L'extrême droite hésite sur l'accord commercial avec Trump
Également dans l'édition de jeudi : Merz sur le cadre financier pluriannuel, implosion de Vox, vote anti-corruption
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 26 mars. Ici Eddy Wax, en compagnie de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Les députés européens d’extrême droite s’apprêtent à voter contre l’accord commercial avec les États-Unis
🟢 Merz laisse entrevoir un éventuel report des négociations sur le budget de l’UE
🟢 Le parti espagnol Vox est en train d’imploser
Les vendeurs grandissent sur Amazon
L’Europe, vue de Bruxelles
L’administration de Donald Trump s’efforce de soutenir les partis européens se définissant comme « patriotiques », mais certains de ces alliés potentiels s’apprêtent à lui tenir tête aujourd’hui en votant contre l’accord commercial UE-États-Unis.
Le Rassemblement national français s’est toujours opposé à cet accord – qui impose des droits de douane pouvant atteindre 15 % sur les exportations de l’UE vers les États-Unis – et votera contre, m’a confié le député européen Fabrice Leggeri. Et malgré le soutien massif des États-Unis à Viktor Orbán à l’approche des élections, les trois députés européens du Fidesz à qui j’ai parlé hier sont restés évasifs. Tamás Deutsch a déclaré qu’une décision serait prise le matin même du vote.
En théorie du moins, toute dissidence risque de s’attirer les foudres du « Tariff Man », dont l’ambassadeur auprès de l’UE, Andrew Puzder, a averti que de nouveaux droits de douane pourraient suivre si les législateurs votaient contre l’accord. Cela n’arrivera pas, car la coalition centriste à l’ancienne se bouchera le nez et fera passer l’accord.
C’est le PPE qui a mené cette offensive, exhortant le Parlement à aller de l’avant malgré l’incertitude juridique aux États-Unis.
Le député du PPE François-Xavier Bellamy m’a confié qu’il voterait en faveur de l’accord, même si « personne ne pense qu’il soit équitable… ni même qu’il s’agisse d’un accord ». Nicola Procaccini, co-président du CRE, a déclaré que son groupe le soutiendrait « plus ou moins ».
Il est remarquable qu’un Parlement qui avait qualifié l’accord déséquilibré de la Commission de capitulation face à Trump soit désormais en train de le faire passer. En réalité, c’est encore plus fou que cela.
L’accord conclu en Écosse l’année dernière imposait des droits de douane de 15 % sur la plupart des exportations de l’UE vers les États-Unis. Mais comme Trump n’a pas encore trouvé de voie légale pour ressusciter l’accord après son annulation par la Cour suprême, la plupart des exportations sont, heureusement pour l’instant, soumises à des taxes moins élevées. Le Parlement votera néanmoins aujourd’hui pour entériner le plan initial de 15 % !
Les députés européens reconnaissent que l’accord est injuste mais affirment qu’ils font preuve de pragmatisme. « Quand quelqu’un vous tient en étau, même si votre instinct vous pousse à riposter, il vaut mieux ravaler votre fierté », a expliqué un député socialiste.
Quant à l’extrême droite, même si elle peut trouver un terrain d’entente avec Trump et le mouvement MAGA dans son hostilité envers Bruxelles, une association étroite n’est pas toujours gage de succès électoral. Dans certains cas, c’est même le contraire qui se produit.
Le Danois Anders Vistisen, chef de groupe des Patriotes qui est devenu viral pour avoir dit à Trump d’« aller se faire foutre » et de laisser le Groenland tranquille, votera contre l’accord avant de prendre ses fonctions au Parlement national.
Le PPE se rallie à l’extrême droite sur la loi relative aux retours
La proposition controversée de l’UE en matière d’expulsion – qui permettrait d’envoyer les demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée vers des « centres de retour » situés à l’extérieur de l’Union – fait face aujourd’hui à une bataille procédurale au Parlement.
Les députés européens doivent se prononcer sur la poursuite de l’examen du dossier après une contestation du S&D, des Verts et de la Gauche. Ces groupes dénoncent les centres de retour comme étant illégaux et contraires à l’éthique.
Les tensions se sont intensifiées après que le PPE (centre-droit) s’est allié à des groupes d’extrême droite pour faire avancer le règlement, notamment par une coordination entre les assistants des deux camps au sein d’un groupe WhatsApp.
« J’espère vraiment que cet incident ne fera pas échouer le vote en plénière », a confié Margaritis Schinas, ancien commissaire aux affaires intérieures, à Euractiv. « Si les socialistes ne votent pas sur les retours, ils donnent l’avantage à l’extrême droite », a précisé M. Schinas, ajoutant que la seule façon de contrer l’extrême droite est une politique migratoire qui fonctionne.Les calculs parlementaires suggèrent que la contestation de la gauche risque de toute façon d’échouer, ouvrant la voie au lancement des trilogues plus tard dans la journée. Jeroen Lenaers, whip en chef du PPE, a prédit une « large majorité » à ce stade et une marge encore plus importante lors du vote final. « Aucune des personnes à qui j’ai parlé et qui s’opposent à ce texte n’évoque son contenu », a-t-il déclaré.
