suffisamment importante, [les conduites] se videraient d’elles-mêmes. »
« On peut dire qu’on parle de centaines de milliers de tonnes de méthane. En termes de fuites, il s’agit certainement d’une fuite très grave. Celle-ci est même catastrophique et soudaine, je n’ai jamais rien vu de tel auparavant. »
En termes d’impact climatique, 250 000 tonnes de méthane équivalent à l’impact de 1,3 million de voitures en circulation pendant un an, a expliqué M. Gauthier.
[Cet article est initialement paru dans le journal The Guardian et a été repris ici avec son autorisation.]