L’UE revient sur la lenteur du soutien à l’Ukraine et envisage des pourparlers de paix en septembre
L’hésitation de l’Occident à livrer tous les systèmes d’armes nécessaires à l’Ukraine se révèle coûteuse, et une approche différente aurait pu changer le cours de la guerre, a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE.
L’hésitation de l’Occident à livrer tous les systèmes d’armes nécessaires à l’Ukraine se révèle coûteuse, et une approche différente aurait pu changer le cours de la guerre, a déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie de l’UE, lundi (21 août).
« Lorsque l’on décide d’aider un pays envahi militairement […], l’hésitation peut constituer une réponse très coûteuse », a affirmé M. Borrell, qui s’exprimait lors d’un séminaire dans la ville espagnole de Santander, aux côtés du ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, et de son homologue lituanien, Gabrielius Landsbergis.
Il a précisé qu’en ce qui concerne « l’hésitation » de l’Occident, si les décisions avaient été prises plus rapidement et de manière plus anticipée au sujet des systèmes d’armes qui ont finalement été envoyés, « la guerre aurait probablement pris une autre tournure et, en tout état de cause, nous aurions sauvé des vies ».
M. Borrell s’est également interrogé sur les raisons pour lesquelles l’Occident n’a que progressivement renforcé son soutien à l’Ukraine, se référant à la décision de fixer d’abord des limites concernant différents systèmes d’armes avant de décider en fin de compte de les fournir à Kiev.
« Pourquoi les États-Unis ne donnent-ils pas à l’Ukraine une capacité d’armement à longue portée ? Le Royaume-Uni le fera. Chacun possède donc une approche différente […] parce que l’évaluation du risque, ou la peur, est différente », a-t-il expliqué.
Il a toutefois ajouté qu’il ne pensait pas qu’il s’agissait d’une « tactique délibérée du type “je n’apporterai mon soutien qu’au compte-gouttes pour que la guerre continue et que je puisse affaiblir la Russie gratuitement” ».
D’après ses dires, l’hésitation est « davantage politique » et liée aux « équilibres internes du système politique américain et à la crainte de provoquer une certaine forme de réaction » de la part de la Russie.
Plus tôt, sur le même sujet, M. Landsbergis s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles l’Ukraine n’a pas bénéficié de tous les moyens de pression nécessaires à sa victoire.
« Soit la situation n’était pas considérée comme suffisamment grave […], soit on craignait ce qui se passerait avec la Russie si nous donnions à l’Ukraine un levier suffisamment important, que l’effet se révélait efficace et qu’une puissance nucléaire perdait une guerre qu’elle avait déclenchée », a déclaré M. Landsbergis.
« Si [cette crainte] constitue le moteur d’une politique visant à ne pas donner un levier majeur à l’Ukraine, alors nous entrons dans un nouveau chapitre dans lequel “le pouvoir a raison”, c’est un monde très dangereux », a-t-il ajouté.
Contre-offensive
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, qui participait à l’évènement par vidéoconférence, a démenti le discours de la Russie, selon lequel la récente décision du Danemark et des Pays-Bas concernant la livraison d’avions de combat F-16 à l’Ukraine représenterait une « escalade de la violence ».
« Ce n’est pas le cas, nous défendons nos valeurs, […] la contre-offensive est en cours et progressera, même si elle n’avance pas aussi vite que beaucoup l’espéraient », a déclaré M. Kuleba, rejetant les critiques sur la lenteur de la contre-offensive.
Ses commentaires font suite à un rapport des services de renseignement américains publié en début de semaine, selon lequel il est peu probable que les forces ukrainiennes atteignent et reprennent la ville stratégique de Melitopol, dans le sud-est du pays, occupée par la Russie, au cours de leur contre-offensive.
M. Borrell a salué la décision concernant les avions de combat F-16, ajoutant que l’UE pourrait potentiellement couvrir une partie des coûts, comme elle l’a fait pour l’aide militaire précédente, si les États membres en font la demande dans le cadre de la facilité européenne pour la paix (FEP).
Toutefois, il a prévenu que « malheureusement, [les F-16] ne seront pas utilisés très rapidement », car les pilotes ukrainiens doivent d’abord être formés. « Plus tôt ils commenceront, mieux ce sera », a-t-il poursuivi.
L’Ukraine est handicapée par l’absence « de soutien aérien et de missiles à longue portée » qui, selon M. Borrell, « seraient plus que nécessaires » pour empêcher la Russie de continuer à bombarder les villes ukrainiennes.
Les premiers avions de combat occidentaux devraient arriver en Ukraine au début de l’année prochaine.
Pourparlers de paix en septembre
Le plus récent cycle de pourparlers de paix sur l’Ukraine, qui s’est tenu début août à Djeddah, en Arabie saoudite, et auquel ont participé plus de 40 pays, dont la Chine, constitue « une nouvelle étape franchie par l’Ukraine pour inciter la communauté internationale à faire pression sur la Russie afin qu’elle mette fin à la guerre », a expliqué M. Borrell.
Dans la foulée, une « réunion de haut rang » qui pourrait « probablement avoir lieu » à la fin du mois de septembre, éventuellement sous la forme d’une réunion ministérielle en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, pourrait se pencher sur la paix en Ukraine, a indiqué M. Borrell à la presse.
Interrogé sur une éventuelle fin de la guerre, M. Borrell a déclaré que « la Russie l’a déclenchée et [que] la Russie doit y mettre fin ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]