Ma soirée avec le S&D

Également dans l'édition de mercredi : les dernières nouvelles d'Euractiv, le SIU de Cristiano Ronaldo, l'élargissement

EURACTIV.com

MERCI, BOSS : Notre rédacteur en chef, Matthew Karnitschnig, a annoncé mardi qu’il quittait ses fonctions. C’est grâce à Matt que moi-même, ainsi que tant d’autres dans notre rédaction, avons rejoint l’équipe après son arrivée en 2024. Soyons francs, c’est lui qui a redonné vie à Euractiv. Mais ce n’était pas un tour de passe-passe : il a formé de jeunes journalistes, pointé du doigt des vérités dérangeantes, lancé cette newsletter et insufflé un esprit critique bien nécessaire dans la bulle bruxelloise.

« Dans une ville où la plupart des médias vivent de « l’accès » [aux sources, aux institutions], nous n’avons pas fait de favoritisme, au grand dam des personnes et des institutions sur lesquelles nous écrivons », a-t-il écrit dans son dernier message d’adieu. Hier encore, un député européen m’a confié que nous sommes désormais sa première lecture du matin. Matt nous laisse en excellente posture pour poursuivre l’aventure Euractiv. Merci.

Vous lisez Rapporteur ce mercredi 10 juin. Ici Eddy Wax.

À savoir :

🟢 Le S&D est en mode survie

🟢 Efforts pour consolider l’élargissement

🟢 Pourquoi les nouvelles sanctions contre la Russie pourraient échouer

Sur le rond-point Schuman : le lien entre Cristiano Ronaldo et le marché unique


L’Europe, vue de Bruxelles


« Sweet dreams are made of this » (c’est de ça que les beaux rêves sont faits), entonnait un chanteur lors d’une fête organisée par le groupe des Socialistes et Démocrates aux environs de Bruxelles hier soir.

En me balançant au rythme de la musique lors de la soirée du Red Gala, je me suis souvenu des propos surprenants tenus quelques heures plus tôt au Parlement par le député européen Marc Angel. « Nous devons définir le programme pour les élections de 2029 », a-t-il déclaré à ses collègues socialistes lors d’un marathon de réflexion, alors que le groupe S&D, en difficulté, cherchait une issue à la torpeur qui envahit les partis de centre-gauche à travers l’Europe – avec les conseils du sénateur américain Bernie Sanders.

L’humour noir n’a pas manqué lors de la grande fête qui a suivi. « Plus le mouvement rétrécit, plus la fête est grande », a ironisé un initié. Les fêtards ont revêtu leurs plus belles tenues rouges, ont pris un air courageux et ont tenté de reproduire l’énergie du sommet qui s’est tenu à Barcelone en avril, où les socialistes s’étaient ralliés autour de l’Espagnol Pedro Sánchez.

S’adressant à la foule, la présidente du groupe, Iratxe García, a déclaré que ses 135 députés européens doivent viser à redevenir la première force du Parlement (une position qu’ils ont occupée pour la dernière fois en 1999, soit dit en passant). La réalité est plus sombre. Sánchez s’accroche au pouvoir au milieu de scandales touchant son entourage proche ; les sociaux-démocrates allemands végètent en tant que partenaires mineurs des conservateurs ; et la Danoise Mette Frederiksen vient tout juste de bricoler une coalition.

Avec l’extrême droite en pleine ascension et le centre-droit de plus en plus disposé à travailler avec des partis marginaux, la marge de manœuvre au Parlement est réduite. Teresa Ribera, la socialiste la plus en vue de la Commission, a déclaré à Rapporteur que le PPE trahit les valeurs de l’UE.

Ce qui manquait au S&D, c’étaient des idées nouvelles. Les participants ont évoqué les assemblées citoyennes et une meilleure communication. Alberto Alemanno, le leader d’opinion officieux des socialistes européens, a même exhorté ses collègues à « célébrer la bureaucratie » – une suggestion rapidement chahutée par le vétéran Vytenis Andriukaitis.

