L’agenda français de von der Leyen

Également dans l'édition de jeudi : sanctions contre la Russie, Sahel, remigration

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce jeudi 23 juillet. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, accompagnée d’Eddy Wax.

À retenir :

🟢 Macron et von der Leyen s’alignent alors que l’incertitude plane sur la France

🟢 L’UE se démène pour sauver l’accord sur les sanctions contre la Russie

🟢 Le Slovène Janša bloque une nomination clé au SEAE


L’Europe, vue de Bruxelles


Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron se sont retrouvés hier soir autour d’un dîner à l’Élysée pour faire le point sur les défis à venir, leurs relations étant plus solides qu’elles ne l’ont été depuis des années.

Paris n’a pas manqué de raisons d’être frustré par la présidente de la Commission, qu’il s’agisse de sa volonté de conclure l’accord commercial avec le Mercosur malgré l’opposition française ou de la décision de l’exécutif européen de participer au Conseil de la paix de Donald Trump en début d’année.

Pourtant, les tensions croissantes avec la Chine et les États-Unis, ainsi que la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine, ont rapproché Paris et Bruxelles en matière de défense, de compétitivité et de politique industrielle. Les idées que la France défend depuis des années, telles que le renforcement de la base industrielle européenne ou une plus grande autonomie stratégique, sont désormais au cœur de l’élaboration des politiques de l’UE.

Leurs positions ont également convergé sur la question de la sécurité des enfants en ligne. Von der Leyen l’a qualifiée de « priorité européenne » après le dîner, félicitant la France d’avoir récemment adopté une loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Mais des divergences de longue date persistent. La France a insisté davantage pour que des mesures soient prises concernant Gaza et le commerce avec les colonies israéliennes, s’est opposée aux projets de la Commission visant à créer des centres de retour pour les migrants et souhaite un service diplomatique européen plus fort.

Von der Leyen, quant à elle, a préféré maintenir la Commission fermement aux commandes de la politique étrangère, même si cela a entraîné des conflits de compétence ouverts avec Kaja Kallas, qui a récemment intégré David Cvach, ambassadeur de France auprès de l’OTAN, dans son équipe dirigeante.

Le duo se réunit régulièrement – mais cela ne sera pas toujours le cas.

Avec les élections françaises qui approchent et Macron entrant dans la dernière ligne droite de sa présidence, Paris pourrait bientôt devenir un moteur bien moins fiable de l’intégration européenne. Le Rassemblement national, parti d’extrême droite, s’est engagé à réduire la contribution de la France au budget de l’UE s’il arrive au pouvoir en 2027, ce qui signifie que les négociations sur le prochain budget à long terme de l’Union s’empêtrent de plus en plus dans la politique intérieure française. Plus ces discussions s’éternisent, plus elles risquent de devenir politiquement toxiques pour Paris.

Si l’UE souhaite faire avancer des dossiers majeurs, du budget à la compétitivitéla marge de manœuvre politique pourrait bien se réduire.

Les Grecs résistent aux pressions sur les sanctions

Les ambassadeurs de l’UE reprennent ce matin les négociations dans l’espoir de tenter une dernière fois de sortir de l’impasse concernant le 21e train de sanctions de l’Union contre la Russie, après des discussions qui se sont enlisées mercredi.

Selon plusieurs diplomates, le dernier compromis en discussion prévoit une dérogation renouvelable d’un an permettant aux entreprises de transporter du GNL russe vers des pays tiers, prévoit des réévaluations annuelles et impose un gel de 12 mois sur tout ajustement du plafond du prix du pétrole.

La Grèce reste la seule à faire obstruction, cherchant à obtenir des protections pour son secteur maritime et faisant pression pour une large dérogation en faveur de Dynagas, un opérateur grec spécialisé dans le transport de GNL russe. Deux diplomates ont qualifié de houleuse la réunion à huis clos des ambassadeurs qui s’est tenue mercredi.

En l’absence d’accord, le plafond de prix fixé par l’UE sur le pétrole russe pourrait automatiquement dépasser les 60 dollars le baril, ce qui risquerait d’augmenter les recettes du Kremlin. La question est désormais de savoir si les capitales sont prêtes à accepter ces concessions.

