Malgré la pression, Olaf Scholz refuse de livrer des missiles à longue portée à l’Ukraine

Alors que les États-Unis ont autorisé l’Ukraine à utiliser ses armes à longue portée sur le territoire russe, l’Allemagne continue d’exclure la livraison de missiles à longue portée Taurus.

EURACTIV.com
Federal Chancellor Olaf Scholz On A Telephone Call With Ukrainian President Volodymyr Zelensky
L’Allemagne a souvent suivi le mouvement des États-Unis dans sa prise de décision concernant le soutien militaire à l’Ukraine. En mai, elle a levé les restrictions sur l’utilisation de ses armes autour de la région de Kharkiv — qui pourraient frapper la Russie juste au-delà de la frontière — après que les États-Unis aient fait de même. [Marvin Ibo Güngör/Bundesregierung via Getty Images]

Alors que les États-Unis ont autorisé l’Ukraine à utiliser ses armes à longue portée sur le territoire russe, l’Allemagne continue d’exclure la livraison de missiles à longue portée Taurus.

Le chancelier Olaf Scholz a rejeté à plusieurs reprises les appels de l’Ukraine à livrer les missiles produits en Allemagne à Kiev.

La décision prise dimanche 17 novembre par le président américain Joe Biden de lever les restrictions sur l’utilisation des armes de longue portée fabriquées aux États-Unis contre des cibles russes ne changera rien à cette situation, a confirmé lundi 18 novembre le gouvernement allemand.

Même si l’Allemagne a été informée en amont de la décision de Joe Biden, « cela n’a aucun effet sur la décision du chancelier concernant [les missiles] Taurus », a déclaré un porte-parole du gouvernement.

Il a ajouté que le chancelier souhaitait organiser le soutien d’une manière « qui ne conduise pas à une escalade » de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. La livraison de missiles Taurus fait donc partie de ces « lignes que le chancelier ne franchira pas ».

L’Allemagne a souvent suivi le mouvement des États-Unis dans sa prise de décision concernant le soutien militaire à l’Ukraine. En mai, elle a levé les restrictions sur l’utilisation de ses armes autour de la région de Kharkiv — qui pourraient frapper la Russie juste au-delà de la frontière — après que les États-Unis aient fait de même.

Mais, contrairement au Royaume-Uni, à la France et aux États-Unis, Olaf Scholz a obstinément résisté aux appels à livrer les missiles à longue portée que l’Ukraine souhaite déployer contre des cibles militaires basées en Russie. Au moment de la publication de cet article, Londres et Paris n’ont pas officiellement levé les restrictions sur l’utilisation de leurs missiles à longue portée.

Les missiles allemands Taurus ont une portée de plus de 500 km, voire 800 km. Actuellement, l’Allemagne n’a livré que des lance-roquettes MARS II, d’une portée de 80 km. Toutefois, le ministère de la Défense a également confirmé que l’Allemagne livrerait pour la première fois à l’Ukraine des drones de frappe plus petits, basés sur l’intelligence artificielle, qui peuvent être utilisés pour attaquer des cibles dans l’arrière-pays.

Plus récemment, Olaf Scholz a déclaré au parlement allemand qu’il « ne changerait pas d’avis » sur les missiles Taurus, lorsqu’il a évoqué ses priorités politiques en vue des élections anticipées à venir, mercredi 13 novembre.

Un isolement croissant

Parmi les principaux candidats aux élections anticipées à venir, Olaf Scholz est le seul à s’opposer à l’envoi de Taurus.

Le candidat des chrétiens-démocrates (CDU/CSU) à la chancellerie, Friedrich Merz, a annoncé qu’il livrerait des missiles Taurus si la Russie rejetait la demande ukrainienne d’arrêter les bombardements sur les civils dans les 24 heures.

Dimanche, Robert Habeck, le nouveau candidat principal des Verts — le dernier partenaire de coalition d’Olaf Scholz — a également confirmé qu’il donnerait son feu vert à la livraison de missiles Taurus s’il était élu. De son côté, la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, membre du même parti, a salué la décision de Joe Biden.

L’ancien ministre des Finances, Christian Lindner, du Parti démocrate libre (FDP), avait pressé le chancelier de livrer des missiles Taurus avant l’annonce du président américain.

Les décisions relatives aux livraisons d’armes sont prises par le Conseil de sécurité de l’Allemagne, qui comprend le chancelier et plusieurs ministres de haut rang. Une décision contre le chancelier n’est pas possible.

Pour rappel, vendredi 15 novembre au soir, le chancelier allemand a appelé le président russe Vladimir Poutine. Cette démarche, fortement critiquée par Kiev, a simplement aidé Vladimir Poutine à atténuer son isolement, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky.