Les prix Nobels d’économie appellent à une union budgétaire pour la zone euro
Deux Américains ont reçu le prix Nobel d’économie hier (10 octobre). Ils ont souligné que, bien qu’il n’y ait pas de solution facile à la crise qui pèse sur l’Europe, une union budgétaire pourrait permettre d’éviter l’effondrement de l’euro.
Deux Américains ont reçu le prix Nobel d’économie hier (10 octobre). Ils ont souligné que, bien qu’il n’y ait pas de solution facile à la crise qui pèse sur l’Europe, une union budgétaire pourrait permettre d’éviter l’effondrement de l’euro.
Christopher Sims et Thomas Sargent se sont vu attribuer le prix de l'Académie royale des sciences de Suède pour leurs travaux sur des analyses macroéconomiques que les gouvernements peuvent utiliser pour évaluer les effets des politiques.
Sans toutefois apporter de solution miracle pour une sortie de la crise en Europe, M. Sims a affirmé que la zone euro devrait créer une union budgétaire pour éviter l'effondrement de sa monnaie commune.
« Si l'on veut faire perdurer l'euro, la zone euro devra trouver un moyen de partager les fardeaux budgétaires », a déclaré M. Sims lors d'une conférence de presse à l'université de Princeton où il est professeur.
Les gouvernements des 17 pays de la zone euro tentent de trouver une solution à la crise de la dette qui menace de se propager des économies faibles de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande aux grands pays de la région, dont l'Italie.
La Banque centrale européenne pourrait avoir besoin d'un « soutien budgétaire central » de la part des pays de la zone euro, a ajouté le professeur.
Des dépenses publiques moins efficaces pour améliorer la croissance
Les deux économistes américains ont réalisé des études séparées dans les années 1970 sur les relations de cause à effet en macroéconomie. Ils se sont penchés sur les conséquences d'évènements imprévus, comme de brusques changements de taux d'intérêt, sur les indicateurs macroéconomiques.
« Panique et crises […] ce qui se passe en Europe aujourd'hui avec l'euro repose sur les prévisions de ce que les autres comptent faire », a expliqué M. Sargent, professeur à l'université de New York, lors d'un entretien publié sur le site Internet de l'organisation du prix Nobel.
Par exemple, un gouvernement qui fait des dépenses pour aider une économie en difficulté pourrait se révéler moins efficace si la population entrevoit les limites des finances publiques et s'attend à ce que ces dépenses prennent fin.
Toutefois, même si leurs recherches fournissent des idées sur la manière dont les attentes influencent les politiques et leur impact, M. Sargent et M. Sims reconnaissent qu'il n'existe pas de solution miracle pour résoudre la crise économique mondiale. « Nous essayons d'expérimenter dans nos modèles avant de dévaster le monde », a déclaré M. Sargent.
M. Sims, faisant référence aux problèmes financiers actuels, a expliqué que pour raviver l'économie mondiale, il faudrait malheureusement consacrer beaucoup de temps à l'analyse des données.
Il a cependant ajouté : « Je pense que les méthodes que j'ai utilisées et que Tom a développées sont essentielles pour trouver les moyens de nous sortir de ce pétrin ».
Un moyen de sortir de la crise économique américaine
Les deux lauréats ont affirmé qu'ils ne disposaient pas d'une baguette magique pour résoudre les déboires économiques des Etats-Unis. M. Sargent a cependant critiqué la manière dont les problèmes budgétaires du pays sont souvent abordés.
La question n'est pas vraiment de savoir si les perspectives budgétaires américaines sont soutenables, mais plutôt de savoir quelles seront les promesses du gouvernement qui ne seront pas respectées, a expliqué M. Sargent.
Certaines promesses faites par le gouvernement américain, notamment celles concernant la fiscalité, les retraites ou encore les programmes de santé pour les retraités, ne seront tout simplement pas honorées, a-t-il affirmé.
« Nous ne savons toujours pas lesquelles de ces promesses peu crédibles seront abandonnées en premier », a-t-il ajouté.
A Washington, les législateurs tentent de trouver un moyen de réduire le déficit budgétaire des Etats-Unis qui s'élève à 1300 milliards de dollars, ou 8,6 % du produit intérieur brut, pour l'exercice 2011 clôturé il y a peu. La lutte est rude entre les partisans d'une augmentation des impôts et ceux d'une réduction des dépenses.
Cause et effet
M. Sargent a développé un modèle mathématique et l'a expliqué dans une série d'articles dans les années 1970. M. Sims a quant à lui écrit un article en 1980 qui présentait une nouvelle manière d'analyser des données grâce à un modèle appelé vecteur autorégressif.
« Si nous voulons comprendre le rôle de la politique économique dans la société, nous devons maîtriser la notion de cause à effet », a déclaré Tore Ellingsen de la Stockholm School of Economics qui est membre du comité Nobel.
« Ces méthodes nous aident à analyser les données historiques et à en démêler les causes. Elles sont très fréquemment utilisées par des ministères des finances, des banques centrales, des universités… partout dans le monde ».