Janša bloque la nomination de son rival au SEAE

Janez Janša, le Premier ministre slovène de droite, a remporté une victoire mercredi lorsque les ambassadeurs ont soutenu la candidature d’un diplomate danois à un poste clé de la politique étrangère de l’UE, au détriment de l’ancienne ministre des Affaires étrangères du pays.

À la dernière minute, Ljubljana a bloqué la nomination de Tanja Fajon, une sociale-démocrate et défenseure d’une politique étrangère féministe, affirmant que la procédure ayant conduit à sa nomination n’était pas régulière, bien que le SEAE l’ait classée en tête des candidats au poste de nouvelle représentante spéciale de l’UE pour le Sahel.

Fajon a déclaré à Delo que Kaja Kallas n’a pas réussi à convaincre les ministres de la soutenir car Janša bénéficie du soutien de sa famille politique, le PPE. Après avoir tenu bon pendant environ une semaine, Kallas a retiré la candidature de Fajon et a apporté son soutien à Birgitte Nygaard Markussen, l’actuelle représentante spéciale du Danemark pour le Sahel.

Quelle est, au fond, l’importance de ce poste ? « Ce poste ne sert à rien, surtout au Sahel où nous ne sommes pas les bienvenus », a déclaré un diplomate européen à Rapporteur.

Le poste est devenu vacant après le départ de João Cravinho, devenu recteur du Collège d’Europe. Cravinho « n’a pas fait la différence », a ajouté le diplomate, soulignant que la majeure partie de la coordination s’effectue par l’intermédiaire des propres envoyés des États membres de l’UE au Sahel. Lisez l’article complet d’Eddy.

Bruxelles rejette la pétition sur la « remigration »

La Commission a refusé d’enregistrer une pétition d’extrême droite appelant à une interdiction temporaire de l’immigration non occidentale et à des expulsions massives de non-Européens, estimant qu’elle est « manifestement contraire » aux valeurs de l’UE.

En l’espace de deux mois, la pétition intitulée Save Europe Act a recueilli près de 600 000 signatures sur son propre site web, soit plus de la moitié du million requis pour déclencher une réponse officielle de la Commission. Lancée par deux militants d’extrême droite, la Néerlandaise Eva Vlaardingerbroek et l’Autrichien Martin Sellner, elle a été signée par certaines des figures les plus en vue de la droite nationaliste européenne, du Hongrois Viktor Orbán à l’Italien Roberto Vannacci.

La Commission a indiqué que cette proposition ne constitue pas une « vraie proposition » relevant de ses compétences juridiques et que ses critères reviendraient à une discrimination fondée sur la race et l’origine ethnique. « Nous allons porter cela devant les tribunaux », a déclaré Vlaardingerbroek dans une réponse vidéo.

Cette pétition rejoint désormais le cimetière des autres initiatives citoyennes européennes qui ont échoué, parmi lesquelles « Stop Brexit », « Unconditional Basic Income » (revenu de base inconditionnel) et… « Recommend singing the European anthem in Esperanto » (recommander de chanter l’hymne européen en espéranto).

Politique du flamant rose chez les Verts

Les Verts européens perpétuent leur tradition bien établie consistant à utiliser des animaux pour illustrer un message politique, en s’emparant cette fois-ci de la révolution des flamants roses qui déferle sur l’Albanie.

Ces oiseaux roses sont devenus un symbole dans ce pays des Balkans, alors que les manifestations déclenchées par un projet de complexe touristique lié au clan Trump prennent de l’ampleur. Ayant perdu de leur élan depuis la vague verte de 2019 qui a balayé l’Europe, les Verts espèrent que cette question les aidera à retrouver leur dynamisme. Lisez l’article complet de Nikolaus J. Kurmayer.

Des propos sur Hitler déclenchent une polémique

La ministre espagnole des Sciences, Diana Morant, a suscité la polémique mercredi après avoir déclaré que l’alliance entre le chef de l’opposition conservatrice Alberto Núñez Feijóo et le parti d’extrême droite Vox « ressemble de plus en plus à des régimes criminels tels que celui d’Hitler ».

