Les propositions sur l’édition génomique et la réduction des pesticides constituent un « ensemble », selon la Commission

La proposition à venir de la Commission européenne sur l’édition génomique est « inséparable » des autres propositions visant à réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides et à restaurer la nature, a déclaré le vice-président de l’exécutif européen, Frans Timmermans.

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Pour Frans Timmermans, les propositions déjà sur la table et celles qui seront présentées plus tard en juin sont « inséparables » étant donné que le Green Deal est un « paquet ». [Parlement européen, 2023]

La proposition à venir de la Commission européenne sur l’édition génomique est « inséparable » des autres propositions visant à réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides et à restaurer la nature, a déclaré le vice-président de l’exécutif européen, Frans Timmermans, qui insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un menu « à la carte ».

Ces commentaires font suite à la décision du Parti populaire européen (PPE) de rejeter deux propositions cruciales du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) — le règlement sur l’utilisation durable des pesticides (Sustainable use of pesticides regulation, SUR) et la loi sur la restauration de la nature (Nature restoration law, NRL) — en raison de préoccupations liées à la sécurité alimentaire.

Le règlement SUR, ambitieux et également controversé, a pour objectif de réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici 2030, comme le prévoit la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), tandis que la loi sur la restauration de la nature vise à restaurer les écosystèmes dégradés de l’UE. Ensemble, ces deux propositions législatives constituent les piliers fondamentaux des ambitions politiques visant à atteindre la neutralité climatique en Europe d’ici à 2050.

Cette décision du PPE a rapidement suscité une contre-attaque de la part de la Commission, un fonctionnaire ayant indiqué à EURACTIV qu’un échec de l’approbation de ces propositions mettrait en péril celle d’une autre proposition très attendue sur les nouvelles techniques génomiques (new genomic techniques, NGT). (Voir ci-dessous pour plus d’informations.)

« Pour vous tous dans cette assemblée, il y a un choix à faire : rester dans vos tranchées et maintenir le statu quo, ce qui signifie pas de règlement SUR et pas de [proposition sur les] NGT, ou bien se tendre la main et progresser ensemble », a déclaré M. Timmermans lors d’une réunion de la commission de l’Agriculture (AGRI) du Parlement européen lundi (22 mai), appelant les eurodéputés à mettre de côté leurs différences et à travailler ensemble pour faire avancer les différents dossiers.

Pour M. Timmermans, les propositions déjà sur la table et celles qui seront présentées plus tard en juin sont « inséparables » étant donné que le Green Deal est un « paquet ».

« Il ne s’agit pas d’un menu à la carte », a-t-il affirmé, soulignant qu’il était impossible de rejeter cette proposition et d’espérer qu’une autre arrive ensuite. « La Commission ne viendra pas avec une autre proposition, que cela soit clair », a-t-il ajouté.

Pour le vice-président, l’adoption de la proposition sur les pesticides « prouvera que nous prenons la question au sérieux et ouvrira la voie aux NGT », a-t-il affirmé, soulignant que les « promesses vides » du passé selon lesquelles la bioinnovation permettra aux agriculteurs d’utiliser moins de pesticides ne sont « pas suffisantes » pour gagner le soutien de l’opinion publique.

« L’UE ne peut pas être sérieuse en matière de sécurité alimentaire si nous ne commençons pas à nous occuper ensemble du climat et de la nature », a-t-il conclu.

Déconnecté de la réalité ?

Ces remarques ont été accueillies avec consternation par de nombreux députés européens de tout le spectre politique présent dans la salle, qui ont accusé la Commission d’être déconnectée des réalités de l’agriculture sur le terrain et du contexte actuel dans lequel ils opèrent.

« Regardons où nous nous trouvons aujourd’hui », a déclaré la socialiste Clara Aguilera, qui a rappelé les retombées de la pandémie de Covid-19, une crise suivie dans la foulée par la guerre en Ukraine, qui a fait grimper les prix des intrants et poussé les agriculteurs au bord du gouffre tout en entraînant une inflation.

En tant que telles, toutes ces nouvelles règles conduisent à une « grande incertitude », a-t-elle souligné.

De son côté, Ulrike Müller, du groupe Renew Europe, a accusé les institutions européennes de fonctionner dans une « bulle européenne éloignée de la réalité ».

« En tant que productrice laitière active, je suis en contact avec ce que font les agriculteurs [et] je peux vous dire que la frustration des agriculteurs a conduit à de la résignation et à de la colère », a-t-elle expliqué.

M. Timmermans s’est immédiatement défendu. « Qui est vraiment dans une bulle ? Ceux qui ignorent la crise climatique ou ceux qui savent que c’est difficile, mais que cela n’annule pas les dures réalités ? », a-t-il demandé, avant d’ajouter que nous « n’avons pas le luxe » d’ignorer la crise.

L’exception notable vient des Verts, qui ont accusé les opposants aux propositions d’« alimenter la panique ».

« Si nous voulons protéger l’agriculture, nous devons changer quelque chose », a déclaré l’eurodéputé écologiste Martin Häusling, qui a apporté son soutien aux propositions de règlement sur l’utilisation durable des pesticides et de la loi sur la restauration de la nature.

Toutefois, l’eurodéputé a émis des réserves sur la proposition sur les nouvelles techniques génomiques, avertissant qu’elle ne sera pas automatiquement corrélée à une réduction de l’utilisation des pesticides et qu’elle constitue une menace pour l’agriculture biologique.

M. Häusling a ainsi résumé la division du Parlement en deux camps distincts : ceux qui sont en faveur des nouvelles techniques génomiques mais pas des législations sur l’utilisation durable des pesticides et sur la restauration de la nature, et ceux qui veulent l’exact opposé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]