Les menaces creuses de la Slovaquie sur les livraisons d’électricité d’urgence à l’Ukraine

Les dernières menaces du Premier ministre slovaque Robert Fico de mettre fin à l’aide d’urgence au réseau électrique ukrainien sont juridiquement douteuses et n’auraient que peu d’impact.

EURACTIV.com
Slovakia’s PM Fico Pledges To Block Ukraine’s NATO Bid While In Office
La menace de Robert Fico fait suite au refus de Kiev de transporter le gaz russe vers l’ouest, privant ainsi Bratislava de sa part des bénéfices du transit. [Sergii Kharchenko/NurPhoto via Getty Images]

Les dernières menaces du Premier ministre slovaque Robert Fico de mettre fin à l’aide d’urgence au réseau électrique ukrainien sont juridiquement douteuses et n’auraient que peu d’impact si elles étaient mises à exécution.

En 2003, l’Italie a connu la plus longue panne d’électricité de son histoire moderne, en partie parce que ses voisins n’ont pas été en mesure de fournir de l’électricité d’urgence assez rapidement après la rupture d’un câble.

L’Ukraine, dont le système énergétique a été mis à mal par la Russie, pourrait connaître le même sort, a laissé entendre le Premier ministre slovaque à Bruxelles la semaine dernière.

La menace de Robert Fico fait suite au refus de Kiev de transporter le gaz russe vers l’ouest, privant ainsi Bratislava de sa part des bénéfices du transit.

La Slovaquie est probablement le seul pays « capable de fournir de l’électricité [d’urgence] à l’Ukraine dans les 30 minutes, sinon leur réseau électrique pourrait s’effondrer », avait-il déclaré aux journalistes à Bruxelles après une réunion avec la Commission européenne.

Robert Fico avait qualifié le blocage de l’aide d’urgence au réseau électrique de l’Ukraine de « mesure réciproque sévère ».

Mais les experts s’interrogent sur la crédibilité de sa menace.

« Il n’est pas certain que la Slovaquie puisse à elle seule refuser de fournir une aide d’urgence à son homologue ukrainien [au sein] d’Entso-E », explique Georg Zachmann, chercheur au sein du think tank Bruegel.

Entso-E est un groupe d’opérateurs de réseaux électriques européens, dont la Slovaquie et l’Ukraine sont membres. Le protocole et les règles d’urgence de ce groupe ont été révisés depuis 2003, en partie pour éviter que ne se reproduise une panne d’électricité comme en Italie.

« Les règles prévoient que les demandes d’aide d’urgence doivent être satisfaites à moins qu’elles ne mettent en danger [son] propre système », ajoute l’expert.

La Slovaquie pourrait éventuellement refuser l’aide d’urgence s’il n’y a pas d’accord de partage des coûts, mais le pays a prolongé un accord d’aide d’urgence avec l’Ukraine jusqu’à la mi 2024. Kiev a payé 12 millions d’euros pour l’alimentation en électricité d’urgence en 2024, a reconnu le Premier ministre slovaque.

La dépendance de l’Ukraine à l’égard des flux en provenance d’Europe et de Slovaquie est également limitée.

Si les importations depuis l’Union européenne (UE) ont connu un pic en 2024, celles-ci n’ont encore fourni que 5 % de la demande totale d’électricité du pays, soit 100 TWh, selon une analyse du projet Green Deal Ukraina.

De plus, sur les flux d’électricité de l’UE vers l’Ukraine, seuls 60 % passent par les câbles slovaques. Et les services d’urgence représentent un sous-ensemble encore plus petit.

« Au cours du premier semestre 2024, les mesures de soutien d’urgence slovaques rapportées par [l’opérateur de réseau slovaque] SEPS représentaient moins de 4 % des flux physiques de la Slovaquie vers l’Ukraine », explique Georg Zachmann.

Cette exposition limitée explique peut-être pourquoi les Ukrainiens ont finalement refusé de participer à une réunion envisagée avec les Slovaques et la Commission européenne à Bruxelles la semaine dernière.

[Édité par Anna Martino]