Les Verts choisissent un Spitzenkandidat et exhortent les autres partis à les imiter

Les Verts ont officiellement lancé le processus dit des Spitzenkandidaten « afin d’exercer une pression politique » sur les autres partis européens, ont indiqué les co-présidents du Parti vert européen, Thomas Waitz et Mélanie Vogel, à EURACTIV lors d’un entretien.

Euractiv.com
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La décision d’aller de l’avant avec le processus des Spitzenkandidaten a été prise lors du congrès des Verts à Vienne le week-end dernier (2 et 3 juin). Le groupe a déclaré qu’il choisirait deux candidats pour mener la campagne à travers l’Europe afin de garantir l’égalité des genres dans la représentation. [Parti vert européen]

Les Verts ont officiellement lancé le processus dit des Spitzenkandidaten « afin d’exercer une pression politique » sur les autres partis européens, ont indiqué les co-présidents du Parti vert européen, Thomas Waitz et Mélanie Vogel, à EURACTIV lors d’un entretien.

Le processus des Spitzenkandidaten — prévu dans les traités de l’UE bien qu’il ne soit pas juridiquement contraignant — permet aux partis politiques européens d’élire en interne une tête de liste des élections européennes qui devient ensuite candidat à la présidence de la Commission.

Le Conseil européen peut alors « tenir compte » de ces propositions lorsqu’il propose un président ou une présidente pour l’exécutif.

Un vote à la majorité a ensuite lieu au Parlement européen pour la nomination de ce candidat. S’il ne recueille pas la majorité, le Conseil fait alors une nouvelle proposition, dans un délai d’un mois, qui fera l’objet d’un nouveau vote au Parlement.

Le processus n’est pas une condition sine qua non de la politique européenne, mais une composante politisée du processus électoral lui-même, qui suscite des débats sur la représentation démocratique aux plus hauts niveaux de l’UE.

En prévision des prochaines élections européennes, qui se tiendront du 6 au 9 juin 2024, M. Vogel a indiqué à EURACTIV que les Verts avaient pour objectif d’être « au centre des futures majorités dans le prochain Parlement européen et d’avoir une représentation dans la prochaine Commission européenne ».

« Nous tenons à maintenir l’offre démocratique pour les citoyens et nous avons décidé de prendre cette décision à un stade très précoce. Nous avons créé une certaine pression sur les autres partis », a déclaré M. Waitz à EURACTIV. « Il serait plutôt gênant que les autres partis ne fassent pas d’offre démocratique », a-t-il ajouté.

La décision d’aller de l’avant avec le processus des Spitzenkandidaten a été prise lors du congrès des Verts à Vienne le week-end dernier (2 et 3 juin). Le groupe a déclaré qu’il choisirait deux candidats pour mener la campagne à travers l’Europe afin de garantir l’égalité des genres dans la représentation.

Le processus des Spitzenkandidaten a été utilisé pour la première fois en 2014. Cette année-là, c’est la tête de liste du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, Jean-Claude Junker, qui a été élu président de la Commission européenne, le PPE ayant obtenu la majorité des voix.

Cependant, lors des élections de 2019, le PPE a choisi Manfred Weber comme Spitzenkandidat, et bien qu’il ait une fois de plus obtenu le plus grand nombre de sièges, c’est finalement la chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen qui a accédé au poste. En effet, les chefs d’État et de gouvernement au sein du Conseil n’ont pas voté à l’unanimité pour M. Weber. Le processus a donc perdu une partie de sa crédibilité.

Évoquant le vote de confiance de 2019 qui a suivi les élections au cours duquel Mme von der Leyen n’a obtenu 383 voix, soit seulement neuf voix de plus que le minimum requis, M. Waitz explique que la très faible majorité au Parlement européen résulte du fait qu’elle ne faisait pas partie des Spitzenkandidaten. « C’est l’une des raisons pour lesquelles certains eurodéputés n’ont pas voté pour elle », se rappelle-t-il.

Le seul « outil » pour une campagne européenne

Selon Mme Vogel, le processus des Spitzenkandidaten est le seul moyen d’avoir une influence démocratique sur la désignation du prochain président de l’exécutif européen. « Nous n’avons rien d’autre », a-t-elle déclaré.

Selon elle, cet outil « devrait être combiné avec des listes transnationales ». Les listes transnationales font partie de la proposition de réforme de la loi électorale de l’UE. Il s’agit de listes de candidats pour lequels les citoyens de toute l’Europe auraient pu voter.

Dans l’état actuel des choses, lorsque les Européens se rendront aux urnes, ils voteront conformément à la loi électorale approuvée en 1979, qui est très peu harmonisée au niveau de l’UE, les lois nationales s’appliquant à de nombreux aspects du processus de vote.

Alors que le Parlement européen a voté en mai 2022 pour réformer le processus électoral, le Conseil s’y oppose, ce qui rend peu probable l’adoption d’une réforme avant les élections européennes de 2024.

« Je n’ai pas d’autre outil pour dire aux gens : “Ce pour quoi vous allez voter aura un impact sur qui sera le président de la Commission européenne” », a soutenu Mme Vogel, ajoutant que les Verts envisageaient d’élire de jeunes candidats pour ce rôle.

« Le marchandage à huis clos entre les États membres au sein du Conseil européen pour le poste le plus élevé de l’UE ne peut plus être toléré », a déclaré Mme Vogel.

Max Griera a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]