L'Espagne veut empêcher Iberdrola de sortir du charbon
Le gouvernement espagnol met des bâtons dans les roues de l'électricien qui souhaite fermer deux centrales thermiques à charbon. Une attitude qui contrevient totalement à l'Accord de Paris sur le climat.
Le gouvernement espagnol met des bâtons dans les roues de l’électricien qui souhaite fermer deux centrales thermiques à charbon. Une attitude qui contrevient totalement à l’Accord de Paris sur le climat.
Le gouvernement espagnol a engagé un étrange bras de fer face au projet de la société d’électricité Iberdrola de sortir du charbon, annoncé durant la COP23. Le PDG de la société, Ignacio Sánchez Galán, avait en effet déclaré lors de la COP souhaiter fermer ses centrales à charbon, dont les deux centrales espagnoles, à Lada dans les Asturies et Velilla, dans la communauté autonome de Castille-et-Leon.
Le projet de la société espagnole est de devenir neutre en carbone en 2050, avec une réduction de 50 % de ses émissions en 2030 par rapport à 2007, et des investissements de 85 milliards d’euros dans les renouvelables au total.
Or, plutôt que d’encourager le premier électricien espagnol, le ministère de l’Énergie du pays a publié, quelques jours après l’annonce d’Iberdrola, un décret sur la procédure de fermeture des installations énergétiques (cf infra). Lequel pose des conditions nouvelles et très contraignantes pour fermer un site de production d’électricité : un site ne peut être fermé s’il est rentable, ou si sa fermeture est une menace pour la sécurité d’approvisionnement, ou encore si les prix de l’électricité risquent de grimper.
Inertie des États et de la Commission européenne
« Il y a encore une inertie incroyable des États sur le sujet climat », a réagi, atterrée, Teresa Ribera, directrice du think-tank de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales.
L’Espagne est pourtant signataire, comme le reste de l’UE, de l’Accord de Paris, qui prévoit la réduction de 40 % des émissions de CO2 de l’UE d’ici 2030 et surtout de réviser l’ambition de chaque pays à la hausse pour pouvoir limiter la hausse des températures entre 1,5° et 2°.
La Commission européenne, dont le commissaire au climat est espagnol, ne semble pas excessivement préoccupée par cette situation.
« La Commission est en train d’analyser le projet de décret, et réagira en temps voulu », a assuré une porte-parole à Euractiv.
Le ministre espagnol de l’Énergie, Álvaro Nadal, craint officiellement que la fermeture des centrales ne créé des coupures d’électricité. Mais les raisons semblent plus complexes.
Interrogé par Euractiv, Iberdrola a indiqué que le projet de sortie du charbon restait intact, après une rencontre avec le ministre de l’Énergie du pays, le jeudi 23 novembre.
Selon les syndicats, 200 emplois seraient détruits sur les deux sites, mais Iberdrola a garanti que les emplois perdus seraient entièrement compensés par des reclassements. Ce qui rend la réaction du gouvernement d’autant moins compréhensible.
Et l’argument du risque de coupures de courant est peu convaincant ; l’Espagne se trouve aujourd’hui en situation de surcapacité électrique après des investissements prononcés dans les renouvelables.
Alors que la température ne cesse d’augmenter, une des initiatives les plus remarquées de la COP23 a été celle de l’alliance contre le charbon, proposée par le Royaume-Uni et le Canada au départ, et à qui se sont joints, sur fond d’enthousiasme de la société civile, une vingtaine de pays. Mais pas l’Espagne.