L’Europe tenue à l’écart du plan de paix américano-russe pour l’Ukraine
Les États-Unis et la Russie travaillent à un projet de plan de paix pour l’Ukraine — sans y associer ni Bruxelles, ni même Kiev, ont rapporté des médias américains mercredi 19 novembre.
Selon le site d’information Axios, l’administration du président américain Donald Trump a commencé à informer les responsables de l’UE de l’existence de ce plan, mais les Européens n’auraient pas participé à son élaboration. Washington s’attendrait toutefois à des retours de la part de ses alliés et pourrait apporter des ajustements.
La Commission européenne n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Euractiv à ce sujet.
Un responsable de l’UE n’a pas pu confirmer si Bruxelles avait participé aux discussions sur le plan proposé par Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump pour les missions de paix.
« L’UE a continuellement coordonné ses efforts avec les Américains pour instaurer une paix juste et durable en Ukraine », a simplement indiqué ce responsable à Euractiv.
Selon des responsables américains et russes, Steve Witkoff a rédigé la proposition en étroite coordination avec son homologue russe, Kirill Dmitriev, rapporte Axios. Le plan — 28 points regroupés autour de l’avenir de l’Ukraine, de la sécurité européenne et des relations plus larges entre les États-Unis et la Russie — vise à produire un cadre écrit avant la prochaine rencontre entre Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine.
Le plan prévoit notamment que l’Ukraine accepte de réduire ses capacités militaires et de céder des territoires qui ne sont actuellement pas sous contrôle russe — des conditions que Kiev est peu susceptible d’accepter.
Il serait basé sur le plan de paix récemment négocié par Donald Trump pour la paix à Gaza, approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies.
« Nous pensons que la position russe est vraiment entendue », aurait déclaré Kirill Dmitriev.
Les responsables ukrainiens confirment qu’ils savent que Washington prépare une nouvelle proposition. Steve Witkoff a rencontré le conseiller à la sécurité nationale de Volodymyr Zelensky, Roustem Oumierov, en début de semaine et devait rencontrer le président ukrainien en Turquie, mais cette rencontre a été reportée.
Kaja Kallas réagit
La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a déclaré jeudi 20 novembre que les Européens n’avaient pas été consultés au sujet du plan américano-russe.
Interrogée sur la participation de l’Europe au plan de paix pour l’Ukraine jusqu’à présent, la cheffe de la diplomatie européenne a répondu : « Pas à ma connaissance ».
L’Estonienne a insisté sur le fait que l’UE soutient une paix durable et juste en Ukraine et a déclaré : « Nous saluons tous les efforts visant à atteindre cet objectif ». Elle a toutefois tempéré les attentes.
« Pour qu’un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens y adhèrent », a-t-elle affirmé.
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a également souligné que le soutien général à ce plan restait incertain.
« Avant toute chose, nous devons déterminer si ce sont réellement les grands acteurs qui sont à l’origine de ce plan », a-t-il noté.
Son homologue polonais, Radosław Sikorski, a quant à lui souligné que « l’Europe est le principal soutien de l’Ukraine, tant sur le plan financier que militaire ».
« La sécurité de l’Europe sera renforcée ou affaiblie en fonction de l’issue de cette guerre », a-t-il ajouté.
« Il est donc tout à fait naturel que l’Europe exige d’être impliquée dans ces décisions. »
Selon les données de l’Institut de Kiel, l’UE et ses États membres sont actuellement les principaux contributeurs aux efforts de défense de l’Ukraine.
Mise à jour : Cet article a été mis à jour jeudi 20 novembre avec des commentaires de la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.