Les six nouvelles initiatives « phares » annoncées par le groupe contournent les sujets de discorde tels que l’immigration et Donald Trump, qui divisent les Espagnols des Danois et les Français des Allemands. Elles se concentrent plutôt sur des priorités traditionnelles censées trouver un écho auprès des électeurs, allant du logement et de l’emploi sûr à l’énergie propre et à une alimentation saine.

Malgré toute son ambition, García – qui vise un nouveau mandat à la tête du groupe – a adopté une position plus pragmatique, plaçant le S&D entre un mode de survie et une adaptation tardive à son époque, même si cela implique de tout mettre en œuvre pour éviter les conflits internes.

Cette soirée tenait moins de l’introspection que d’une célébration de la survie du groupe. Lors du Conseil européen de la semaine prochaine, trois dirigeants (de Malte, du Danemark et d’Espagne) représenteront la social-démocratie, un creux de la vague pour cette force politique qui a autrefois contribué à construire l’Europe.

António Costa, qui présidera cette réunion, a prononcé le discours le plus percutant de la soirée. « Nous sommes tous ici pour dire que les progressistes vont riposter », a-t-il lancé.

Les socialistes devraient obtenir de bons résultats en Suède en septembre et en Finlande l’année prochaine. S’il y a une bonne nouvelle pour le S&D, elle viendra peut-être du nord. D’ici là, l’ambition est de conserver les victoires durement acquises et d’éviter de céder davantage de terrain.

« Hold your head up » (garde la tête haute), dit la chanson…

Une initiative pour consolider l’élargissement

L’UE devrait envisager d’interdire temporairement aux nouveaux États membres de voter sur les décisions relatives au budget, à la sécurité et à la politique étrangère, selon une proposition émanant de cinq capitales.

Les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg ont formulé cette suggestion dans un document consulté par Rapporteur. Présentée comme une mesure « temporaire » et « transitoire », elle pourrait concerner les pays en tête de file que sont le Monténégro et l’Albanie, ainsi que d’autres candidats potentiels, notamment l’Ukraine et la Moldavie. Cela ne devrait pas poser de problème pour l’Albanie.

« L’élargissement est un outil stratégique, mais seulement s’il renforce l’UE, et non s’il l’affaiblit », a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Tom Berendsen, à Rapporteur. « C’est pourquoi nous pensons que le moment est venu d’engager des discussions sérieuses sur ce à quoi devrait ressembler une Union élargie. Nous ne pouvons pas laisser l’élargissement lui-même compromettre la capacité d’action de l’UE. »

Le document propose également une nouvelle « clause de sauvegarde » permettant à l’UE de prendre des mesures de protection si de nouveaux membres font marche arrière en matière de démocratie, d’État de droit ou de liberté de la presse. Faisant allusion de manière voilée au refus de la Hongrie, qui a duré plusieurs mois, de soutenir un plan de prêt de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine plus tôt cette année, il suggère d’introduire des garanties contre « tout comportement contraire au principe de coopération sincère ».

De nouvelles idées redessinent le débat sur l’élargissement, des propositions allemandes d’adhésion en tant que membre associé pour l’Ukraine au modèle franco-allemand pour l’élargissement aux Balkans occidentaux.

L’Islande est-elle sur le point de voter « non » ?

Alors que l’Islande débat de la reprise des négociations d’adhésion à l’UE lors d’un référendum le 29 août, le camp anti-UE prend de l’ampleur. Haraldur Ólafsson, chef de file de la campagne du « non », affirme que l’adhésion à l’Union constituerait « un grand pas en arrière par rapport à la démocratie telle que nous la connaissons ».

Dans un entretien avec mon collègue Magnus Lund Nielsen, ce professeur de physique a averti que l’Islande risquait de perdre le contrôle de ses pêcheries, de son agriculture et de ses ressources naturelles tout en héritant de la bureaucratie bruxelloise – ironiquement, il reprend le même discours anti-réglementation de plus en plus utilisé par les dirigeants de l’UE eux-mêmes.