Merz laisse entrevoir un report des négociations budgétaires
Friedrich Merz a estimé peu probable que l’UE respecte le délai qu’elle s’est elle-même fixé pour adopter le prochain budget de 2 000 milliards d’euros d’ici fin 2026. « Je ne suis pas encore certain que nous puissions réellement le finaliser cette année », a-t-il déclaré au Bundestag.
L’UE se dépêche de finaliser les négociations sur le prochain plan de dépenses septennal afin de permettre sa mise en œuvre à partir de 2028, selon la nouvelle journaliste budgétaire d’Euractiv, Victoria Becker. Mais un calendrier électoral chargé en 2027 – comprenant des scrutins en France, en Pologne, en Espagne et en Italie – compliquera les négociations entre les dirigeants et augmentera le risque que les dépenses de l’UE deviennent un sujet de campagne.
La crise au sein de Vox éclate au grand jour
Le parti d’extrême droite espagnol Vox est plongé dans une crise interne inhabituellement médiatisée, alors que d’anciens hauts responsables accusent le cercle restreint du leader Santiago Abascal de centraliser le pouvoir et de ne pas garantir la transparence des finances du parti.
La polémique s’est intensifiée après que les médias ont rapporté que des conseillers proches d’Abascal avaient facturé environ 1,3 million d’euros en une seule année via une société de conseil – des allégations que le parti a rejetées comme diffamatoires tout en insistant sur le fait que tous les contrats avaient été dûment vérifiés.
Les critiques affirment que ce conflit reflète des tensions plus profondes concernant le style de gouvernance, les purges internes et l’orientation stratégique de Vox à l’approche des élections nationales de 2027. Lire l’article complet d’Inés Fernández-Pontes.
« Trahison » de l’extrême droite sur la loi anti-corruption
L’extrême droite sape les efforts de l’UE en matière de lutte contre la corruption en ne soutenant pas une nouvelle directive, a déploré la députée européenne socialiste Chloé Ridel avant le vote parlementaire d’aujourd’hui.
« Refuser cette directive, alors que la lutte contre la corruption est une demande majeure de la population, revient à une forme de trahison », a-t-elle déclaré à Elisa Braun lors d’une interview. Chloé Ridel a ajouté que le scandale du Qatargate, qui a touché son propre groupe S&D, avait tellement terni sa réputation que celui-ci était désormais déterminé à être « irréprochable ». Lire l’interview ici.
La Commission intensifie la pression sur les règles relatives à la protection des enfants
Quatre commissaires multiplient les pressions sur les députés européens avant le vote d’aujourd’hui sur les règles relatives à la maltraitance des enfants, selon une lettre commune consultée par Euractiv.
Ils exhortent les législateurs à prolonger les dispositions arrivant à expiration qui permettent aux plateformes technologiques de rechercher du matériel pédopornographique. Le temps presse – le cadre expire le 3 avril – mais les négociations sont dans l’impasse après l’échec des trilogues et l’intensification des luttes intestines au Parlement.
Bien qu’ils aient déjà adopté une position officielle, les députés européens s’apprêtent à voter à nouveau. Le Parti populaire européen s’efforce de ramener l’assemblée vers la proposition initiale de la Commission. Sans prolongation, les plateformes perdraient un outil de détection essentiel – une perspective que les défenseurs de la vie privée saluent, car cela mettrait fin à l’analyse des communications privées.
Dans les couloirs du Parlement
Volt reste sur ses positions : Alors que les spéculations s’intensifient à l’approche des élections de mi-mandat de janvier 2027, le député européen Damian Boeselager a démenti les rumeurs persistantes selon lesquelles les cinq députés européens de Volt quitteraient les Verts pour rejoindre Renew. « Nous avons toujours apprécié les Verts et c’est toujours le cas », m’a-t-il confié. « Ce n’est vraiment pas une option que nous envisageons actuellement. »
Sieper sur les réseaux sociaux : Le tout nouveau député européen de Renew, Lukas Sieper, est sur le point d’assumer un nouveau rôle spécifique au sein du groupe, axé sur les réseaux sociaux. Après les élections de mi-mandat, il rejoindra également les commissions des affaires constitutionnelles et de la culture.
L’ESN s’effrite : La députée européenne d’extrême droite polonaise Ewa Zajączkowska-Hernik a quitté le groupe ESN mercredi pour rejoindre les Patriotes, réduisant ainsi les effectifs de l’ESN à 27 membres – soit seulement deux de plus que le minimum légal requis pour constituer un groupe.
Rond-point Schuman
Le combat est lancé : Ursula von der Leyen a averti hier que l’économie mondiale avait atteint un « point de basculement », laissant entendre que c’est l’Europe, plutôt que les États-Unis ou la Chine, qui devrait sortir vainqueur une fois ce basculement opéré. « Nous ne sommes plus seulement dans une course à la suprématie », a déclaré la présidente de la Commission européenne devant des chefs d’entreprise à Sydney. « C’est un combat. » Ses propos interviennent au lendemain de la conclusion par Bruxelles d’un accord commercial et d’un partenariat en matière de sécurité avec Canberra. Cette déclaration fracassante sur la « suprématie » prononcée en Australie peut être interprétée comme un message adressé à la Chine.
