Les socialistes français et allemands en quête d’un agenda commun

Les différences entre le PS et le SPD sont indéniables, mais les deux partis veulent les surmonter en cette période-clé. A Paris, les 16 et 17 mars, ils signeront une déclaration avec d’autres sociaux-démocrates européens.

EURACTIV.fr
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Les différences entre le PS et le SPD sont indéniables, mais les deux partis veulent les surmonter en cette période-clé. A Paris, les 16 et 17 mars, ils signeront une déclaration avec d’autres sociaux-démocrates européens.

Ils ont connu leur apogée au début des années 80 et négocié avec plus ou moins de bonheur leur virage social-démocrate, sans trouver la formule adéquate pour retenir leur électorat populaire. Aujourd’hui dans l’opposition, le PS français et le SPD allemand pourraient, prochainement, redevenir des partis de gouvernement.

L’échéance réveille donc la coopération entre les responsables de gauche de part et d’autre du Rhin, à l’heure où les soutiens politiques aux candidats à la présidentielle s’européanisent.

Pour le PS et le SPD, il s’agit de tracer une voie commune sur des sujets qui résonnent à Bruxelles, en prenant le contrepied de ce que les conservateurs n’ont pas pu, ou pas voulu, instaurer  : une taxe sur les transactions financières (TTF) et des mesures européennes de croissance.

Mêmes têtes

Porté par une déclaration signée par Martine Aubry et Sigmar Gabriel, puis par une résolution débattue le 9 juin à l’Assemblée nationale et au Bundestag sur la TTF, ce message a pris un essor médiatique dans un discours prononcé par François Hollande à Berlin, le 5 décembre.

Ces efforts de rapprochement n’ont pas toujours été à l’agenda du PS et du SPD. « Le franco-allemand a été délaissé par les deux partis au moment du référendum sur la constitution européenne en 2005 », relève Ulrike Guérot, directrice du bureau berlinois du think tank ECFR. « Mais la coopération PS-SPD s’est améliorée ces deux dernières années. »

Au sein des appareils politiques, elle n’est pas institutionnalisée et dépend largement de la sensibilité des élus. Au PS, elle est traitée en filigrane par des personnalités comme Jean-Marc Ayrault ou Henri Weber. Au Bundestag, c’est l’ex-députée du SPD Angelika Schwall-Düren, bilingue, qui a mis de l’huile dans les rouages, avant de devenir ministre de Rhénanie-du-Nord.

A présent, les deux partis cherchent de nouvelles forces vives. « On voit toujours les mêmes têtes, remarque Estelle Grelier, députée européenne germanophile. Il faut renouveler les générations qui portent les relations franco-allemandes. »

ADN social-démocrate

Au parlement européen, les contacts restent informels. Les délégations française et allemande se rencontrent une ou deux fois par an.

Rapporteure de la directive services, un texte européen qui a en partie été responsable du non français au référendum de 2005, Evelyne Gebhardt a pu mesurer combien les deux pays ne présentaient pas tout à fait le même ADN social-démocrate.

« Je ne m’attendais pas à ce que les socialistes français refusent ma proposition de compromis », se rappelle la députée européenne.

Confrontés aujourd’hui à la prégnance des politiques d’austérité, les deux partis tentent d’élaborer une alternative crédible sans pour autant s’aligner pleinement. Le PS, sous l’égide de François Hollande, prétend vouloir bloquer la ratification du traité déjà signé par 25 gouvernements européens en vue de le renégocier, une fois élu.

Plus pragmatiques, les sociaux-démocrates allemands sont prêts à approuver le texte, mais posent leurs conditions. Rompus aux compromis politiques propres au système parlementaire, le SPD ne s’oppose pas, de manière systématique, aux projets du gouvernement.

Extraordinaire prudence

Il a ainsi soutenu tous les accords européens soumis au vote parlementaire pour faire face à la crise qui frappe l’UE. Et c’est dans cette logique que les sociaux-démocrates adopteront, très probablement, le fameux fonds de sauvetage permanent, dit « mécanisme européen de stabilité ». Contrairement aux socialistes français, qui se sont abstenus lors du vote à l’Assemblée nationale. « Pour dire oui à la solidarité et non à l’austérité », justifie le député socialiste Jean-Louis Bianco.

Le rôle de la Banque centrale européenne dans la gestion de crise est également susceptible de semer le trouble entre SPD et PS. Même si le SPD se montre plus flexible que les conservateurs allemands, le parti reste très attaché à l’indépendance de la banque de Francfort.

C’est pourquoi François Hollande a été « extraordinairement prudent » face aux sociaux-démocrates allemands au dernier Congrès du SPD fin 2011, poursuit le député des Alpes-de-Haute-Provence. Il a donc soigneusement évité « de dire tout ce qu’on dit à tous les congrès du parti socialiste : il faut changer les statuts de la BCE. »

Les socialistes français ne doivent donc pas compter sur leurs camarades allemands pour transformer la banque centrale européenne en Reserve fédérale, mais une entente sur la mutualisation de la dette des pays européens ne semble pas hors de portée. Seul le calendrier pourrait poser problème.

« Pour nous, il faut aller vite. Et là, on a une vraie différence », avoue Jean-Louis Bianco. D’autres éléments restent troublants pour les socialistes français. En 2009, ce sont les sociaux-démocrates, à l’époque alliés aux conservateurs d’Angela Merkel, qui ont inscrit la règle d’or dans la constitution allemande.

Etrangers

Ces différences ont parfois de quoi désorienter. Adolf Kimmel, professeur émérite de l’Université de Trèves et observateur de la vie politique en France et en Allemagne, ne mâche pas ses mots : « J’ai l’impression que ces partis sont étrangers l’un de l’autre ».

« Je n’irai pas jusque-là », tempère l’eurodéputée Evelyne Gebhardt, mais ils doivent encore « apprendre beaucoup l’un de l’autre. »

Les divergences entre SPD et PS ne sont pas récentes. « Il y a toujours eu des tensions, rappelle Adolf Kimmel, notamment quand le SPD a pris la voie d’une social-démocratie orientée plus à droite sous Helmut Schmidt dans les années 1970 ». Mais aussi plus récemment avec l’agenda 2010 du chancelier Schröder. « C’est Nicolas Sarkozy qui fait l’éloge de ces réformes du SPD en France, et non pas François Hollande. »

Le SPD s’est rallié sans ambigüité à l’économie de marché depuis le Congrès de Bad Godesberg de 1959. Face à une extrême-gauche influente, les socialistes français ont attendu 2008. « Dire social-démocratie, ce n’est pas au PS que ça fait peur, relativise Henrik Utterwedde, directeur-adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwisburg, c’est au public français. »

Le Parti socialiste a en tout cas décidé de s’afficher cette semaine, les 16 et 17 mars, aux côtés d’autres partis sociaux-démocrates européens favorables à une « vision progressiste commune ». En attendant d’apprécier la teneur réelle du projet, François Hollande continue de vouloir avancer groupé, pour se libérer d’un centre de gravité exclusivement franco-allemand.