Les islamistes crient victoire en Egypte
Les Frères musulmans égyptiens ont annoncé aujourd'hui (18 juin) que leur candidat, Mohamed Morsi, avait remporté les premières élections présidentielles libres, devant l'ancien premier ministre d'Hosni Moubarak, ce qui met un terme à six décennies de pouvoir militaire.
Les Frères musulmans égyptiens ont annoncé aujourd'hui (18 juin) que leur candidat, Mohamed Morsi, avait remporté les premières élections présidentielles libres, devant l'ancien premier ministre d'Hosni Moubarak, ce qui met un terme à six décennies de pouvoir militaire.
L'annonce de cette victoire a rapidement été démentie par son rival et peu avant la publication des résultats finaux, les généraux qui dirigent le pays depuis la chute de M. Moubarak ont énoncé de nouvelles règles stipulant que le pouvoir restait aux mains de l'armée.
« Mohamed Morsi est le premier président civil élu par le peuple en Egypte », peut-on lire sur le site officiel du Parti de la liberté et de la justice des Frères musulmans.
Un assistant de l'autre candidat, l'ancien premier ministre Ahmed Shafik, a déclaré que ce parti prenait l'élection en otage.
« Selon notre comptage des voix, nous sommes en tête avec 52 % des votes, mais nous refusons d'enfreindre la loi et de publier des chiffres dès maintenant », a affirmé Mahmoud Baraka, le porte-parole de campagne de M. Shafik.
La télévision publique égyptienne a véhiculé les deux messages. Le comité électoral officiel doit encore faire l'annonce des résultats officiels.
M. Morsi, qui a fait ses études aux Etats-Unis, a promis peu après l'annonce de sa victoire lors d'une conférence de presse qu'il serait le président de tous les Egyptiens et qu'il ne chercherait pas à se venger ou à régler ses comptes.
« Merci à Dieu d'avoir guidé le peuple égyptien sur le chemin de la liberté et de la démocratie, unissant les Egyptiens pour un avenir meilleur», a déclaré M. Morsi.
Des centaines de jeunes militants des Frères musulmans se sont rassemblés sur la place Tahrir, où la révolution anti-Moubarak avait éclaté il y a 16 mois. Devant le siège du parti des Frères musulmans, d'autres dansaient et scandaient : « Morsi, Morsi… président. » Ils ont également appelé à la fin du pouvoir militaire.
Des pouvoirs limités
Un décret du conseil militaire au pouvoir, publié lors du comptage des voix ce dimanche, prévoit des pouvoirs limités pour le nouveau chef d'Etat et le conseil a réclamé les droits législatifs que détenait le parlement aux mains des islamistes, que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a dissout la semaine dernière.
Le maréchal Hussein Tantaoui, à la tête du Conseil suprême, a indiqué que l'armée, qui contrôle également des pans entiers de l'économie, n'avait pas l'intention d'accorder des pouvoirs substantiels à ses anciens adversaires, les Frères musulmans (voir « Contexte »).
« Le CSFA assumera des responsabilités législatives […] jusqu'à l'élection d'un nouveau parlement », peut-on lire dans l'ordonnance du Conseil.
Même si un chef d'État civil est élu, M. Tantaoui pourrait ne pas être à même de respecter la date butoir du 1er juillet qu'il a lui-même définie pour céder le pouvoir. Les Etats-Unis ont souligné ces derniers jours qu'ils s'attendaient à ce que M. Tantawi respecte ses engagements à cet égard.
Les Frères musulmans ont contesté la dissolution du parlement par l'armée et ont prédit des « jours dangereux ».
Les opposants libéraux et islamistes ont qualifié cette décision de coup d’Etat militaire.
La « déclaration constitutionnelle » que le conseil a publiée prétextant des pouvoirs qu'il s'est lui-même attribués après avoir évincé M. Moubarak pour apaiser les soulèvements de 2011 est une atteinte à la démocratie. C'est ce que pensent de nombreux Egyptiens qui ont fait part de leur mécontentement sur les médias sociaux, une arme de choix qui a mené à la chute du régime de M. Moubarak lors du printemps arabe.
« Une atteinte grave à la démocratie et à la révolution », a publié sur son compte Twitter l'ancien diplomate de l'ONU et lauréat du prix Nobel de la paix Mohamed El Baradei.
« Le CSFA conserve le pouvoir législatif, porte atteinte à l'autorité du président sur l'armée et solidifie son contrôle », a-t-il affirmé.
« Cette « déclaration anticonstitutionnelle » fait suite à un coup d’Etat militaire pur et simple », a tweeté Abdel Moneim Abou El-Fotouh, un islamiste modéré éliminé lors du premier tour des élections présidentielles du mois dernier. « Nous avons le devoir de les affronter. »
Une page Facebook qui regroupe de jeunes militants qui ont contribué au soulèvement a noté que l'Egypte disposerait donc d'un chef d'État sans contrôle sur ses propres forces armées : « Le président est élu mais n'a aucun pouvoir », peut-on lire sur cette page.