Lettonie : retrait des brochures européennes en langue russe
La Commission européenne devrait continuer à fournir des informations dans les langues non officielles de l'UE, ont pressé les eurodéputés cette semaine (15 mars), exprimant leur inquiétude face au retrait récent de brochures en langue russe produites par l'exécutif de l'UE en Lettonie.
La Commission européenne devrait continuer à fournir des informations dans les langues non officielles de l'UE, ont pressé les eurodéputés cette semaine (15 mars), exprimant leur inquiétude face au retrait récent de brochures en langue russe produites par l'exécutif de l'UE en Lettonie.
Jill Evans, eurodéputée du parti Plaid Cymru et présidente du groupe Alliance libre européenne a écrit à la commissaire de l'UE à la Justice et aux droits fondamentaux Viviane Reding pour se plaindre du fait que les documents en langue russe qui détaillent les résultats d'une enquête officielle sur l'égalité des sexe ne sont plus disponibles.
D'après les estimations, 1 % de la population de l'UE a le russe pour langue maternelle, et 7 % pour seconde langue. Les personnes dont le russe est la langue maternelle comptent pour 40 % de la population lettone et 30 % de la population estonienne, mais les lois nationales définissent cette langue comme étrangère.
Pour expliquer sa décision d'écrire à la commissaire Reding, Mme Evans a déclaré : il est décevant de voir l'UE s'incliner devant la pression qui vise à exclure de cette manière les russophones dans les pays baltiques, une situation qu'elle trouve plus que surprenante étant donné la grande proportion de russophones dans les deux pays.
Nous entendons souvent et suffisamment que l'UE veut se rapprocher de ses citoyens et leur être plus accessible. Elle n'atteindra pas ce but en excluant délibérément d’entières communautés de langues, a réagi Mme Evans.
La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, adoptée sous les auspices du Conseil de l'Europe en 1992, protège les droits linguistiques des citoyens de l'UE. Cependant, seulement 16 Etats membres de l'UE sur 27 ont ratifié le traité, et la Lettonie ne l'a même pas signé.
Il est facile de rendre une langue officielle
En effet, Kolja Bienert de l'organisation Horitzo.eu, qui promeut les intérêts de la Catalogne auprès de l'UE, pense que le seul obstacle qui se trouve sur le chemin des langues comme le russe ou le catalan pour qu'elles deviennent des langues officielles de l'UE est l'attitude des Etats membres eux-mêmes.
Il est facile de rendre une langue officielle. Le gouvernement a juste à en faire la demande, comme l'a montré le cas irlandais, a dit M. Bienert dans une conférence au début du mois, expliquant que la Commission européenne elle-même pouvait agir seulement à la demande des gouvernements.
Faisant écho à M. Biernert, Joan Bernat, un ancien eurodéputé et spécialiste sociolinguistique, a déclaré que c’était les gouvernements qui détenaient la clé pour que le statut d'une langue soit déclaré officiel par l'UE, et non pas le nombre de personnes qui la parlent ni l’histoire.
Ce qui compte, c'est la langue de l'Etat. Si l'Etat donne un statut officiel à une langue, elle peut également être langue officielle de l'UE, a déclaré M. Bernat.
Suspicions d’intervention russe
Le cas letton est rendu plus compliqué encore par des suspicions selon lesquelles la campagne de reconnaissance de la langue russe serait menée par les services secrets russes, qui en font une questions très politisée, d'après Vadim Poleshchuk, un juriste analyste du Legal Information Centre for Human Rights (centre d'information juridique sur les droits de l'homme) en Estonie.
La Commission européenne, qui a récemment fusionné le portefeuille du multilinguisme avec les dossiers d'éducation, culture et jeunesse, devrait ensuite réviser ses politiques linguistiques en 2012.