L’Ukraine maintient sa position sur l’arrêt du transit de gaz russe via son territoire

Après une réunion avec le gouvernement de Robert Fico, le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal a réitéré la décision de l’Ukraine de ne pas prolonger son accord de transit avec la Russie, qui expire à la fin de cette année, et a exhorté les pays européens à réduire leur dépendance à l’égard du gaz russe.

EURACTIV Slovaquie
Ukrainian PM holds presser with Slovak counterpart following intergovernmental meeting near Uzhhorod
Lors d’une réunion avec le Premier ministre slovaque Robert Fico (Smer-Sociale-démocratie) ce lundi 7 octobre, Denys Chmyhal a souligné l’objectif de l’Ukraine d’imposer des sanctions au secteur énergétique russe afin d’affaiblir Moscou sur le plan économique, alors que la guerre se poursuit. [EPA-EFE/ZUZANA GOGOVA]

Après une deuxième réunion principalement dédiée à la coopération en matière de sécurité énergétique et d’infrastructures avec le gouvernement de Robert Fico, le Premier ministre ukrainien Denys Chmyhal a réitéré la décision de l’Ukraine de ne pas prolonger son accord de transit gazier avec la Russie, qui expire à la fin de cette année, et a exhorté les Européens à réduire leur dépendance à l’égard du gaz russe.

Fin août, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait officiellement annoncé que Kiev ne prolongerait pas le contrat quinquennal avec Gazprom pour livrer du gaz russe à l’Europe via l’Ukraine, qui expire en fin d’année.

Lors d’une réunion avec le Premier ministre slovaque Robert Fico (SMER – social-démocratie) lundi 7 octobre, Denys Chmyhal a insisté sur la volonté de Kiev d’imposer des sanctions au secteur énergétique russe afin d’affaiblir la Russie sur le plan économique.

« L’Ukraine ne prolongera pas l’accord de transit avec la Russie après son expiration. L’objectif stratégique de l’Ukraine est d’imposer des sanctions à l’infrastructure gazière russe, privant ainsi le Kremlin des bénéfices grâce auxquels l’agresseur finance la guerre », a écrit le Premier ministre ukrainien sur Telegram après s’être entretenu avec Robert Fico près d’Oujhorod, en Ukraine.

Denys Chmyhal a appelé tous les pays européens à « abandonner complètement » le pétrole et le gaz provenant de Russie, tout en reconnaissant les défis auxquels sont confrontés les États membres de l’UE tels que la Slovaquie, qui restent fortement tributaires du gaz russe.

« Nous comprenons la dépendance aiguë de certains pays, en particulier la Slovaquie, à l’égard de cette ressource. Mais nous comptons sur une diversification progressive des approvisionnements », a-t-il affirmé, ajoutant que l’Ukraine est prête à continuer à remplir ses obligations dans le cadre de l’Accord d’association avec l’UE et du Traité sur la charte de l’énergie.

Pressions slovaques

Des tensions entre Kiev et Bratislava étaient déjà apparues en juin dernier, lorsque Kiev a imposé des sanctions à la compagnie pétrolière russe Lukoil, qui fournissait du pétrole aux raffineries slovaques.

Concernant la fin du contrat avec Gazprom le 31 décembre 2024, Robert Fico a souligné la semaine dernière l’importance du maintien du transit du gaz et du pétrole par l’Ukraine, le qualifiant de « vital pour la Slovaquie ».

« Oui, nous pouvons l’acheter à l’Ouest, par exemple, et il s’agit principalement de gaz russe, mais la réalité est que nous tenons beaucoup à ce que le gaz et le pétrole continuent de transiter par l’Ukraine. Et nous le dirons à nos partenaires ukrainiens », a déclaré le Premier ministre.

Après sa rencontre avec Denys Chmyhal lundi, Robert Fico a souligné que les discussions avaient confirmé « un intérêt mutuel » à maintenir l’utilisation du système de transit ukrainien pour le pétrole et le gaz. « Il s’agit d’une information cruciale pour nous tous », a ajouté l’homme politique slovaque.

Ján Pišta, un analyste slovaque de JPX, avait confié à Euractiv Slovaquie en août que « tous les clients de Gazprom se préparent d’une manière ou d’une autre » à la fin du transit via le territoire ukrainien et « qu’il existe une réelle possibilité que le gaz russe cesse tout simplement d’être acheminé vers la Slovaquie ».

« Toutefois, on s’attend à un nouvel hiver doux. Les réserves de gaz seront également pleines, car il nous reste environ 60 milliards de mètres cubes après l’hiver dernier », avait-il ajouté.

« Le transit [de gaz russe] par l’Ukraine est d’environ 14 milliards de mètres cubes par an, de sorte qu’en théorie, dans le pire des scénarios, nous pourrions couvrir cette quantité grâce aux stocks. L’Europe dispose déjà de suffisamment de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) pour que nous puissions également compter sur eux. »

En effet, malgré la guerre en cours, la Russie a livré en 2023 un peu plus de 14 milliards de mètres cubes de gaz à l’Europe via le territoire ukrainien — un volume qui reste toutefois nettement inférieur aux 40 milliards m3 initialement prévus dans le contrat.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]