Les sondages laissant présager un résultat serré, le débat sur l’UE en Islande s’avère plus serré que Bruxelles ne l’aurait espéré. Lisez l’interview complète.

Sanctions, déjà-vu

La Commission a dévoilé hier un nouveau paquet de sanctions contre la Russie – mais sa proposition phare pourrait bien être vouée à l’échec, écrit Thomas Moller-Nielsen.

Ce 21e train de sanctions de l’Union depuis l’invasion à grande échelle de Moscou gèlerait le plafond ajustable de l’UE sur le prix du pétrole russe jusqu’en janvier prochain. Ce mécanisme permet aux entreprises de l’UE de fournir des services aux pétroliers russes à condition que le pétrole soit vendu en dessous du seuil actuel de 44,10 dollars le baril.

Les diplomates préviennent que cette proposition pourrait se heurter à des obstacles similaires à ceux qui ont fait échouer le projet de Bruxelles visant à interdire totalement les services maritimes dans le précédent paquet de sanctions, après que certaines capitales ont insisté pour que les États-Unis agissent de concert.

Ces mesures, qui doivent être approuvées par l’ensemble des 27 États membres, comprennent également des interdictions de transactions à l’encontre des banques russes, des restrictions de visa pour les soldats russes et, pour la première fois, des restrictions sur les exportations de poisson de Moscou – une question réputée délicate. Lisez l’article complet.

Vers un conseil de sécurité E5 ?

Le groupe « E5 », composé de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Pologne, devrait évoluer vers un conseil de sécurité européen, a suggéré le chef de la défense de l’UE.

Andrius Kubilius souhaite que ce format serve de noyau à une Union européenne de défense regroupant environ 15 pays, dont l’Ukraine. En dehors du cadre de l’UE, a-t-il fait valoir, les pays volontaires pourraient avancer plus vite sans modification des traités ni unanimité parmi les 27. Pour en savoir plus, lisez l’article de Pietro Guastamacchia.

Comment dépenser ces fonds ?

Neuf pays de l’UE ont trouvé un moyen détourné de continuer à dépenser les fonds de relance de l’UE de l’ère Covid bien après la fin du programme en août.

Des pays comme l’Espagne, la Pologne, l’Italie et la Grèce injectent plus de 20 milliards d’euros de ce fonds dans leurs banques nationales de développement, exploitant une faille juridique qui prolonge la durée de vie des fonds européens pour des projets couvrant la défense, les biotechnologies et la transition écologique.

« Ce n’est pas à cela que la FRR – ni la dette historique de l’UE qui le sous-tend – était destinée », a déclaré le député européen vert Daniel Freund. La Hongrie, qui a débloqué des milliards de fonds européens, devrait suivre le mouvement. Lisez l’article complet de Victoria Becker et Magnus Lund Nielsen.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


EPSO FACTO : Ce n’est pas parce que 80 000 Italiens ont postulé à des postes au sein des institutions européennes que la liste finale des lauréats sera davantage en leur faveur. En effet, la Commission fera tout son possible pour orienter les résultats en faveur des nationalités sous-représentées, selon Emanuele Baldacci, le responsable (italien, bien sûr !) des ressources humaines à la Commission. Lisez l’article complet.

SIUUUUUUUUU ! Enrico Letta a plaisanté mardi en disant que si vous demandez à un chatbot IA d’expliquer l’acronyme SIU, pour Savings and Investments Union (Union de l’épargne et des investissements), il vous renverra à la célèbre célébration du footballeur Cristiano Ronaldo. On dirait que quelqu’un a aperçu ma publication sur X !


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

La violence à caractère politique en Allemagne a atteint un niveau record l’année dernière, selon les nouveaux chiffres publiés par l’Office fédéral de police criminelle (BKA). Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a indiqué que les infractions violentes à caractère politique avaient augmenté de 1,2 % pour atteindre 4 156 cas en 2025. Au total, les autorités ont enregistré 85 837 crimes à motivation politique, soit le total annuel le plus élevé depuis le début de la collecte de ces statistiques en 2001.