Les remarques de Morant font suite à l’adoption du budget par le gouvernement dirigé par le Parti populaire (PP) à Valence, où elle dirige l’opposition socialiste, qui a approuvé un accord budgétaire avec Vox. Cet accord comprend une clause de « priorité nationale » défendue par l’extrême droite, qui accorde aux citoyens espagnols la priorité sur les immigrés dans l’accès à l’aide publique. Le PP a condamné les propos de la ministre, affirmant qu’elle a franchi « une ligne inacceptable ».

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


LA DIPLOMATIE DES SCHTROUMPFS : Les discussions entre ambassadeurs ont pris une note un peu plus sucrée mercredi, lorsqu’ils ont eu droit à des chocolats belges sur le thème des Schtroumpfs, la friandise idéale pour la Fête nationale.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Thorsten Frei, chef de la Chancellerie et membre de la CDU, devrait succéder à Jens Spahn à la tête du groupe parlementaire CDU/CSU, après avoir obtenu l’accord de Friedrich Merz et du président de la CSU, Markus Söder, sur sa nomination. L’élection officielle de Frei est prévue mercredi prochain. Spahn a démissionné après avoir révélé que son mari et lui avaient eu recours à une mère porteuse aux États-Unis pour avoir un enfant, malgré l’opposition de longue date de la CDU/CSU à la maternité de substitution.

– Björn Stritzel

PARIS 🇫🇷

La ministre de l’Environnement, Monique Barbut, restera en fonction après le refus d’Emmanuel Macron d’accepter sa démission, présentée suite à la décision des sénateurs de réintroduire des pesticides interdits dans un projet de loi agricole. Barbut a déclaré qu’on lui avait assuré que cette mesure serait retirée. À l’issue d’un entretien avec Macron, elle a accepté de rester, invoquant la nécessité de lutter contre le changement climatique et de préserver la santé environnementale à l’approche de la COP31. Lisez l’article complet.

– Florent Servia

KIEV 🇺🇦

L’Ukraine a rétabli son ministère de l’Agriculture, un an après l’avoir intégré dans un super-ministère, alors que Kiev cherche à renforcer ses préparatifs en vue des négociations d’adhésion à l’UE. Taras Vysotskyi, ancien premier vice-ministre de l’Agriculture, dirigera ce ministère rétabli. L’agriculture représentait 7,6 % du PIB de l’Ukraine et plus de la moitié de ses exportations en 2025, ce qui en fait l’un des secteurs les plus importants sur le plan stratégique pour le pays. Lisez l’article complet.

– Sofia Sanchez Manzanaro

PRISTINA 🇽🇰

Le Bureau de l’UE au Kosovo a condamné la démolition de maisons près du lac Gazivoda/Ujman après l’intervention de la société publique des eaux Ibar-Lepenac alors que la question de la propriété du terrain faisait toujours l’objet d’une procédure judiciaire. Ces remarques font suite aux critiques formulées par l’UE à l’encontre de la présidente par intérim Albulena Haxhiu pour avoir révoqué sept procureurs serbes du Kosovo, ce qui témoigne d’une inquiétude croissante concernant les questions d’État de droit touchant les Serbes du Kosovo et les efforts de réintégration du nord du pays.

– Bronwyn Jones

MADRID 🇪🇸

Le Parti populaire (PP), parti conservateur espagnol, a conclu un accord budgétaire régional avec le parti d’extrême droite Vox à Valence, qui intègre pour la première fois le principe de « priorité nationale » défendu par ce dernier. Ce budget limite certaines aides économiques et sociales aux personnes ayant des « racines authentiques, de longue date et vérifiables » dans la région. L’opposition socialiste a qualifié cette mesure de « raciste » et a annoncé qu’elle contesterait le budget devant la Cour constitutionnelle.

 Inés Fernández-Pontes


Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Vince Chadwick, Elisa Braun, Nikolaus J. Kurmayer, Magnus Lund Nielsen, Thomas Moller-Nielsen, Sarantis Michalopoulos, Victoria Becker, Inés Fernández-Pontes

Traductrice : Clara Vassent