Lisbonne va faire de l’UE une véritable entité sur la scène internationale [FR]
L’entrée en vigueur aujourd’hui du traité de Lisbonne devrait aider les Européens à devenir une véritable entité sur la scène internationale, a déclaré lors d’un entretien avec EURACTIV Elaine Cruikshanks, PDG de la branche bruxelloise du cabinet d’affaires publiques Hill & Knowlton.
L’entrée en vigueur aujourd’hui du traité de Lisbonne devrait aider les Européens à devenir une véritable entité sur la scène internationale, a déclaré lors d’un entretien avec EURACTIV Elaine Cruikshanks, PDG de la branche bruxelloise du cabinet d’affaires publiques Hill & Knowlton.
La dirigeante du cabinet a déclaré que nous pouvions attendre avec espoir une politique étrangère européenne plus rationnelle et plus active dans le cadre de Lisbonne, dont l’entrée en vigueur va permettre au président permanent du Conseil Herman Von Rompuy et à la Haute représentante pour les affaires étrangères Catherine Ashton de prendre leurs fonctions.
Un ambassadeur d’un pays tiers m’a affirmé qu’il s’attendait à davantage de continuité et de cohérence de la part de l’UE grâce à la création du poste de président du Conseil, a déclaré Mme Cruikshanks.
La fonction de Mme Ashton est une « nouveauté » en ce qu’elle est également vice-présidente de la Commission européenne et présidera les rencontres entre ministres des Affaires étrangères, a-t-elle expliqué.
Les lobbyistes qui vont la solliciter devront prendre en compte la position de la Commission sur un dossier spécifique ainsi que celle de la majorité des Etats membres, puisqu’elle représente les deux, a-t-elle mis en avant.
Par ailleurs, en tant que chef du Service d’action extérieure et des représentations de la Commission dans les pays tiers, elle aura des compétences bien plus importantes que ce que Javier Solana [chef sortant de la politique étrangère] n’a jamais eu, a prédit Mme Cruilshanks.
Néanmoins, l’effectivité réelle et les pouvoirs du poste dépendront de la manière dont Mme Ashton exercera ses fonctions, a averti la directrice de la consultance.
Pour ce qui est des relations entre M. Van Rompuy et Mme Ashton, la répartition exacte des fonctions entre ces deux là va largement dépendre de leurs personnalités et du type de compréhension mutuelle qu’ils développeront à l’égard de leurs fonctions respectives.
Concrètement, la directrice d’Hill & Knowlton s’attend à ce que M. Van Rompuy ne représente l’UE qu’aux sommets internationaux auxquels participent les chefs d’Etat et de gouvernement, alors que Mme Ashton participera aux rencontres extérieures au niveau ministériel.
L’UE de Lisbonne va devenir plus audible sur les droits fondamentaux, et gagnera de l’influence dans les domaines de la justice et des affaires intérieures, de l’environnement, du développement durable et du changement climatique, a-t-elle prédit.
En effet, avec le traité de Lisbonne, combattre le changement climatique au niveau international va devenir un objectif spécifique de la politique environnementale européenne, a affirmé Mme Cruikshanks, ajoutant qu’il y avait selon elle de fortes chances pour que l’Union agisse désormais de manière plus cohérente et proactive afin de parvenir à des objectifs environnementaux contraignants sur la scène internationale.
Le traité de Lisbonne donne au Parlement européen des pouvoirs approfondis dans de nouveaux domaines politiques dans le cadre de la codécision, et Mme Cruikshanks estime que les lobbyistes devront adapter leurs messages à leur nouvelle audience.
Approcher et discuter des questions politiques avec les eurodéputés est très différent du lobbying auprès des fonctionnaires européens, a-t-elle dit. Bien que votre position puisse ne pas changer, vous devez vous assurer que les agendas institutionnels, des comités, politiques, nationaux et locaux sont bien pris en compte.
En ce qui concerne le nouveau pouvoir de blocage des parlements nationaux sur les propositions législatives de l’UE, la directrice de la consultance considère que cette faculté sera utilisée plutôt de manière restrictive car, pour éviter son utilisation, la Commission va travailler plus étroitement avec les gouvernements nationaux au moment de la définition de nouvelles mesures politiques.
Dans la plupart des Etats membres, les couleurs politiques du gouvernement reflètent les majorités politiques des parlements, a-t-elle dit, impliquant que les parlements nationaux essaieraient de bloquer les propositions de la Commission uniquement si les gouvernements eux-mêmes ne s’opposent également à la législation.
Malgré ses observations, Mme Cruikshanks estime que les effets de Lisbonne ne se feront sentir que dans quelques temps étant donné que la prochaine Commission, le président de l’UE et la Haute représentante devront en premier lieu monter leur équipe et s’installer dans leurs nouveaux rôles.
Mme Cruikshanks s’est entretenue avec Andrew Williams.
Pour lire une version résumée de cet entretien, cliquez ici.