L’Italie et l’Allemagne relancent les discussions sur l’hydrogénoduc Tunisie-Europe

Dans le cadre du projet visant à importer de l’hydrogène depuis le continent africain, l’Italie et l’Allemagne souhaitent adapter des pipelines existants au transport de ce gaz propre, dont Berlin prévoit de se servir massivement pour décarboner son industrie.

Euractiv.com
GERMANY ITALY DIPLOMACY
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le chancelier allemand, Olaf Scholz. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Dans le cadre du projet visant à importer de l’hydrogène depuis le continent africain, l’Italie et l’Allemagne souhaitent adapter des pipelines existants au transport de ce gaz propre, dont Berlin prévoit de se servir massivement pour décarboner son industrie.

L’Allemagne et son industrie ont soif d’hydrogène. Le pays prévoit en effet d’en consommer jusqu’à 4 millions de tonnes par an à l’horizon 2030. Et puisque la moitié de cet hydrogène devrait être importé, Berlin doit s’assurer une collaboration étroite avec des pays aux quatre coins du monde, à commencer par ses voisins.

Après une rencontre avec la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, à Berlin mercredi (22 novembre), le chancelier allemand, Olaf Scholz, a déclaré que l’Italie et l’Allemagne s’étaient engagées à coopérer étroitement sur l’énergie.

À cette fin, les deux pays ont l’intention de lancer un pipeline reliant la Bavière à la Tunisie en contournant les Alpes qui permettrait d’« augmenter la sécurité d’approvisionnement de nos deux pays », a souligné M. Scholz.

Selon le projet commun consulté par Euractiv, cet engagement fait référence au « Corridor Centre-Sud » (« SoutH2 Corridor ») de 3 300 km qui relira l’Afrique du Nord à l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Ce corridor utilisera des gazoducs existants (70 % de l’infrastructure) ainsi que de nouvelles constructions.

« L’objectif du Corridor Centre-Sud est d’étendre l’infrastructure transfrontalière des gazoducs et d’importer 10 millions de tonnes d’hydrogène d’ici 2030 », peut-on lire dans le projet.

Le gouvernement allemand doit encore confirmer que l’objectif de 10 millions de tonnes est réaliste, ce qu’il n’a pu clarifier auprès d’Euractiv au moment de la publication de cet article.

Le projet énergétique a été initialement annoncé par les ministres de l’Énergie de l’Autriche, Leonore Gewessler, de l’Italie, Gilberto Pichetto Fratin, et de l’Allemagne, Steffi Lemke, dans une lettre envoyée à Bruxelles en mai. Ces derniers envisageaient que plus de 4 millions de tonnes d’hydrogène transitent par le gazoduc.

Le Corridor Centre-Sud consisterait en 3 300 km de pipelines qui reliront l’Afrique du Nord à l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Source : ENTSOG/SoutH2

En outre, le pipeline pourrait également passer par la Suisse, ou tout du moins motiver la construction d’un tronçon supplémentaire pour que le pays puisse s’y relier. Pour l’instant, le projet de Corridor Centre-Sud, porté par les exploitants des gazoducs bavarois, autrichiens et italiens, n’aborde aucune de ces deux options.

Côté tunisien, il n’est pas encore certain que le pays sera en mesure de fournir les quantités d’hydrogène souhaitées par les pays européens, bien que d’ici 2050, Tunis envisage de produire 8,3 millions de tonnes d’hydrogène par an, a annoncé son ministère de l’Énergie début octobre.

Une étude de l’Institut allemand Fraunhofer estime toutefois le potentiel de production du pays à 11 millions de tonnes par an. Pour l’heure cependant, rien n’est moins sûr.

[Édité par Paul Messad & Anne-Sophie Gayet]