L'UE se rapproche d'une série de mesures de 150 milliards d'euros pour la défense
Les dirigeants de l'UE ont approuvé un plan historique de dépenses de défense de 150 milliards d'euros lors de leur sommet d'urgence jeudi, tandis que le Hongrois Viktor Orbán a refusé de soutenir une déclaration de soutien à l'Ukraine.
BRUXELLES – Les dirigeants de l’UE ont approuvé un plan historique de dépenses de défense de 150 milliards d’euros lors de leur sommet d’urgence jeudi, tandis que le Hongrois Viktor Orbán a refusé de soutenir une déclaration de soutien à l’Ukraine.
Les 27 États membres de l’UE ont convenu d’examiner « de toute urgence » le plan de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Celui-ci prévoit une enveloppe de 150 milliards d’euros de nouveaux prêts pour stimuler les dépenses de défense, ouvrant ainsi la voie à des discussions plus approfondies et concrètes sur le sujet en vue du prochain sommet dans deux semaines.
Jeudi, une déclaration de soutien à l’Ukraine n’a été soutenue que par 26 pays, Viktor Orbán — un allié de Donald Trump et de Vladimir Poutine — a marqué son opposition, comme la plupart des dirigeants l’avaient prévu.
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire récente que les dirigeants de l’UE adoptent une déclaration séparée sans le soutien de la Hongrie.
Mais leur décision de jeudi montre clairement leur intention de trouver des moyens d’envoyer plus d’aide financière et militaire à l’Ukraine alors que les États-Unis se mettent en retrait, dans le cadre d’une « coalition des volontaires ».
La Hongrie ne s’est pas associée à la déclaration que tous les autres dirigeants de l’UE ont « fermement soutenue », affirmant qu’« il ne peut y avoir de négociations sur l’Ukraine sans l’Ukraine » et que tout accord de paix doit « respecter l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».
La Slovaquie, dirigée par le pro-russe Robert Fico, a soutenu le texte sur l’Ukraine par l’inclusion in extremis d’une formulation sur la recherche de « solutions réalisables » au différend en cours avec Kiev sur l’approvisionnement en gaz. Cette concession a toutefois été considérablement édulcorée dans les dernières heures du sommet.
Faire preuve de « flexibilité »
Ursula von der Leyen, qui a présenté aux dirigeants de l’UE les grandes lignes de son plan « Réarmer l’Europe », a confirmé qu’elle présenterait un texte juridique détaillant son menu de cinq options de financement de la défense à temps pour le prochain sommet.
Ces cinq options, qui ont suscité un soutien variable jeudi, comprennent : les 150 milliards d’euros de prêts, l’activation d’une « clause dérogatoire » nationale dans les règles budgétaires du bloc, l’incitation à l’utilisation des fonds de cohésion pour les dépenses de défense, un rôle plus important pour la Banque européenne d’investissement, et la mobilisation de capitaux privés par la réalisation de l’Union d’épargne et d’investissement.
L’emprunt commun — ou l’émission de ce que l’on appelle les euro-obligations — n’est pas encore sur la table, même si Emmanuel Macron a déclaré après le sommet qu’il était « prêt à examiner » la proposition.
Le chancelier allemand sortant, Olaf Scholz, a confirmé que l’Allemagne souhaiterait que les plans de dépenses aillent encore plus loin, en créant une exemption à long terme des investissements de défense des règles budgétaires de l’UE.
Le président du Conseil européen, António Costa, à l’initiative du sommet d’urgence, a appelé à la « flexibilité » dans l’application des règles budgétaires, mais s’est abstenu de soutenir la proposition allemande de refonte complète.
L’« isolement » de la Hongrie n’est pas une « division »
Concernant l’Ukraine, les 26 États de l’UE ont convenu d’examiner les suggestions de la Haute diplomate de l’UE, Kaja Kallas, qui souhaite augmenter considérablement l’aide à l’Ukraine en 2025.
Emmanuel Macron a expliqué que l’UE « entrait dans une phase de discussions », ce qui signifie qu’il sera bientôt « temps de parler au président [Vladimir] Poutine… une fois que nous aurons convenu avec le président [Volodymyr] Zelenskyy et nos partenaires que le moment est venu ».
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a remporté une petite victoire avec l’inclusion tardive d’un texte « saluant tous les efforts » en faveur d’une paix « globale, juste et durable », y compris ceux de Donald Trump, a exclu le déploiement de troupes italiennes en Ukraine dans le cadre d’une force de maintien de la paix.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’est joint à ses alliés européens pour un déjeuner de travail, a salué une « journée très productive » à Bruxelles et a confirmé qu’il se rendrait en Arabie saoudite la semaine prochaine, où son équipe participerait à des discussions avec les États-Unis.
« Nous ne sommes pas seuls et nous le ressentons », a-t-il réagi à son arrivée plus tôt dans la journée.
Malgré l’opposition de la Hongrie, le message général du soutien de l’UE à Kiev n’a pas été affaibli.
Si la Hongrie s’est « isolée », a commenté António Costa, cela ne signifie pas qu’il s’agit d’une « division ».
« Chaque fois que vous réunissez 27 pays autour d’une table, chacun a sa propre nuance », a fait savoir Thomas Byrne, ministre irlandais des Affaires européennes.
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a exhorté ses homologues à « conclure qu’il est vraiment bon que 26 pays de l’UE, avec tout ce qui se passe autour de nous et les défis en Ukraine, restent fermes dans leur soutien ».
« Nous pouvons être fiers du vieux continent aujourd’hui », a-t-elle encouragé.
* Nick Alipour a contribué à cet article depuis Berlin, et Théo Bourgery-Gonse depuis Paris.
(sn)