L’IEA invite les États membres opposés au nucléaire à « faire une autocritique sérieuse »
Lorsque la guerre en Ukraine sera terminée, les États membres de l’UE opposés au nucléaire « devront s’asseoir et faire une autocritique sérieuse » a déclaré mercredi (5 avril) le directeur de l’Agence internationale de l'énergie lors d’une conférence à Science Po Paris.
Lorsque la guerre en Ukraine sera terminée, les États membres de l’UE opposés au nucléaire « devront s’asseoir et faire une autocritique sérieuse » a déclaré mercredi (5 avril) le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, lors d’une conférence à Science Po Paris.
La guerre déclenchée par le Kremlin en Ukraine a bouleversé l’Europe de l’énergie, entraînant une réduction drastique des exportations de gaz russe vers l’UE qui n’a fait qu’aggraver une crise des prix entamée avec la pandémie de Covid-19.
Au-delà de ces bouleversements externes, la situation actuelle en Europe s’explique aussi par « deux erreurs stratégiques majeures » commises par certains États membres et les institutions de l’UE, a déclaré Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), lors d’une conférence à Science-Po Paris mercredi.
À Bruxelles, l’erreur a été de faire « preuve de froideur à l’égard du nucléaire ». Quant aux États membres, certains sont coupables d’avoir « mis leurs oeufs dans le même panier, à savoir la Russie », a-t-il avancé en réponse à une question d’EURACTIV France.
Sur ce dernier point, le chef de l’IEA pointe la naïveté des pouvoirs publics, allemands en particulier.
« Je me souviens de nombreuses discussions avec le gouvernement allemand et de nombreuses personnes intéressées par le sujet qui disait que, même pendant la guerre froide, la Russie n’avait jamais coupé le gaz ».
« Autocritique sérieuse »
Aujourd’hui, l’histoire leur a donné tort.
En conséquence, « lorsque la poussière retombera de cette crise de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, je pense que les gouvernements européens – en particulier certains d’entre eux – devront s’asseoir et faire une autocritique sérieuse de leurs politiques énergétiques », a déclaré le chef de l’IEA.
C’est aux États membres opposés au nucléaire qu’il a adressé cette formule, tout en saluant ceux qui ont mis en suspens leurs programmes de sortie définitive du nucléaire, le temps de l’hiver.
Néanmoins, en Allemagne, le report prendra fin d’ici la fin du mois d’avril.
Une décision que les pouvoirs publics peuvent encore retarder, selon M. Birol, qui rappelait mi-octobre aux ministres de l’Énergie des 27 États membres réunis en conseil que « l’Europe passera cet hiver, mais le prochain sera plus difficile ».
En cause : la plus grande difficulté à remplir les stocks de gaz, même si l’UE a proposé un cadre commun pour y parvenir moins difficilement.
Doublement du nucléaire
De toute les façons, M. Birol considère que le nucléaire est un atout pour la décarbonation.
Dans un rapport publié en juin 2022, l’IEA avance d’ailleurs que la puissance nucléaire développée aura doublé d’ici à 2050 dans le monde et qu’elle va jouer « un rôle important […] vers l’objectif ‘zéro émission’ ».
Et le reste du monde ne s’y trompe pas, rappelle M. Birol.
« L’énergie nucléaire revient sur le devant de la scène, et de manière forte », avait-il déjà constaté lors de la COP27 en Egypte.
Par exemple, la Corée du Sud relance son nucléaire, tout comme le Japon, pourtant victime de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011.
M. Birol concède toutefois que, si le nucléaire doit faire partie de l’équation, la première énergie de demain sera les renouvelables. Concession sans amertume, car selon lui, ce sont des « énergies de paix ».
Celles-ci rendront en effet l’UE moins dépendante d’États pétro-gaziers souvent dirigés par des régimes autoritaires ou dictatoriaux, avance-t-il.
En ce sens, l’économiste a profité de la tribune pour saluer chaleureusement les efforts effectués par les Européens depuis le déclenchement de la guerre.
« C’est le moment de dire bravo aux populations, aux industriels et aux dirigeants pour les efforts consentis », que ce soit sur les sanctions et leurs conséquences ou sur l’accélération du développement des énergies propres.
[Édité par Frédéric Simon]