Exclusif : le retour de McGuinness : Le Collège des commissaires a nommé Máiread McGuinness, ancienne commissaire européenne irlandaise, au poste de nouvelle envoyée spéciale de l’Union pour la liberté religieuse. Lire l’article complet.
Douanes françaises : Lille accueillera le siège de la nouvelle autorité douanière de l’UE.
Les capitales
COPENHAGUE 🇩🇰
Le roi Frederik X a nommé Mette Frederiksen « chargée de mission royale » afin d’étudier les possibilités de coalition avec les Verts et les Libéraux-sociaux après les résultats fragmentés des élections au Danemark. Par ailleurs, les électeurs des Îles Féroé se rendent aux urnes aujourd’hui. Comme au Groenland, la campagne électorale de cet archipel semi-autonome s’est concentrée sur le logement et le coût de la vie, le Parti populaire, libéral et indépendantiste, arrivant en tête mais sans voie claire vers le pouvoir.
– Magnus Lund Nielsen
PARIS 🇫🇷
Les ministres des Affaires étrangères du G7 se réunissent en dehors de Paris aujourd’hui alors que les alliés européens cherchent à réduire leurs divergences avec Washington sur la guerre américano-israélienne contre l’Iran, tout en gardant l’Ukraine et Gaza à l’ordre du jour. La France, qui assure la présidence tournante, a invité des puissances émergentes, notamment l’Inde et le Brésil. Les menaces de Donald Trump contre les installations énergétiques iraniennes et l’enlisement des négociations de paix ont inquiété les capitales européennes, qui plaident pour une désescalade.
– Christina Zhao
MADRID 🇪🇸
Mercredi, Pedro Sánchez a accusé l’opposition conservatrice de ne pas condamner les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, qualifiant le silence face à ce qu’il a décrit comme une « guerre injuste et illégale » d’acte de « lâcheté et de complicité ». Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a riposté en accusant Sánchez de se poser en pacifiste pour détourner l’attention des pressions politiques internes.
– Inés Fernández-Pontes
PRAGUE 🇨🇿
La police tchèque a arrêté trois personnes dans le cadre d’un incendie criminel contre une entreprise d’armement locale, dont deux ont déjà été inculpées pour des infractions liées au terrorisme. Les enquêteurs recherchent jusqu’à sept suspects. Deux des personnes détenues sont des étudiants de l’université Charles liés au mouvement pro-palestinien, tandis qu’un ressortissant américain a été arrêté en Slovaquie dans l’attente de son extradition. S’ils sont reconnus coupables, les accusés encourent jusqu’à 20 ans de prison.
– Aneta Zachová
BELGRADE 🇷🇸
Une mission internationale sur la liberté des médias débute jeudi en Serbie, réunissant des délégués de l’Union européenne de radio-télévision, du Centre européen pour la liberté de la presse et des médias, de la Fédération européenne des journalistes et de Reporters sans frontières. Le groupe évaluera les préoccupations concernant la mainmise sur les médias, l’influence politique et l’indépendance réglementaire, ainsi que la violence et l’intimidation à l’encontre des journalistes, dans un contexte de surveillance étroite de la liberté de la presse dans le pays.
– Bronwyn Jones
TIRANA 🇦🇱
La commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a mis en garde mercredi contre les propositions du Premier ministre albanais Edi Rama et du président serbe Aleksandar Vučić visant à accélérer ou à partiellement l’adhésion à l’UE, soulignant que les pays candidats doivent encore satisfaire à des critères de réforme substantiels. Elle a déclaré qu’elle n’était « pas sûre » que certains dirigeants saisissent pleinement l’ampleur des changements requis avant d’intégrer les structures fondamentales de l’UE telles que le marché unique.
– Bronwyn Jones
Également sur Euractiv
Opinion : L’OMC n’a pas besoin d’être réformée, mais ses membres, oui
Dans sa dernière tribune publiée dans Euractiv, John Clarke, ancien négociateur commercial de haut rang de l’UE, affirme que la crise qui secoue l’OMC ne résulte pas de règles défaillantes, mais de l’incapacité des grandes puissances – notamment les États-Unis, la Chine, l’Inde et l’UE – à respecter ou à faire respecter le système qu’elles ont contribué à mettre en place. Dans un article publié à la veille de la conférence ministérielle de l’OMC, il met en garde contre le fait que, si ces acteurs ne réforment pas leur propre comportement plutôt que l’institution elle-même, l’ordre commercial multilatéral risque de sombrer dans le dysfonctionnement et la désuétude.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Sofia Sanchez Manzanaro, Thomas Moller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen, Claudie Moreau, Charles Cohen, Sarantis Michalopoulos, Elisa Braun, Maximilian Henning
Traductrice : Clara Vassent