– Björn Stritzel

PARIS 🇫🇷

La France s’est jointe mardi à l’Australie, à la Grande-Bretagne, au Canada et à la Norvège pour annoncer des sanctions et d’autres mesures visant les colons israéliens extrémistes, en raison des violences commises contre des civils palestiniens en Cisjordanie occupée. Les cinq pays ont exhorté Israël à faire en sorte que les responsables rendent des comptes et ont réitéré leur soutien à une solution à deux États. Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé que Paris a interdit l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, à quatre responsables d’organisations de colons et à 21 colons violents.

– Clara Vassent

BRUXELLES 🇧🇪

Bart De Wever a averti que l’Europe a besoin de toute urgence d’une stratégie cohérente pour contrer l’influence économique croissante de la Chine, arguant que la planification à long terme de Pékin risque de submerger les initiatives fragmentaires de l’Union. S’exprimant à Bruxelles, il a critiqué la réticence de l’UE à affronter directement la Chine et a exhorté les dirigeants à réduire les dépendances stratégiques, à renforcer les défenses commerciales et à se coordonner de manière plus affirmée avant les sommets du G7 et de l’UE de la semaine prochaine. Lisez l’article complet.

– Eddy Wax

ROME 🇮🇹

Les procureurs de Rome enquêtent sur trois personnes dans le cadre d’une affaire de corruption présumée liée au pont sur le détroit de Messine, un projet d’infrastructure phare du gouvernement de Giorgia Meloni qui a connu des revers répétés. Les suspects, dont un ancien haut magistrat de la Cour des comptes italienne, sont accusés d’avoir tenté d’influencer l’examen obligatoire du projet par la Cour en échange de nominations à des postes publics de haut niveau après leur départ à la retraite.

– Alessia Peretti

ATHÈNES 🇬🇷

L’ancien Premier ministre Antonis Samaras s’apprête à lancer un nouveau parti politique, selon les médias locaux, une initiative qui pourrait compliquer davantage la tâche de Kyriakos Mitsotakis pour former un gouvernement de majorité après les élections de 2027. Samaras, qui a été exclu de Nouvelle Démocratie, a accusé le Premier ministre d’adopter une approche trop conciliante envers la Turquie et de ne pas faire respecter l’État de droit.

– Sarantis Michalopoulos

BUDAPEST 🇭🇺

Le Parlement hongrois a conclu mardi le débat sur un projet de loi visant à abolir le controversé Bureau de protection de la souveraineté, une institution de l’ère Orbán contestée par la Commission européenne pour des violations présumées des normes démocratiques de l’UE. Péter Magyar s’est félicité de cette initiative, affirmant que cet organisme serait relégué « aux oubliettes de l’histoire ». Le Fidesz a accusé le gouvernement d’affaiblir la souveraineté de la Hongrie, mais la loi devrait être adoptée sans difficulté compte tenu de la majorité parlementaire dont dispose Tisza.

– Mátyás Varga

TALLINN 🇪🇪

Volodymyr Zelenskyy a déclaré que l’Ukraine est prête à aider l’Estonie et d’autres partenaires européens à contrer les drones qui franchissent les frontières en raison des interférences de la guerre électronique russe. S’exprimant aux côtés du président Alar Karis, Zelenskyy a indiqué que Kiev pourrait déployer des experts et partager les enseignements tirés de sa défense contre les attaques de drones. Cette offre fait suite à une série d’incidents au cours desquels des drones liés à la guerre en Ukraine ont pénétré dans l’espace aérien estonien et letton, provoquant des interceptions de l’OTAN.

– Charles Szumski


Editeurs.trices Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Victoria Becker, Thomas Moller-Nielsen, Magnus Lund Nielsen, Pietro Guastamacchia, Bruno Waterfield, Martina Monti, Miriam Sáenz de Tejada

Traductrice : Clara Vassent