Manfred Weber veut une refonte de la politique de l’UE vis-à-vis du sud de la Méditerranée

Le chef du Parti populaire européen, Manfred Weber, souhaite que l’UE repense son approche vis-à-vis du sud de la Méditerranéenne, après avoir effectué une visite de deux jours en Tunisie, avec laquelle l’Union a récemment conclu un accord de contrôle des migrants en échange d’un financement.

Euractiv.com
Meeting of the EPP Group in Rome
La visite du leader de centre droit Manfred Weber comprenait une réunion de 90 minutes avec le président tunisien Kais Saied ainsi que des réunions avec les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, le président du Parlement et des représentants de la société civile. [EPA-EFE/GIUSEPPE LAMI]

Le chef du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, souhaite que l’UE repense son approche vis-à-vis du sud de la Méditerranéenne, après avoir effectué une visite de deux jours en Tunisie, avec laquelle l’Union a récemment conclu un accord de contrôle des migrants en échange d’un financement.

La visite du leader de centre droit comprenait une réunion de 90 minutes avec le président tunisien Kaïs Saïed ainsi que des réunions avec les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, le président du parlement et des représentants de la société civile.

Un haut fonctionnaire du PPE a indiqué à EURACTIV que le voyage était une initiative personnelle de M. Weber et qu’il n’était pas accompagné par d’autres eurodéputés de son groupe politique. Il semblerait que M. Weber pense que la politique de voisinage de l’UE dans le sud de la Méditerranée et en Afrique du Nord n’a pas donné grand-chose et qu’elle a besoin d’une refonte.

« Cela signifie qu’il faut construire des relations politiques et personnelles et parfois avoir des discussions inconfortables », a déclaré le fonctionnaire du PPE.

Positionnement préélectoral

Le parti de centre droit cherche également à se positionner comme étant le plus à même pour faire face à l’immigration irrégulière vers l’Europe.

« Nous avons besoin d’un engagement respectueux et nous devons être conscients du peu d’amis que l’UE a dans la région sud-méditerranéenne », a ajouté le fonctionnaire du PPE. « Nous devons développer ces partenariats. »

Lors de sa rencontre avec M. Saïed, Manfred Weber a exhorté le président tunisien à aller plus loin dans les réformes économiques afin d’encourager les investisseurs européens et a insisté sur le respect du mémorandum d’entente conclu avec l’UE à la mi-juillet.

Ce voyage intervient alors que le PPE commence à se positionner en vue des élections européennes de juin prochain, où la migration devrait être l’un des principaux thèmes politiques de la campagne.

« Les citoyens européens sont préoccupés par la question migratoire et nous voulons nous différencier de l’approche de l’extrême droite. Nous voulons résoudre ces problèmes afin que les gens puissent voir que les États traitent l’immigration irrégulière de manière responsable », a déclaré le fonctionnaire du PPE.

Sous la houlette de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et des Premiers ministres néerlandais et italien, Mark Rutte et Giorgia Meloni, l’UE a conclu un accord avec M. Saïed en juin et juillet, qui permettra à la Tunisie d’intensifier ses efforts pour contrôler et endiguer les flux migratoires à travers la Méditerranée. En échange, la Commission fournira 785 millions d’euros au pays nord-africain cette année pour soutenir son économie et ses projets de câbles sous-marins de fibre optique et d’électricité entre l’UE et l’Afrique du Nord.

L’exécutif européen, avec le soutien des gouvernements nationaux, souhaite que le pacte tunisien serve de modèle pour des accords similaires avec l’Égypte et d’autres États d’Afrique du Nord.

Fin juillet, une lettre adressée à Mme von der Leyen et signée par un groupe d’eurodéputés de tous bords, dont plusieurs députés du PPE, critiquait l’accord UE-Tunisie, qui ne répond pas « aux principales préoccupations en matière de droits humains observées en Tunisie ».

Ils ont également demandé quelles mesures la Commission prendrait pour s’assurer que le financement ne profite pas aux institutions impliquées dans des violations des droits humains, et pourquoi le Mémorandum d’entente n’incluait pas de demandes pour un dialogue national global ou la libération des prisonniers politiques.

Cependant, les fonctionnaires du Parlement affirment qu’il existe une majorité interpartis en faveur de l’accord avec la Tunisie.

« Il est plus important d’éliminer les causes [de la migration irrégulière] que de s’attaquer aux résultats », a expliqué Kaïs Saïed à M. Weber lors de leur rencontre au palais présidentiel de Carthage. Le président tunisien a ajouté que l’UE et la Tunisie devaient travailler ensemble pour « faire face aux réseaux criminels qui pratiquent le trafic d’êtres humains au nord et au sud de la Méditerranée ».