Les ministres européens s'attaquent à l'inconnue libyenne
Les ministres européens des affaires étrangères se rencontrent à Bruxelles aujourd'hui (10 mars) en amont d'un sommet extraordinaire vendredi qui abordera la guerre civile en Libye et les révoltes qui ébranlent l'ensemble de la région méditerranéenne. Les ministres devraient évaluer les risques que le conflit ne dégénère et ne perdure sur le long terme.
Les ministres européens des affaires étrangères se rencontrent à Bruxelles aujourd'hui (10 mars) en amont d'un sommet extraordinaire vendredi qui abordera la guerre civile en Libye et les révoltes qui ébranlent l'ensemble de la région méditerranéenne. Les ministres devraient évaluer les risques que le conflit ne dégénère et ne perdure sur le long terme.
Un fonctionnaire de haut rang, qui a demandé à ne pas être cité, a reconnu que le camp du leader libyen, Mouammar Kadhafi, avait trouvé une « marge de manœuvre » et n’était pas prêt à renoncer au pouvoir aussi rapidement que prévu.
La réunion des ministres a lieu suite à l’initiative de la responsable de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, en amont d’un sommet extraordinaire sur la Libye et l’Afrique du nord qui doit se tenir demain.
Une autre réunion des ministres des affaires étrangères aura lieu dans le château de Gödöll?, près de Budapest ce week-end.
Les deux parties en Libye semblent se neutraliser entre elles et il est important de ne pas perdre de vue celui qui gagne du terrain, a expliqué le fonctionnaire. « Nous travaillons sur la base des évènements selon la manière dont ils se déroulent », a-t-il admis.
EURACTIV l’a poussé à commenter sur ce qui se passerait si les forces fidèles au colonel Kadhafi devaient renforcer leurs positions et infliger des pertes massives parmi les civils de la partie est du pays qui se trouve aux mains des rebelles.
Mais le fonctionnaire a semblé plutôt convaincu que cela n’arriverait pas et a déclaré que pour le moment, l’impression générale était que les troupes fidèles à M. Kadhafi étaient plus dans une position défensive.
« C’est également le sentiment de nos interlocuteurs en Tunisie et en Egypte, qui connaissent bien la situation. Nous ne pouvons pas parler d’une contre-offensive très puissante. [M. Kadhafi] a étendu sa marge de manoeuvre, mais il n’est pas allé très loin », a affirmé le fonctionnaire.
Sur cette base, il y avait deux hypothèses, a-t-il continué. La première est que le conflit dégénère en une situation où la population civile serait forcée à fuir pour sa sécurité. La seconde est que les forces de M. Kadhafi utilisent des tanks, des avions et des hélicoptères de combat pour attaquer les civils.
Il n'a pas voulu s'exprimer sur la question de savoir si l’UE engagerait une action militaire contre M. Kadhafi si un tel scénario catastrophe devait devenir réalité. Mais il a admis que la « pression internationale deviendrait [alors] plus forte sur l’UE pour qu’elle agisse ».
Le fonctionnaire a expliqué que par « communauté internationale », il se référait à la Ligue arabe, qui a soutenu l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne sur la Libye, et l’Union africaine, qui a adopté une position claire contre le régime du colonel Kadhafi. « C’est avec ces institutions arabo-africaines que l’UE a l’intention d’agir », a-t-il déclaré.
Le nombre croissant de victimes et les menaces de famine et de crise des réfugiés ont accru la pression sur les gouvernements étrangers pour qu’ils agissent, mais nombre d’entre eux sont réticents à passer directement de sanctions à une action militaire.
Les chaînes de télévision ont montré des séquences où les rebelles tiennent des bannières demandant aux forces extérieures d’imposer une zone d’exclusion aérienne pour les protéger des bombardements aériens.
Le fonctionnaire européen a été clair sur le fait que la question de la zone d’exclusion aérienne ne devait pas être discutée à l’échelle européenne mais plutôt par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il est important d’éviter de créer une situation que de nombreux pays arabes percevraient comme une intervention militaire, a-t-il affirmé.
A Washington, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a également été claire sur le fait qu’imposer une zone d’exclusion aérienne relevait de la responsabilité des Nations unies et ne devait pas être une initiative menée par les Etats-Unis.
La Maison Blanche a toutefois déclaré qu’un embargo des Nations unies sur les armes à l’encontre de la Libye était assez flexible pour permettre aux rebelles d’être armés. Plus tôt dans la semaine, le département d’Etat américain a affirmé croire que les rebelles pouvaient ne pas être armés.
Sur la question de l’apparente ambiguïté démontrée par l’UE, qui a cette semaine semblé soutenir une proposition du régime de Mouammar Kadhafi d’établir une mission indépendante pour évaluer la situation sur le terrain, un diplomate occidental a déclaré que l’UE souhaitait des enquêtes sur les violations des droits de l’Homme, « mais pas selon les conditions de M. Kadhafi ».