L’UE se dit « très préoccupée » par l’arrestation du chef de l’opposition tunisienne
L’UE a déclaré qu’elle était « très préoccupée » par la détérioration rapide de la situation politique en Tunisie à la suite de l’arrestation du chef de l’opposition Rached Ghannouchi, du parti conservateur islamiste Ennahda.
L’Union européenne a déclaré qu’elle était « très préoccupée » par la détérioration rapide de la situation politique en Tunisie à la suite de l’arrestation du chef de l’opposition Rached Ghannouchi, du parti conservateur islamiste Mouvement de la Renaissance (Ennahda). Le siège et les différentes succursales du parti ont également été fermés.
Le président Kais Saïed, élu en 2019, s’est emparé de l’essentiel des pouvoirs en 2021 en supprimant le parlement élu et en remplaçant le gouvernement, avant de gouverner par décret et de réécrire la constitution.
« Nous suivons avec une grande inquiétude les derniers développements en Tunisie, en particulier l’arrestation hier soir de Rached Ghannouchi ainsi que les informations concernant la fermeture du siège du parti Ennahda à Tunis », a déclaré Nabila Massrali, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, dans un communiqué publié mardi (18 avril).
M. Ghannouchi, âgé de 81 ans, a été arrêté et interrogé par les services de sécurité tunisiens dans la nuit de lundi à mardi. Le lendemain, des responsables du parti islamiste, principal groupe d’opposition en Tunisie, ont confirmé que les forces de sécurité avaient fermé leurs bureaux.
« Dans l’attente d’informations officielles sur les raisons de cette arrestation, nous rappelons l’importance du respect des droits de la défense et du droit à un procès équitable », a déclaré Mme Massrali.
« Nous soulignons également le principe fondamental du pluralisme politique », a-t-elle ajouté. « Ces éléments sont essentiels à toute démocratie et constituent la base du partenariat de l’Union européenne avec la Tunisie. »
Le gouvernement tunisien n’a pas encore commenté l’arrestation.
La Commission hausse le ton
Il s’agit des commentaires les plus critiques formulés par l’exécutif européen à l’encontre du régime de plus en plus autocratique de M. Saïed depuis que le président a limogé le gouvernement, suspendu le parlement et commencé à gouverner par décret en juillet 2021.
La Commission a toutefois continué à fournir un important soutien financier au gouvernement de M. Saïed, qui est actuellement sous pression pour finaliser un programme de sauvetage de 1,9 milliard de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI). L’UE a par ailleurs exhorté M. Saïed à accepter un accord avec le FMI.
Ces dernières semaines, les dirigeants européens ont également indiqué que la Tunisie ferait partie du premier groupe d’États d’Afrique du Nord avec lesquels l’Union négocierait de nouveaux accords visant à leur fournir un soutien financier en échange d’un contrôle des frontières destiné à prévenir l’immigration.
Répression de l’opposition
M. Saïed a promis de sévir contre ce qu’il appelle « les ennemis de la Tunisie », et les services de sécurité du pays ont arrêté et emprisonné un nombre croissant de responsables politiques de l’opposition, dont Noureddine Bhiri, un haut responsable du parti islamiste Ennahda, ainsi que l’influent activiste social-démocrate Khayam Turki, membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol).
Des dirigeants du Front de salut national, une coalition de partis souhaitant contrer le « coup d’État » de Kaïs Saïed, et d’autres militants politiques ont également été emprisonnés, et les dirigeants de la puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT) ont également été ciblés.
Le 9 avril dernier, des centaines de partisans de l’opposition se sont rassemblés à Tunis, exigeant la libération des prisonniers politiques et un « dialogue national » pour élaborer un plan de retour à une gouvernance démocratique en Tunisie.
Les élections législatives de décembre et janvier, boycottées par les partis d’opposition à la suite des réformes constitutionnelles qui ont retiré à l’assemblée son pouvoir législatif, ont vu le taux de participation tomber à environ 10 %.
Entre-temps, le soutien de plus en plus faible dont jouit M. Saïed auprès de l’opinion publique a donné lieu à des spéculations sur la possibilité qu’il brigue un second mandat lors des élections prévues en octobre 2024.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]