Les républicains américains refusent d’aider la zone euro via le FMI

Des membres républicains du Congrès américain soutenus par des groupes de droite luttent pour empêcher les Etats-Unis d'aider les pays européens en difficulté, alors que l'on commence à se demander si leaders européens en ont fait assez pour stabiliser l'euro.

EURACTIV.fr
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Des membres républicains du Congrès américain soutenus par des groupes de droite luttent pour empêcher les Etats-Unis d'aider les pays européens en difficulté, alors que l'on commence à se demander si leaders européens en ont fait assez pour stabiliser l'euro.

Eux aussi confrontés à une économie morose, les républicains de la Chambre des représentants et du Sénat américains souhaitent faire passer une loi pour retirer des milliards de dollars au Fonds monétaire international afin d'éviter que cet argent ne serve à renflouer la zone euro.

« Nous soutenons cette loi, car nous pensons qu'il n'est pas juste que les contribuables américains financent des opérations de renflouement en Europe, surtout que nous sommes nous-mêmes en déficit », a déclaré Phil Kerpen, vice-président en charge de la politique pour Americans for Prosperity, l'un des groupes de pression qui souhaitent que le Congrès restreigne son soutien à l'Europe via le FMI.

La représentante Cathy McMorris Rodgers est l'initiatrice d'un projet de loi soutenu par le groupe de M. Kerpen. Cette législatrice de Washington s'est exprimée à la télévision nationale et a envoyé une lettre aux négociateurs du budget au Congrès pour faire passer son message : les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de sauver l'UE.

« Alors que la crise financière européenne continue de faire rage, le FMI continue de dépenser des centaines de milliards de dollars pour renflouer des membres de l'UE », a expliqué Mme Rodgers à ses collègues représentants le 9 décembre, le jour où les leaders européens ont approuvé leur second accord de sauvetage de la zone euro en sept semaines.

« Ce qui est encore plus perturbant, c'est que ces dernier jours, l'administration [Obama] a clairement affirmé qu'elle comptait continuer à soutenir ces renflouements », a-t-elle déclaré, ajoutant que les Etats-Unis ne pouvaient pas se livrer à ce genre d'actions coûteuses.

Dans le cadre de leur accord pour enrayer la dette et sauver l'euro, les leaders européens se sont engagés à renforcer le FMI avec des prêts allant jusqu'à 200 milliards d'euros qui pourraient être disponibles pour sauver des pays européens en difficulté. Le FMI et la Maison Blanche ont salué la nouvelle, mais les détails des engagements des membres de la zone euro et de l'UE au sens large restent flous.

Le rôle des Etats-Unis

Les Etats-Unis sont les plus grands contributeurs du FMI. L'action entreprise par les républicains est assez inhabituelle, dans la mesure où elle vise un proche allié et partenaire commercial qui, comme les Etats-Unis, subit les affres de la crise financière depuis trois ans et doit affronter une dette publique croissante.

Faisant fi de l'accord conclu lors du sommet européen de la semaine dernière, les agences de notation se sont dit prêtes à dégrader 15 pays de la zone euro, y compris l'Allemagne et les Pays-Bas, deux économies plutôt vaillantes. Dans le même temps, hier (14 décembre), les taux des obligations italiennes ont grimpé à un taux record depuis l'adoption de l'euro.

Les Etats-Unis ont pour leur part perdu leur notation AAA en août, lorsque Standard & Poor's a abaissé leur note à AA+. La dégradation de pays européens ferait grimper le coût de la dette, alors que la nécessité d'adopter des mesures d'austérité est de plus en plus forte.

Alors que le sommet européen se terminait le 9 décembre, le sénateur républicain Jim DeMint intensifiait ses efforts à la chambre haute du Congrès pour faire passer un projet de loi qui empêcherait le FMI d'utiliser à des fins de renflouement les 108 milliards de dollars (81,8 milliards d'euros) mis à sa disposition en 2009.

La loi proposée par M. DeMint, similaire à celle de Mme Rodgers, empêcherait les Etats-Unis de participer aux renflouements des pays de l'UE qui ne respecteraient pas la limite de 60 % pour leur dette, un plafond défini dans le pacte de stabilité et de croissance de l'UE.

Un porte-parole de Mme Rodgers a affirmé que de plus en plus de gens la rejoignaient sur ce point. Son projet de loi compte 83 partisans, contre 22 avant le sommet de l'UE, et les services de M. DeMint ont affirmé que 25 autres sénateurs républicains soutenaient sa proposition.

Etant donné que le Congrès se presse de clore un maximum de dossiers avant les vacances de Noël, il est peu probable que les projets de loi de M. DeMint ou de Mme Rodgers soient approuvés cette année. Ils devront être réintroduits en janvier, lorsque la Chambre des représentants et le Sénat se réuniront à nouveau.

La directrice du FMI soutient les mesures européennes

Le porte-parole du FMI n'a pas souhaité répondre aux questions d'EURACTIV à ce sujet. La directrice du FMI, Christine Lagarde, a toutefois salué les mesures prises par les leaders de l'UE la semaine dernière et elle était présente à Bruxelles lors du sommet. Elle a également affirmé qu'elle soutiendrait les pays membres en difficulté.

Mme Lagarde, une ancienne ministre française des finances qui a travaillé pendant 25 ans comme avocate aux Etats-Unis, est très respectée dans les cercles républicains et démocrates. Elle devait rencontrer Mme Rodgers hier (14 décembre) à Washington.

Bien que les républicains de la Chambre et du Sénat tentent depuis un an d'empêcher que l'argent américain ne serve à renflouer l'économie européenne, le sommet de la semaine dernière n'a fait que renforcer leur position.

Peu après la prise de pouvoir du président Barack Obama en 2009, la Chambre et le Sénat aux mains des démocrates ont approuvé la mise à disposition de 108 milliards d'euros pour le FMI, malgré les objections des républicains.

« La plupart des Américains considèrent que cela revient à jeter l'argent par les fenêtres et que ça ne donnera pas lieu à une réelle amélioration de la situation budgétaire en Europe », a expliqué à EURACTIV M. Kerpen de Americans for Prosperity.

« Le problème, c'est que les contribuables américains ne devraient pas être forcés de s'endetter, car nous sommes également dans une position de déficit, pour envoyer de l'argent en Europe. Le fait que cet argent ne représente sans doute pas une somme considérable étant donné la situation ne fait que souligner l'inutilité de dépenser cet argent de cette manière. »