L'UE menace la Biélorussie de nouvelles sanctions si elle accueille des armes nucléaires russes
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a averti dimanche (26 mars) que l'UE était « prête » à adopter de nouvelles sanctions contre la Biélorussie si ce pays déployait des armes nucléaires russes sur son territoire.
Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a averti dimanche (26 mars) que l’UE était « prête » à adopter de nouvelles sanctions contre la Biélorussie si ce pays déployait des armes nucléaires russes sur son territoire.
« L’accueil par la Biélorussie d’armes nucléaires russes constituerait une escalade irresponsable et une menace pour la sécurité européenne. La Biélorussie peut encore arrêter cela, c’est son choix. L’UE se tient prête à réagir par de nouvelles sanctions », a déclaré Josep Borrell sur Twitter.
Le président russe Vladimir Poutine a affirmé samedi (25 mars) que Moscou allait déployer des armes nucléaires « tactiques » sur le territoire de son allié, la Biélorussie, un pays situé aux portes de l’Union européenne.
« La rhétorique nucléaire de la Russie est dangereuse et irresponsable », a estimé l’Otan dimanche.
« L’Otan est vigilante et nous suivons de près la situation », a déclaré la porte-parole de l’Alliance, Oana Lungescu. « Nous n’avons constaté aucun changement dans le dispositif nucléaire de la Russie qui nous amènerait à ajuster le nôtre », a-t-elle souligné.
Des responsables russes ont émis à plusieurs reprises des menaces à peine voilées de se servir de l’arme nucléaire en Ukraine en cas d’escalade significative du conflit. Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, la Biélorussie est frontalier de l’Ukraine, de la Pologne et de la Lituanie.
L’UE avait annoncé fin février la prolongation d’un an de ses sanctions contre la Biélorussie en raison de la répression menée par le régime d’Alexandre Loukachenko et de son soutien à la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Le président Alexandre Loukachenko et 194 autres personnalités proches du régime ont été interdits de séjour dans l’UE et leurs avoirs ont été gelés.
En outre, 34 entités ont été sanctionnées et tout financement européen leur est interdit.
La Biélorussie est également soumise à des sanctions économiques ciblées, notamment des restrictions dans le secteur financier, le commerce, les biens à double usage, les télécommunications, l’énergie, les transports.
Vladimir Poutine a justifié le déploiement d’armes nucléaires en Biélorussie par les déploiements d’armes américaines en Europe.
« Il n’y a rien d’inhabituel ici : les Etats-Unis font cela depuis des décennies. Ils déploient depuis longtemps leurs armes nucléaires tactiques sur le territoire de leurs alliés », a déclaré le président russe. « Nous avons convenu de faire de même », a-t-il ajouté, en précisant avoir l’accord de Minsk.
« La référence de la Russie au partage nucléaire de l’Otan est totalement trompeuse. Les alliés de l’Otan agissent dans le plein respect de leurs engagements internationaux. La Russie n’a cessé de violer ses engagements en matière de maîtrise des armements, suspendant dernièrement sa participation au nouveau traité START », a réagi la porte-parole de l’Otan.
« La Russie doit revenir au respect de ses engagements et agir de bonne foi », a ajouté Oana Lungescu.
Pris en otage
En février dernier, la Russie a utilisé la Biélorussie comme terrain de transit pour envoyer des troupes en Ukraine dans le cadre de l’invasion du pays par Vladimir Poutine.
Depuis, Moscou et Minsk entretiennent des liens militaires étroits, tandis que le Kremlin poursuit sa guerre contre l’Ukraine.
Oleksiy Danilov, secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, a accusé la Russie d’avoir « pris la Biélorussie en otage nucléaire » dans un tweet publié dimanche.
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a accusé la Russie de manquer à ses obligations et de saper « l’architecture du désarmement nucléaire et le système de sécurité international en général ».
« L’Ukraine attend du Royaume-Uni, de la Chine, des États-Unis et de la France qu’ils prennent des mesures efficaces pour contrer le chantage nucléaire du Kremlin. (…) Nous demandons qu’une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l’ONU soit immédiatement convoquée à cette fin », a déclaré l’Ukraine dans un communiqué.
Elle a appelé « tous les membres de la communauté internationale à faire part au régime criminel de M. Poutine de l’inacceptabilité catégorique de ses dernières provocations nucléaires ».
Le risque nucléaire
Les responsables politiques et les commentateurs russes les plus optimistes spéculent depuis longtemps sur d’éventuelles frappes nucléaires contre les pays occidentaux, affirmant que la Russie a le droit de se défendre avec des armes nucléaires si elle est poussée au-delà de ses limites.
Le nombre d’armes nucléaires dont dispose Moscou n’est pas clair. Bien que le Kremlin ne l’ait jamais confirmé publiquement, l’Occident affirme depuis longtemps que la Russie conserve des missiles à capacité nucléaire à Kaliningrad, son enclave de la côte baltique située entre la Pologne et la Lituanie, membres de l’OTAN et de l’Union européenne.
Les déclarations de M. Poutine, dimanche, ne permettent pas non plus de savoir où les armes seraient stationnées en Biélorussie. Toutefois, les experts militaires s’accordent à dire que ce transfert augmenterait la capacité de frappe nucléaire de la Russie le long de la frontière orientale de l’OTAN.
Plus tôt dans la journée de vendredi (24 mars), M. Borrell a déclaré aux journalistes que le récent voyage du président chinois Xi Jinping à Moscou avait réduit les chances que M. Poutine utilise des armes nucléaires.
« Une chose importante est que cette visite réduit le risque de guerre nucléaire, et ils [les Chinois] l’ont dit très, très clairement », a déclaré M. Borrell.
« Xi [Jinping] veut minimiser le risque d’être associé à l’intervention militaire russe, » a-t-il ajouté. « Ils ne sont pas engagés militairement et rien n’indique qu’ils souhaitent s’engager militairement. »
[Édité par Anna Martino]