Les sociaux-démocrates soutiennent Hollande, mais restent lucides

Les responsables européens de gauche attendent la victoire du candidat PS pour engager une nouvelle dynamique dans l’UE. Mais leurs sympathiques témoignages de soutien ne sont pas un blanc-seing pour renégocier le traité budgétaire.

EURACTIV.fr
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Les responsables européens de gauche attendent la victoire du candidat PS pour engager une nouvelle dynamique dans l’UE. Mais leurs sympathiques témoignages de soutien ne sont pas un blanc-seing pour renégocier le traité budgétaire.

Tous les ingrédients étaient réunis, le 17 mars, pour que la social-démocratie européenne renvoie l’image d’une famille soudée. Le symbole de dirigeants de gauche s’exprimant en français, tout du moins en partie, des embrassades amicales, et un cadre cocasse, le cirque d’hiver, dont la disposition circulaire évoque facilement l’agora. Tous étaient venus à Paris défendre une volonté commune : la « Renaissance » de l’Europe, écornée par la crise et l’austérité à tout crin.

Fac-similé

Au terme de deux heures et demi d’échange, François Hollande, protagoniste du jour, est entré en piste pour prononcer le discours de clôture. Pendant 45 minutes, le candidat socialiste a condamné le bilan des conservateurs européens, ironisé sur leur « sainte alliance » dirigée contre lui, cité François Mitterrand et Jacques Delors, parlé du « devoir » de renégocier le pacte budgétaire et dit vouloir mettre le cap sur la croissance. Mais la mayonnaise n’a pas pris.

Vierge de toute annonce, son discours est resté un fac-similé d’idées déjà défendues à Bruxelles fin novembre et à Berlin quelques jours plus tard. Un travail de maturation sur le pacte de croissance prôné par le candidat socialiste aurait pu donner lieu à une réflexion plus aboutie. Mais François Hollande s’est contenté de réchauffer les plats, énumérant l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, l’intervention de la Banque européenne d’investissement (BEI) et le recours aux emprunts obligataires tournés vers les projets d’infrastructures.

Contrairement aux apparences, les propositions faites par la Commission européenne en octobre dernier diffèrent de ce que propose François Hollande. Alors que le candidat évoque l’émission d’un emprunt obligataire européen affecté à des « projets de développement », Bruxelles s’en tient à l’apport de garanties publiques (BEI et UE) censées inciter les entreprises à émettre de la dette pour financer des chantiers d’infrastructures.

Ficelle

Sans surprise, François Hollande a rappelé son intention d’intégrer cet agenda européen de croissance au traité budgétaire déjà signé par 25 gouvernements. « Ce n’est pas une improvisation électorale », s’est défendu le député de Corrèze, sûr de ses alliés, y compris « conservateurs », qui n’attendent que la « victoire » du candidat « pour renégocier le pacte budgétaire ».

La ficelle est un peu grosse  : même dans les rangs sociaux-démocrates, on se garde bien de claironner l’idée d’une réouverture des négociations, en privilégiant la rhétorique ambiguë mais plus sage d’une «initiative de croissance », laquelle serait adoptée parallèlement à la ratification du traité, et pourrait par exemple prendre la forme d’une résolution.

Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, prépare déjà le terrain  : « Quand François Hollande parle de renégocier le traité, il ne remet pas en cause les disciplines », a-t-il pris soin de préciser, lors d’un débat organisé par la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS) à Paris, le 16 mars.

Un gage apporté à ceux qui, même proches du candidat socialiste, repoussent le « projet périlleux » de la renégociation. François Hollande, lui, continue de minauder. Le 19 mars, il a récidivé sur France info, assurant vouloir entreprendre la « renégociation de l’ensemble du traité ». Dans ces conditions, difficile de ne pas sourire au compliment adressé au Cirque d’hiver par Sigmar Gabriel, chef de file des sociaux-démocrates allemands  : « Cher François, je te suis reconnaissant de la clarté de ton propos. »

Intégrisme

C’est sans doute le chapitre de la finance qui rapproche le plus le leader du SPD avec le candidat français. « Je suis d’accord avec François Hollande quand il dit que les marchés sont nos vrais adversaires », a insisté Sigmar Gabriel, en leur réservant ses mots les plus acides. « L’ère de l’intégrisme des marchés et du néolibéralisme est terminée. Les conservateurs sont confrontés aux ruines de leur théorie. »

Une convergence de vues se dessine sur la finalité même du projet européen, à mesure que grandit le risque de divorce avec les citoyens. « Personne ne tombe amoureux d’un grand marché », relève Sigmar Gabriel, paraphrasant Jacques Delors. Un propos dont François Hollande s’est fait l’écho, lui qui « n’a jamais considéré l’Europe comme un marché ».

« Promesses non tenues »

Reste que cette alliance atteint ses limites sur des points qui font historiquement débat, au premier rang desquels figure le rôle donné à la Banque centrale européenne. S’il l’avait évoqué avec beaucoup de prudence à Berlin, François Hollande s’est montré plus franc à Paris, devant une audience sans doute plus ouverte au sujet.

« Ne nous interdisons rien pour faire évoluer le mandat de la Banque centrale européenne », a lancé le candidat, dans l’espoir d’une meilleure prise en compte de l’objectif de croissance par l’institution de Francfort. Un autre volet consisterait également à ouvrir ses lignes de crédit au fonds de secours européen. Une demande déjà exprimée par l’Elysée mais retoquée par Berlin.

En se répétant sans lever les doutes sur certaines ambiguïtés, François Hollande se met en porte-à-faux avec ses partenaires. Au Parti démocrate italien, certains lui préfèrent d’ailleurs François Bayrou.

Annoncée depuis plusieurs semaines, aucune déclaration commune n’a finalement été signée par les responsables politiques présents au meeting.

Interrogé par EURACTIV.fr, le député travailliste David Miliband, ex-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, a rappelé quelques principes de base lors de la conférence du 16 mars : « S’il devient président, il sera le leader européen de la gauche ». Une promotion qui entraîne certaines responsabilités  : « J’espère que François Hollande nous présentera demain une vision social-démocrate très claire », a-t-il dit, inquiet de la réaction des citoyens à l’égard des « promesses non tenues ».