Les ministres des Affaires étrangères de l’UE rejettent la suspension du dialogue politique avec Israël
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont rejeté lundi 18 novembre la proposition du chef de la diplomatie européenne sortant, Josep Borrell, visant à suspendre le dialogue politique officiel avec Israël en réponse aux violations des droits humains à Gaza.
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) réunis à Bruxelles lundi 18 novembre ont rejeté la proposition du chef de la diplomatie européenne sortant, Josep Borrell, visant à suspendre le dialogue politique officiel avec Israël en réponse aux violations des droits humains à Gaza.
La semaine dernière, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a proposé de mettre fin au dialogue politique mené dans le cadre de l’accord d’association entre l’UE et Israël en raison de la guerre à Gaza.
Josep Borrell a déclaré dans la soirée que la majorité des ministres des Affaires étrangères de l’UE avaient fermement rejeté cette idée lors d’une réunion du Conseil « Affaires étrangères » qui s’est tenue lundi à Bruxelles.
Or, l’unanimité était requise pour mettre en œuvre cette mesure. En amont de la réunion, les ministres des Affaires étrangères néerlandais, tchèque et hongrois avaient tous ouvertement exprimé leur opposition à la proposition.
« La plupart des États membres ont estimé qu’il était préférable de continuer à entretenir des relations diplomatiques et politiques avec Israël, de sorte que la proposition n’a pas été prise en considération, comme prévu », a rapporté Josep Borrell lors d’une conférence de presse lundi soir.
« Mais au moins, j’ai mis sur la table toutes les informations produites par l’Organisation des Nations unies — et toutes les organisations internationales travaillant à Gaza, en Cisjordanie et au Liban — afin de juger de la manière dont la guerre est menée », a-t-il ajouté.
Il a également indiqué que les discussions avaient porté sur la décision de la Knesset, le parlement monocaméral israélien, d’interdire l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) en raison de ses liens présumés avec le groupe terroriste palestinien Hamas. Josep Borrell a réitéré la position de l’UE selon laquelle l’UNRWA est « irremplaçable ».
Dès le départ, la proposition de suspension du dialogue politique semblait davantage être le signe que Josep Borrell souhaitait laisser son empreinte avant de quitter son poste plutôt que l’initiation d’un véritable changement dans la politique étrangère de l’UE.
Et la réunion de lundi était peut-être la dernière des ministres des Affaires étrangères de l’UE que l’Espagnol âgé de 77 ans, présidait, puisqu’il devrait être remplacé par l’Estonienne Kaja Kallas le 1er décembre.
Le retour de Donald Trump, une opportunité pour l’UE ?
Lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion de lundi, Josep Borrell a évoqué à la manière dont la politique mondiale avait évolué au cours de son mandat quinquennal, affirmant que la situation empirait rapidement.
« Le monde ne s’arrête pas. Il va plus vite, mais dans la mauvaise direction », a-t-il confié.
Il a identifié « trois pôles de tension » : l’Ukraine, le Moyen-Orient et la mer de Chine méridionale. Et d’ajouter que ces frictions régionales mettront à l’épreuve la nouvelle administration de Donald Trump.
« Il y a beaucoup de points d’interrogation sur la manière dont la nouvelle administration américaine se comportera dans ces trois pôles de tension », a-t-il précisé.
Josep Borrell a soutenu que le retour de Donald Trump — qu’il a qualifié d’« intéressant » — représente « une opportunité pour les Européens d’apparaître comme un partenaire fiable, comme un acteur rationnel ». Si l’Europe s’est déjà « réveillée » il y a quelques années, elle doit encore parler d’une voix claire et investir davantage dans la défense, a-t-il également expliqué.
Ce mardi 19 novembre, Josep Borrell préside une réunion des ministres de la Défense qui se tient à Bruxelles.
Le cas de la Géorgie
Les ministres des Affaires étrangères ont également discuté des récentes élections législatives contestées en Géorgie.
« Le déroulement des élections législatives du mois dernier a confirmé que le recul démocratique du gouvernement géorgien a éloigné le pays de la voie [de l’adhésion à] l’Union européenne, ce qui va à l’encontre des aspirations du peuple géorgien », a soutenu Josep Borrell.
« La porte de l’Union européenne restera ouverte à la Géorgie », a-t-il insisté. « Mais l’attitude du gouvernement géorgien, en ce qui concerne le respect de l’État de droit et des principes fondamentaux — y compris la manière dont les élections ont été organisées — éloigne la Géorgie de son intégration à l’Union européenne ».
Le chef de la diplomatie européenne a refusé de s’exprimer sur les détails des irrégularités présumées des élections géorgiennes, indiquant que l’UE enverrait une mission d’enquête.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]