L'Italie demande l'arrêt des flux migratoires, mais veut plus de main-d’œuvre étrangère

Le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, cherche des solutions européennes pour stopper les flux migratoires irréguliers tout en publiant un décret d’une grande portée pour faire venir des migrants afin de combler les lacunes du marché du travail sans prévoir d’investissement dans la formation.

EURACTIV Italie
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Étant donné qu’une grande partie des migrants entrants ne sont pas qualifiés, la question clé est celle de la formation. Celle-ci n’est pas assurée par le gouvernement. [[EPA-EFE/ORIETTA SCARDINO]]

Le gouvernement italien de Giorgia Meloni cherche des solutions européennes pour stopper les flux migratoires irréguliers, tout attirant des travailleurs étrangers afin de combler les lacunes du marché du travail.

Le gouvernement de Giorgia Meloni tente d’augmenter la main d’œuvre étrangère pour combler les lacunes dans plusieurs secteurs du marché du travail qui offrent de meilleurs salaires — bien que faibles — et qui ont besoin de travailleurs, y compris de travailleurs qualifiés. Il s’agit par exemple de médecins provenant de Cuba, d’infirmières d’Inde et d’agriculteurs du Kirghizistan. Les personnes qui se trouvent déjà en Italie ne sont pas incluses dans les plans du gouvernement.

« Il y a beaucoup de place, et même le gouvernement Meloni le reconnaît, malgré ce à quoi l’on pourrait s’attendre, étant donné l’aversion des partis de droite pour l’immigration », explique à Euractiv Matteo Villa, chercheur à l’Institute for International Policy Studies (ISPI).

Puisqu’une grande partie des migrants irréguliers ne sont pas qualifiés, la question clé est celle de la formation. Or dans les plans du gouvernement, elle n’est pas assurée. Il a plutôt décidé de donner carte blanche aux entreprises, bien que ces dernières ne puissent que demander des travailleurs, et non pas choisir parmi les migrants déjà présents en Italie.

« Le marché intérieur est laissé libre d’agir et de former les nouveaux arrivants, mais de manière anarchique. Le gouvernement Meloni, comme tous ceux qui l’ont précédé, n’investit pas dans la formation et l’intégration des migrants arrivés irrégulièrement », explique M. Villa.

En juillet, le gouvernement a adopté un décret sur les flux migratoires, autorisant l’entrée de 82 705 migrants réguliers extracommunautaires et de 44 000 travailleurs saisonniers, afin de prévenir la « traite des êtres humains » et l’exploitation des migrants irréguliers, de réduire l’écart entre les flux d’entrée et les besoins du marché du travail, et de mieux intégrer les travailleurs étrangers dans les communautés locales.

« Les secteurs qui ont le plus besoin de travailleurs sont l’agriculture, le tourisme et les soins de santé, y compris les soins à domicile. Cependant, les migrants en situation irrégulière, qui sont souvent des hommes jeunes de 20 à 30 ans et qui accumulent des traumatismes sur leur chemin, sont moins faciles à intégrer sur le marché du travail et dans les communautés », précise M. Villa.

Selon une étude de l’ISPI basée sur les données de l’Institut national de statistique (ISTAT) et de la fondation ISMU, près d’un million de personnes sont arrivées en Italie au cours de la dernière décennie, mais la population étrangère en Italie est restée stable parce que la plupart des migrants se rendent dans d’autres pays, où ils retrouvent souvent leur famille et accèdent plus facilement à un travail.

Au début de l’année, le ministre de l’Agriculture Francesco Lollobrigida (Fratelli d’Italia/CRE) a annoncé qu’il y aurait 300 000 à 500 000 emplois disponibles en Italie et que le gouvernement y répondrait par l’immigration légale. Les canaux d’immigration devraient être ouverts de manière « sélective » en initiant une formation professionnelle, mais aussi culturelle, des valeurs et de la langue dans les pays d’origine afin de faciliter l’intégration en Italie, a également déclaré le ministre.

« Je pense qu’il est inacceptable de faire entrer des personnes dans une société et de ne pas tenir compte de ce qu’elles font. L’immigration est un phénomène physiologique, mais pour donner une égale dignité [aux personnes immigrées], il faut favoriser l’intégration. C’est pourquoi il est nécessaire de fournir une formation […] de nature générale sur ce qu’est notre modèle de vie », a ajouté M. Lollobrigida.

« Il y a une demande de main-d’œuvre que nous ne pouvons pas combler sur le marché intérieur […] Nous analyserons ce que nous ne pouvons pas combler avec notre offre intérieure et nous choisirons ensuite de faire venir régulièrement de la main-d’œuvre de l’extérieur », a précisé le ministre.

Bien que le gouvernement se soit efforcé de conclure des accords bilatéraux avec des pays tels que la Tunisie, d’où arrivent la plupart des migrants clandestins, afin de garantir une arrivée sûre et un rapatriement si nécessaire, les flux migratoires sont à sens unique et peu maîtrisés.

« Ce gouvernement est acculé. Il ne peut pas dire qu’il veut régulariser les migrants parce que nous avons le plus grand nombre de débarquements depuis 2016, et l’électorat serait mécontent. À court terme, il garantit le gîte et le couvert aux sans-papiers mais gâche l’opportunité d’investir dans ces personnes afin de disposer d’un capital humain utile pour le marché intérieur dans un avenir proche », conclut M. Villa.